--- title: "Canicule - 15 départements en vigilance rouge" url: https://www.ouestmedias.net/canicule-15-departements-en-vigilance-rouge.html author: "Delphine Macouin" date_published: 2023-08-20T09:03:33+00:00 date_modified: 2026-09-10T14:03:17+00:00 categories: ["Santé & Beauté"] image: https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2022/07/-6-scaled.jpg description: "Le 18 juillet 2022, Météo-France a fait basculer quinze départements de la façade atlantique en vigilance rouge canicule, du Finistère aux Landes. C’était la..." site: "Ouest Médias" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Canicule - 15 départements en vigilance rouge Le 18 juillet 2022, Météo-France a fait basculer quinze départements de la façade atlantique en vigilance rouge canicule, du Finistère aux Landes. C’était la première fois que l’ouest du pays, habitué à sa clémence océanique, se retrouvait au sommet de l’échelle d’alerte. Retour sur une journée qui a redessiné la carte française des risques de chaleur. **Ce que rouge voulait dire ce jour-là** La vigilance rouge n’est pas un orange appuyé. Elle signale une canicule extrême, exceptionnelle par son intensité et son étendue, avec un risque sanitaire pour toute la population, pas seulement pour les personnes fragiles. Météo-France parlait de phénomènes dangereux d’intensité exceptionnelle. Elle a été déclenchée à 13 heures le lundi et levée le mardi à 6 heures. ## Quinze départements, et une façade océanique inhabituelle La liste des départements concernés a surpris par sa géographie. Les vagues de chaleur françaises se lisent d’ordinaire du sud vers le nord, avec la vallée du Rhône et le Sud-Ouest en première ligne. Ce lundi-là, l’alerte maximale suivait la côte, du Finistère à la frontière espagnole. - Charente (16) - Charente-Maritime (17) - Côtes-d’Armor (22) - Dordogne (24) - Finistère (29) - Gers (32) - Gironde (33) - Ille-et-Vilaine (35) - Landes (40) - Loire-Atlantique (44) - Lot-et-Garonne (47) - Maine-et-Loire (49) - Morbihan (56) - Deux-Sèvres (79) - Vendée (85) Une précision utile, parce que les reprises de l’époque se sont souvent emmêlées : la Sarthe apparaissait dans le bulletin au titre des températures attendues, mais elle figurait en vigilance orange, pas en rouge. Le compte de quinze départements ne tient que si l’on n’oublie pas le Finistère, régulièrement absent des listes recopiées à la hâte ce matin-là. **Les chiffres annoncés** Le bulletin prévoyait 39 à 42 degrés sur la Vendée, la Loire-Atlantique et l’Ille-et-Vilaine, 38 à 40 plus à l’ouest. À 5 heures du matin, il faisait déjà entre 18 et 24 degrés dans les départements rouges. Les relevés du soir ont confirmé l’ampleur : 39,3 degrés à Brest-Guipavas et 42 degrés à Nantes, deux records absolus. ## Un dôme de chaleur étiré du Maghreb à la Bretagne Le mécanisme était identifié depuis plusieurs jours. Une masse d’air saharien remontait par la péninsule Ibérique et stagnait sur la France, piégée sous une zone de hautes pressions en altitude, ce que les prévisionnistes appellent un dôme de chaleur. Le vent d’est à sud-est, chaud et sec, a fait le reste : il a coupé la brise de mer qui protège habituellement les côtes bretonnes et vendéennes, et c’est précisément pour cette raison que le littoral a chauffé au lieu de tempérer. ![Carte de vigilance canicule couvrant la façade ouest de la France en rouge](https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2022/07/canicule-15-departements-en-vigilance-rouge.jpg) Ce même vent asséchait les sols déjà appauvris par un printemps sec. Dans les Landes et en Gironde, les incendies partis le 12 juillet autour de La Teste-de-Buch et de Landiras mobilisaient encore des milliers de pompiers, et la journée du 18 s’annonçait comme la plus difficile de l’épisode pour les équipes engagées. La chaleur n’arrivait donc pas sur un territoire au repos : elle s’ajoutait à une crise déjà ouverte. ## Le bulletin, tel qu’il a été diffusé Pour les départements en vigilance rouge, Météo-France annonçait une montée rapide des températures dès la matinée, un pic en début d’après-midi et des maximales de 39 à 42 degrés sur la Vendée, la Loire-Atlantique et l’Ille-et-Vilaine, ainsi que sur l’est des Côtes-d’Armor et l’est du Morbihan. Plus à l’ouest, 38 à 40 degrés en général. Seules les pointes les plus avancées dans l’océan restaient épargnées : Ouessant, la pointe du Raz, la pointe de Penmarc’h et la pointe de Chémoulin devaient rester entre 29 et 32 degrés, un écart de dix degrés sur quelques dizaines de kilomètres. Pour les départements en vigilance orange, le pic était attendu le même jour, sauf aux abords de la région parisienne et dans l’est de la Normandie, où il devait se produire le mardi. Les maximales annoncées allaient de 37 à 40 degrés, avec des contrastes déconcertants sur le littoral