--- title: "COP28 : Ce que personne n'ose vous dire sur le climat !" url: https://www.ouestmedias.net/cop28-ce-que-personne-nose-vous-dire-sur-le-climat.html author: "Delphine Macouin" date_published: 2023-12-03T18:00:26+00:00 date_modified: 2026-09-10T18:17:00+00:00 categories: ["Santé & Beauté"] image: https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2023/12/cop28-ce-que-personne-nose-vous-dire-sur-le-climat.jpg description: "Il n'y a pas de secret caché sur le climat, et c'est bien le problème. Ce qui se joue à une COP tient dans une règle de procédure vieille de trente ans : rien n'est..." site: "Ouest Médias" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # COP28 : Ce que personne n'ose vous dire sur le climat ! Il n'y a pas de secret caché sur le climat, et c'est bien le problème. Ce qui se joue à une COP tient dans une règle de procédure vieille de trente ans : rien n'est adopté sans l'accord des 198 parties, y compris les pays qui vivent du pétrole. Tout le reste en découle. La 28e Conférence des Parties à la convention climat des Nations unies s'est tenue du 30 novembre au 12 décembre 2023 à Expo City, à Dubaï, aux Emirats arabes unis. Plus de 80 000 personnes y étaient accréditées, un record pour ce type de sommet. Au moment où ces lignes sont écrites, début décembre 2023, la conférence entame sa deuxième semaine, celle où les ministres arrivent et où les textes se durcissent ou se vident. ## Une COP ne vote pas, elle cherche l'unanimité Le mécanisme est simple à expliquer et redoutable à vivre. Depuis la première COP, à Berlin en 1995, les décisions se prennent par consensus. Pas de majorité qualifiée, pas de vote à main levée. Un seul pays qui s'oppose franchement suffit à bloquer un paragraphe, et les présidences de séance passent leur temps à chercher la formule qui déplaira le moins à tout le monde. D'où le vocabulaire particulier des textes finaux. Un pays est « invité à », « encouragé à », « prié de considérer ». Ces verbes ne sont pas de la mollesse rédactionnelle, ils sont le prix du consensus. Quand un texte de COP dit « appelle les Parties à », il faut lire : personne ne sera sanctionné si rien ne se passe. **198 parties, aucun vote** La convention climat compte 197 Etats plus l'Union européenne. Les décisions s'adoptent par consensus, sans procédure de vote opérationnelle. Un seul pays peut donc bloquer une formulation, et la présidence n'a aucun moyen de le contourner autrement que par la négociation de couloir. ## Le pétrole n'est pas un invité surprise La présidence de la COP28 a été confiée à Sultan Al Jaber, qui dirige par ailleurs la compagnie pétrolière nationale émiratie ADNOC. La nouvelle a fait beaucoup de bruit à l'automne 2023, et l'indignation était compréhensible. Elle passait pourtant à côté du fond : les pays producteurs d'hydrocarbures siègent à la table depuis 1995, avec le même droit de blocage que les autres. L'Arabie saoudite a construit une doctrine de négociation entière autour de ce droit. Le vrai enjeu de Dubaï tenait à trois mots dans un paragraphe : sortie, réduction, ou disparition pure et simple de la mention des énergies fossiles. Certains pays défendaient la formule « phase out » (sortie), d'autres « phase down » (réduction), d'autres encore voulaient l'assortir de la mention des technologies de captage du carbone, ce qui revient à autoriser la poursuite de l'extraction. Ces débats sur les [sources d'énergie](https://www.infos-energie.com) occupent les négociateurs bien plus longtemps que les questions scientifiques, qui sont, elles, largement tranchées. **Un mot anglais qui vaut des milliards** « Phase out » engage une sortie des énergies fossiles. « Phase down » n'engage qu'une baisse, sans horizon. A la COP26 de Glasgow en 2021, le changement du premier terme vers le second, obtenu dans les dernières minutes sur le charbon, a suffi à changer la portée du texte. ## Le fonds pertes