--- title: "Comment rédiger un discours pour vos clients ?" url: https://www.ouestmedias.net/comment-rediger-un-discours-pour-vos-clients.html author: "Delphine Macouin" date_published: 2023-08-20T08:43:42+00:00 date_modified: 2026-09-10T17:53:23+00:00 categories: ["Travail"] image: https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2023/02/-48-scaled.jpg description: "Un discours écrit pour quelqu'un d'autre rate presque toujours au même endroit : pas dans la plume, dans le brief. Le rédacteur a rendu un texte correct, le client..." site: "Ouest Médias" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Comment rédiger un discours pour vos clients ? Un discours écrit pour quelqu'un d'autre rate presque toujours au même endroit : pas dans la plume, dans le brief. Le rédacteur a rendu un texte correct, le client l'a lu sans y croire, et personne dans la salle n'a rien retenu. Voici comment se conduit le métier quand on veut éviter ça. Écrire des discours pour des dirigeants, des élus ou des mariés est un métier de commande. Le texte porte la signature de quelqu'un d'autre, il sera prononcé par une voix que vous ne contrôlez pas, devant un public que vous ne verrez peut-être jamais. Cette contrainte change tout : les qualités qui font un bon article ne font pas un bon discours. **La règle des trois minutes** À l'oral, un locuteur français débite entre 130 et 150 mots par minute. Une allocution de dix minutes fait donc 1 300 à 1 500 mots, pas davantage. Quand un client vous demande un discours de quinze minutes, il vous demande en réalité 2 000 mots, et il vous demande surtout de vérifier avec lui si son public tiendra quinze minutes debout, un verre à la main. ## Le brief, la seule étape qu'on ne peut pas rattraper Un rédacteur débutant démarre le premier entretien en demandant le sujet. Un rédacteur expérimenté demande trois autres choses avant : qui parle, à qui, et ce qui doit se passer après. Qui parle, ce n'est pas une fonction, c'est une manière de parler. Un directeur général qui dit toujours « les gars » dans les couloirs ne peut pas ouvrir par « Mesdames et Messieurs, chers collaborateurs ». Le texte sonnera faux dès la deuxième phrase, et l'auditoire l'entendra sans savoir formuler pourquoi. Demandez des enregistrements. Une réunion filmée, un podcast, même une vidéo LinkedIn maladroite : vingt minutes d'écoute vous donnent le lexique, la longueur de phrase naturelle, les tics. À qui, ce n'est pas une catégorie sociologique. Ce sont des gens qui ont une journée derrière eux et une raison précise d'être assis là. Un séminaire commercial en fin d'année n'a pas la même température qu'une assemblée générale après un plan social. Le rédacteur qui ne pose pas la question de l'humeur de la salle écrit à l'aveugle. Ce qui doit se passer après, c'est la question la plus utile et celle qu'on oublie le plus souvent. Un discours n'existe pas pour informer : le mail informe mieux et coûte moins cher. Il existe pour qu'une décision passe, pour qu'une équipe se remette au travail, pour qu'un partenariat se scelle en public. Tant que le client n'a pas nommé cet effet attendu, il n'y a rien à écrire. **Le brief par mail est un piège** Un client qui vous envoie ses idées par écrit vous envoie sa version corrigée, réfléchie, sans hésitation. C'est exactement ce que vous ne cherchez pas. Faites-le parler trente à quarante-cinq minutes au téléphone et enregistrez, avec son accord. Les meilleures phrases du discours final sortent presque toujours de cet enregistrement, pas de votre clavier. ## Trouver la scène plutôt que le plan Les manuels recommandent d'établir une thèse puis de la démontrer. À l'écrit, cela fonctionne. À l'oral, un public perd le fil d'une démonstration au bout de quatre-vingt-dix secondes, et il retient une image. Cherchez donc une scène concrète avant de chercher un plan. Un chiffre incarné dans une situation : « nous avons livré 14 000 commandes en décembre, ce qui veut dire qu'un jour sur deux, l'entrepôt de Rennes a tourné jusqu'à vingt-deux heures ». Le second membre de phrase est ce que la salle garde. Le premier, tout seul, s'évapore avant la fin de la soirée. Prenez