de la Manche : 32 degrés à Cherbourg, Caen et Dieppe, mais 37 au Havre. ### Les mots des prévisionnistes Le ton des communications officielles a marqué autant que les chiffres. Météo-France annonçait que la journée du lundi marquerait le point culminant de l’épisode sur la façade ouest, avec un pic de chaleur extrême, les 40 degrés souvent atteints ou dépassés sur les départements en vigilance rouge, et des records absolus très probablement battus. > *Dans certaines zones du Sud-Ouest, ce sera une apocalypse de chaleur*, déclarait à l’AFP François Gourand, prévisionniste à Météo-France. Son collègue Olivier Proust annonçait de son côté beaucoup de records attendus, avec peut-être 40 degrés à Brest, et une forêt landaise au-dessus de 42 degrés. Le vocabulaire employé a été discuté, y compris dans la profession : certains y ont vu une dramatisation, d’autres le seul moyen de faire entendre un message dans un pays où la canicule reste associée aux vacances. Vu les relevés du soir, la formule n’avait rien d’exagéré. ### Les prévisions pour l’Ouest, ville par ville Le contraste entre le littoral et l’intérieur donnait la mesure du phénomène. Jusqu’à 42 degrés étaient annoncés à Nantes, avec une nuit à 29 degrés. Sur la côte sud de la Loire, à Pornic, la journée devait plafonner vers 35 degrés mais rester à 29 la nuit, la mer freinant la baisse autant qu’elle avait freiné la hausse. Au nord de l’estuaire, le thermomètre pouvait atteindre 40 degrés à Saint-Nazaire et 41 à Pénestin. Dans les terres, Châteaubriant, Clisson et Ancenis étaient annoncés entre 41 et 42 degrés. Les prévisionnistes de Météo Bretagne appelaient tout simplement à ne pas sortir de la journée et n’attendaient pas de rafraîchissement notable avant le vendredi. **Le calendrier de l’épisode** Vigilance rouge du lundi 18 juillet 13 heures au mardi 19 juillet 6 heures. Baisse des températures par l’Atlantique dès la matinée du mardi, avec 22 à 25 degrés attendus sur la côte, tandis que la chaleur se décalait vers la moitié est du pays, le plus souvent entre 37 et 40 degrés. Aucun rafraîchissement franc n’était espéré avant la fin de semaine. ## La nuit, le moment le plus dangereux On retient les pics de l’après-midi, mais l’épidémiologie de la canicule se joue la nuit. Un organisme qui ne récupère pas pendant six à huit heures accumule la contrainte thermique jour après jour, et c’est cette accumulation qui remplit les services d’urgence. Le bulletin du 18 juillet prévoyait encore 27 à 30 degrés à deux heures du matin, sauf le long de la façade atlantique où la baisse s’amorçait plus tôt. En fin de nuit, les valeurs devaient s’étager entre 15 et 19 degrés sur la côte et 20 à 25 degrés à l’intérieur. Dans les agglomérations, l’effet d’îlot de chaleur urbain ajoutait plusieurs degrés. Le bitume et le béton restituent la nuit l’énergie emmagasinée le jour, et un centre-ville dense peut afficher jusqu’à cinq degrés de plus qu’une zone pavillonnaire à quelques kilomètres. C’est la raison pour laquelle les consignes insistaient autant sur les volets fermés en journée et l’aération nocturne : dans un logement mal exposé, ce simple protocole change plusieurs degrés en température intérieure. ![Rue écrasée de soleil pendant l’épisode caniculaire de juillet 2022](https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2022/07/-6-scaled.jpg) ## Les gestes qui tiennent la route Les recommandations diffusées à l’époque par Santé publique France n’ont rien perdu de leur pertinence. Elles se résument à quatre idées : boire avant d’avoir soif, mouiller la peau, fermer puis ouvrir au bon moment, et prendre des nouvelles des voisins isolés. Le reste relève du détail. - Buvez de l’eau plusieurs fois par jour, sans attendre la sensation de soif. - Continuez à manger normalement : les fruits et légumes crus, riches en eau, sont plus faciles à avaler quand l’appétit tombe. - Mouillez-vous le corps plusieurs fois par jour, brumisateur, gant de toilette ou douche tiède. L’eau glacée est contre-productive. - Ne sortez pas entre 11 heures et 21 heures. - Si vous devez sortir, chapeau et vêtements légers, amples et clairs. - Passez deux à trois heures par jour dans un lieu frais ou climatisé : bibliothèque, centre commercial, mairie. - Limitez les activités physiques et sportives, y compris le jardinage en fin de journée. - Fermez volets, rideaux et fenêtres pendant la journée. Aérez la nuit. - Prenez des nouvelles des personnes âgées, malades ou isolées de votre entourage, et emmenez-les au frais. - En cas de malaise ou de troubles du comportement, appelez un médecin. En urgence, le 15. - Si vous avez besoin d’aide, appelez votre mairie, qui tient un registre des personnes vulnérables. **Le geste le plus efficace** Demander de l’aide tôt. Santé publique France insistait sur ce point auprès des personnes