et dommages, adopté dès le premier jour La seule vraie surprise de l'ouverture est venue de là. Le 30 novembre 2023, la conférence a acté la mise en service du fonds destiné aux pertes et préjudices, ce mécanisme réclamé depuis les années 1990 par les petits Etats insulaires et arraché à la COP27 de Charm el-Cheikh, en 2022. Boucler ce point dès le premier jour, alors qu'il empoisonnait les négociations depuis un an, était inattendu. Les premières promesses de contribution se comptaient en centaines de millions de dollars. C'est peu au regard des besoins d'adaptation évalués par le Programme des Nations unies pour l'environnement, qui se chiffrent en dizaines de milliards par an pour les seuls pays en développement. Le fonds existe, la question de son alimentation reste entière. ## Pays riches, pays pauvres : la ligne de fracture qui ne bouge pas Les pays développés ont émis la plus grande part du carbone accumulé dans l'atmosphère depuis le XIXe siècle. Les pays qui subissent aujourd'hui les submersions, les sécheresses longues et les vagues de chaleur mortelles n'en ont émis presque rien. Cette asymétrie est le sujet de fond de chaque COP depuis Rio. Elle s'est cristallisée sur une promesse précise : les 100 milliards de dollars annuels d'aide climatique promis pour 2020, à la COP15 de Copenhague en 2009. L'objectif a été manqué pendant plusieurs années, et cette dette de confiance explique une bonne part de la méfiance des délégations du Sud. Difficile de demander à un pays de renoncer à son charbon quand on n'a pas tenu sa propre parole sur le financement. **Le calendrier des engagements** L'accord de Paris, signé à la COP21 en 2015, impose aux Etats de relever leurs engagements de réduction tous les cinq ans. Le premier bilan mondial, prévu par cet accord, était justement à l'ordre du jour de Dubaï en 2023. La prochaine série d'engagements nationaux était attendue pour 2025. ## Ce qu'un lecteur peut retenir sans se faire d'illusions Une COP ne sauve pas le climat et n'a jamais eu ce pouvoir. Elle produit un texte négocié à l'unanimité, des annonces de financement, et une pression médiatique annuelle qui oblige les gouvernements à se positionner. C'est modeste. C'est aussi le seul endroit où 198 parties s'assoient ensemble une fois par an sur ce sujet, et personne n'a proposé de mécanisme de remplacement crédible. Le titre de cet article promettait une révélation. La voici, et elle est décevante : tout est public. Les textes de négociation, les contributions nationales, les positions de chaque bloc sont en ligne sur le site de la CCNUCC, souvent en direct pendant les séances. Personne ne cache rien. Ce qui manque, ce n'est pas l'information, c'est le nombre de gens prêts à la lire. ## Questions fréquentes ### Que veut dire COP ? Conference of the Parties, la conférence des Etats signataires de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, adoptée à Rio en 1992. Elle se réunit chaque année depuis 1995. ### Les décisions d'une COP sont-elles obligatoires ? Non au sens judiciaire. L'accord de Paris est un traité, mais il n'assortit ses objectifs d'aucune sanction. Le contrôle repose sur la transparence des rapports nationaux et sur la pression des pairs. ### Pourquoi tenir une COP dans un pays pétrolier ? La présidence tourne entre cinq groupes régionaux et l'accueil se décide par candidature, acceptée par consensus. Les Emirats arabes unis se sont portés candidats pour 2023 au titre du groupe Asie-Pacifique. ### Qu'est-ce que le bilan mondial ? Un exercice prévu par l'accord de Paris, qui compare tous les cinq ans la trajectoire réelle des émissions à l'objectif de contenir le réchauffement nettement sous 2 degrés. Le premier a eu lieu en 2023. --- ## À propos de l'auteur **Delphine Macouin** — Je suis particulièrement intéressée par les rubriques Amour, Lifestyle et Santé. Ce qui ne m'empêche pas de donner mon avis sur d'autres sujets !