une commande banale : un lancement de gamme chez un distributeur de cosmétiques. Le dirigeant veut parler de recherche et de laboratoire, la salle veut savoir ce qui change en rayon lundi matin. La scène qui portera le discours est celle de la cliente devant trente flacons identiques, un sujet aussi terre à terre que [ranger ses produits de beauté efficacement](https://www.ouestmedias.net/comment-ranger-ses-produits-de-beaute-efficacement.html), et c'est pourtant elle qui fera lever les yeux. Le laboratoire viendra en deuxième partie, en une phrase. Une anecdote vraie vaut mieux qu'une citation. Les citations d'auteurs célèbres placées en ouverture sont devenues un signal : la salle comprend que le texte a été écrit par quelqu'un d'autre, et l'attention baisse. Si le client a une histoire personnelle liée au sujet, même banale, elle passera mieux que Sénèque. ## Écrire pour une bouche, pas pour un œil C'est la différence technique la plus concrète du métier, et elle se travaille. Les phrases longues à subordonnées enchâssées, lisibles sur un écran, deviennent injouables à voix haute : celui qui parle manque d'air, hésite, et perd sa ligne. Visez une moyenne de quinze mots par phrase, avec des pointes courtes. Trois mots. Puis une relance plus ample qui laisse le temps à l'auditoire de suivre l'idée jusqu'au bout avant la coupure suivante. Les chiffres compliqués ne se disent pas. « Une progression de 17,3 % » se prononce mal et ne veut rien dire debout ; « près d'un cinquième de plus qu'il y a un an » se retient. Les sigles internes doivent être développés ou supprimés, y compris ceux que tout le monde connaît dans l'entreprise, parce qu'il y a toujours un invité extérieur au premier rang. Les mots à syllabes difficiles piègent les orateurs stressés. Un texte où reviennent « spécifiquement », « structurellement » ou « statutairement » fabrique des accrocs. Relisez à voix haute vous-même, c'est le seul contrôle qui marche. Un [correcteur d'orthographe et de grammaire en ligne](https://www.ouestmedias.net/avantages-du-correcteur-orthographe-et-grammaire-en-ligne.html) attrape les fautes que la relecture rapide laisse passer, mais aucun logiciel ne vous dira qu'une phrase est imprononçable. **Le test du dictaphone** Lisez le brouillon à voix haute en vous enregistrant, puis réécoutez sans le texte sous les yeux. Chaque endroit où vous avez repris votre souffle au mauvais moment, buté sur un mot ou accéléré par ennui signale une phrase à réécrire. Ce passage prend vingt minutes et supprime les trois quarts des retours client. ## La mise en page fait partie du livrable Un discours rendu en Times 12 justifié est un discours mal rendu. L'orateur va le lire sur un pupitre, souvent mal éclairé, parfois sans lunettes. Livrez en corps 16 ou 18, interligne 1,5, aligné à gauche, sans coupure de mot. Ne coupez jamais une phrase entre deux pages : la respiration de l'orateur se casse au moment où il tourne la feuille. Numérotez les pages en gros, en haut à droite, pour le cas où le paquet tombe. Marquez les respirations. Une ligne blanche entre deux blocs vaut consigne de pause. Certains rédacteurs ajoutent des barres obliques discrètes aux endroits où il faut s'arrêter, d'autres soulignent le mot à accentuer dans la phrase clé. Convenez de la convention avec le client une bonne fois, et gardez-la sur toutes les commandes suivantes. Si des visuels accompagnent l'intervention, écrivez le texte en premier et les diapositives ensuite, jamais l'inverse. Un discours construit à partir d'un diaporama devient un commentaire d'images, et le public lit l'écran au lieu d'écouter. ## Adapter le registre sans singer le client Le ton se règle sur le public autant que sur celui qui parle. Une assemblée d'ingénieurs supporte la précision technique et tolère mal l'emphase. Un public associatif attend de la chaleur et se méfie des tableaux de bord. Une remise de médaille du travail demande des noms propres, beaucoup de noms propres, prononcés correctement, ce qui suppose de vérifier la prononciation en amont avec le service des ressources humaines. Le lieu pèse autant que le public. Un discours prononcé dans un