vulnérables : au moindre inconfort, prévenir un voisin, appeler son médecin traitant, composer le 15 si nécessaire. Le numéro Canicule info service, 0800 06 66 66, répondait gratuitement pendant toute la durée de l’épisode. Un point mérite d’être ajouté à cette liste, absent des consignes officielles de l’époque : le ventilateur. Il aide tant que la température de l’air reste sous 35 degrés environ. Au-delà, il souffle de l’air plus chaud que la peau et accélère la déshydratation sans rafraîchir. Utilisé avec un linge humide devant, il redevient utile. ## Sur la route et dans la voiture Le 18 juillet tombait en pleine période de départs en vacances, ce qui a compliqué la situation sur les axes du Sud-Ouest. Les consignes valaient d’abord pour les longs trajets. - Emportez de l’eau et un brumisateur, en quantité supérieure à ce qui semble raisonnable. - Arrêtez-vous régulièrement pour vous reposer et vous rafraîchir. - Certaines aires d’autoroute mettaient à disposition des fontaines à eau et des zones de brumisation. - Décalez le trajet aux heures les moins chaudes, tôt le matin ou après 21 heures. - Ne laissez jamais personne seul dans un véhicule à l’arrêt, un enfant encore moins qu’un autre : l’habitacle peut gagner vingt degrés en une quinzaine de minutes. ## Comment se lit l’échelle de vigilance Quatre couleurs, quatre situations distinctes. La nuance entre jaune et orange est mal comprise, et c’est dommage, parce que c’est elle qui détermine le déclenchement des dispositifs communaux. - **Vigilance verte** : pas de vigilance particulière. - **Vigilance jaune** : pic de chaleur de courte durée, un à deux jours, présentant un risque pour les personnes fragiles ou surexposées, par leurs conditions de travail ou une activité physique. Elle couvre aussi les épisodes de chaleur persistante au-delà de trois jours. - **Vigilance orange** : canicule, soit une chaleur intense pendant trois jours et trois nuits consécutifs, avec un risque sanitaire pour l’ensemble de la population exposée. - **Vigilance rouge** : canicule extrême, exceptionnelle par sa durée, son intensité et son extension géographique, avec un fort impact sanitaire et des conséquences sociétales, de la sécheresse à l’approvisionnement en eau potable en passant par l’arrêt de certaines activités. **Ce que l’épisode a laissé** L’été 2022 a été le deuxième plus chaud jamais mesuré en France à l’époque, derrière 2003. Trois vagues de chaleur se sont succédé entre juin et août. La journée du 18 juillet a servi de référence pour les plans communaux de l’Ouest, qui n’avaient jamais eu à gérer une vigilance rouge auparavant. ## Ce qui a changé après juillet 2022 Les communes de l’Ouest ont découvert ce jour-là que leurs registres de personnes vulnérables, leurs salles rafraîchies et leurs consignes aux écoles n’étaient pas dimensionnés pour un pic de 42 degrés. Beaucoup ont revu leur plan canicule dans les mois qui ont suivi. Les épisodes suivants ont confirmé que la façade atlantique n’était plus à l’abri, et que la protection naturelle qu’on lui prêtait dépend entièrement de la direction du vent, ce qui est une bien mince garantie. Le second enseignement porte sur la préparation du bâti. Une maison de l’Ouest est conçue pour retenir la chaleur, pas pour s’en défendre : combles peu isolés par le haut, fenêtres sans volets extérieurs sur les extensions récentes, absence de brasseurs d’air. Les artisans du bâtiment ont vu, dans les mois suivants, la demande basculer vers les protections solaires extérieures, stores, brise-soleil et pergolas, qui arrêtent le rayonnement avant qu’il ne traverse le vitrage. Un rideau intérieur, lui, ne fait qu’absorber la chaleur une fois qu’elle est entrée. Il faut enfin rappeler ce que ces journées coûtent. Santé publique France comptabilise chaque été la surmortalité liée aux vagues de chaleur, et celle de 2022 a été lourde, concentrée sur les personnes âgées, les malades chroniques et les travailleurs exposés. Ces décès ne se produisent pas au pic de l’après-midi mais dans les jours qui suivent, par déshydratation et décompensation. C’est pour cette raison que la vigilance rouge ne se lève pas seulement quand le thermomètre redescend, et que le suivi des personnes isolées continue après la fin de l’alerte. La leçon la plus concrète tient dans un détail du bulletin : dix degrés d’écart entre la pointe du Raz et l’intérieur des terres, à moins d’une heure de route. La chaleur ne se répartit pas uniformément, et connaître le comportement thermique de sa propre commune, exposition, végétation, densité du bâti, vaut mieux que suivre une moyenne départementale. --- ## À propos de l'auteur **Delphine Macouin** — Je suis particulièrement intéressée par les rubriques Amour, Lifestyle et Santé. Ce qui ne m'empêche pas de donner mon avis sur d'autres sujets !