amphithéâtre avec micro-cravate autorise des silences ; le même texte lu debout sur un pont de bateau, pendant un séminaire calé sur une [croisière en Méditerranée](https://www.ouestmedias.net/choisir-une-croisiere-en-mediterranee.html), doit perdre trois minutes et gagner en volume, parce que le vent avale les fins de phrase. Demandez systématiquement une photo de la salle et le detail de la sonorisation avant de rendre la version définitive. Restez simple sans devenir plat. La règle vaut pour tout le monde : parler [une langue simple et immédiatement compréhensible](https://www.ouestmedias.net/langage-dun-chat-les-cles-pour-comprendre-votre-chat.html) n'oblige jamais à appauvrir le propos, cela oblige à savoir précisément ce qu'on veut dire. Attention au registre emprunté. Un dirigeant de soixante ans à qui vous faites dire « ça envoie » perdra son autorité en une phrase. Écrivez dans son registre à lui, poussé d'un cran vers le haut, jamais vers un âge qui n'est pas le sien. **Le calendrier d'une commande** Comptez dix jours ouvrés pour un discours de dix minutes avec un client nouveau : deux jours de brief et de documentation, trois de rédaction, un aller-retour de corrections, puis une répétition. Sous cinq jours, le texte sortira correct mais générique. Le poste qui saute toujours en premier quand le délai se resserre est la répétition, et c'est celui qui coûte le plus cher à supprimer. ## La répétition, la partie du travail que le client sous-estime Un texte n'est pas fini quand il est rendu, il est fini quand celui qui le prononce l'a fait sien. Prévoyez une session de lecture ensemble, une heure suffit. Vous y découvrirez ce que la lecture silencieuse cache. Le client change spontanément trois formulations : gardez ses versions, elles sont dans sa bouche. Il s'arrête toujours au même paragraphe : le paragraphe est mauvais, réécrivez-le au lieu de lui demander de s'entraîner davantage. Il lit tout à plat : le texte manque de relief, pas lui de talent. Cette séance sert aussi à caler la durée réelle, qui dépasse presque toujours l'estimation, parce qu'on parle plus lentement en public que seul dans un bureau. Prévoyez une marge de dix pour cent et identifiez d'avance un paragraphe sacrifiable, celui qu'on supprime si l'événement a pris du retard. ## Les tarifs et le cadre de la mission Le marché français se situe, pour un rédacteur indépendant, entre 400 et 1 200 euros pour une allocution de dix à quinze minutes, selon la complexité du dossier et le niveau du donneur d'ordre. Un discours de mariage se négocie beaucoup plus bas, entre 150 et 400 euros, avec un temps d'entretien souvent plus long parce que la matière est intime. Indiquez dans le devis le nombre d'allers-retours inclus, en général deux, et facturez les suivants. C'est la clause qui sauve les missions : sans elle, un comité de direction qui relit à cinq peut faire tourner un texte pendant trois semaines. Prévoyez enfin la confidentialité par écrit. Vous manipulez des annonces de résultats, des réorganisations, parfois des départs qui ne sont pas encore publics. Une clause claire rassure le client et vous protège. ## Par où commencer si vous débutez Écrivez trois discours pour des situations que vous connaissez : un départ à la retraite, une inauguration, un vœu de nouvelle année. Faites-les lire à voix haute par quelqu'un d'autre, filmez, regardez la vidéo sans le son. Vous verrez où le lecteur décroche, et c'est là que le texte est faible. Constituez ensuite une bibliothèque d'ouvertures et de sorties qui fonctionnent, classées par type d'événement. Vous ne les recopierez pas, mais vous saurez toujours par où entrer. Le reste est une affaire de régularité : les progrès viennent du nombre de textes écrits, pas du nombre de méthodes lues. Et sachez décliner une commande quand le client refuse le brief, refuse la répétition et veut le texte pour le lendemain matin. Ce discours-là sera mauvais, et c'est votre nom qu'il fera circuler. --- ## À propos de l'auteur **Delphine Macouin** — Je suis particulièrement intéressée par les rubriques Amour, Lifestyle et Santé. Ce qui ne m'empêche pas de donner mon avis sur d'autres sujets !