--- title: "Coupe du monde 2022 : La facture explose pour les stades du Qatar ..." url: https://www.ouestmedias.net/coupe-du-monde-2022-prix-stades.html author: "Delphine Macouin" date_published: 2023-08-20T08:27:59+00:00 date_modified: 2026-09-10T15:17:22+00:00 categories: ["Lifestyle", "Voyage"] image: https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2022/10/-20-scaled.jpg description: "Huit stades pour un pays de 2,9 millions d'habitants, dont sept construits en dix ans : la Coupe du monde 2022 au Qatar a produit la facture la plus lourde de..." site: "Ouest Médias" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Coupe du monde 2022 : La facture explose pour les stades du Qatar ... Huit stades pour un pays de 2,9 millions d'habitants, dont sept construits en dix ans : la Coupe du monde 2022 au Qatar a produit la facture la plus lourde de l'histoire du tournoi, et le gros de cette dépense n'est même pas allé dans les stades. Le chiffre qui circulait à l'automne 2022 était celui de 200 milliards de dollars, avancé par Hassan Al Thawadi, secrétaire général du comité d'organisation qatari, pour l'ensemble des infrastructures livrées depuis l'attribution du Mondial en 2010. Les stades eux-mêmes représentaient une part bien plus modeste, estimée entre 6,5 et 10 milliards de dollars selon les sources. Le reste, c'est un métro, un aéroport, un port, des autoroutes et une ville entière sortie du sable. **Ce que les Mondiaux précédents avaient coûté** Afrique du Sud 2010 : environ 3,6 milliards de dollars. Brésil 2014 : autour de 15 milliards. Russie 2018 : près de 11,6 milliards. Qatar 2022 : entre 6,5 et 10 milliards pour les seuls stades, et jusqu'à 200 milliards en comptant toutes les infrastructures livrées depuis 2010. L'écart tient à un choix : le Qatar a bâti un pays autour de son tournoi. ## Un pays plus petit que l'Île-de-France Le Qatar est de très loin le plus petit hôte de l'histoire de la compétition. Environ 11 600 kilomètres carrés, comparable à la Corse et aux Bouches-du-Rhône réunies, et une population majoritairement composée de travailleurs étrangers. Doha, la capitale, concentre la plus grande part des habitants ; Al-Rayyan, la deuxième ville, en comptait autour de 600 000 à l'époque. Cette compacité a produit une situation inédite : les huit stades tenaient dans un rayon d'environ 55 kilomètres, tous reliés au métro de Doha ouvert en 2019. Un supporter pouvait théoriquement assister à deux matchs le même jour, ce qui n'était jamais arrivé. Pour ceux qui envisageaient de [partir seuls en voyage](https://www.ouestmedias.net/partir-seul-en-voyage-nous-vous-livrons-tous-nos-conseils.html) suivre la compétition, l'absence de déplacements intérieurs changeait tout au budget. Le revers de cette densité, c'est l'hébergement. Le pays ne disposait pas du parc hôtelier d'une nation de la taille du Brésil ou de la Russie. Des villages de conteneurs aménagés, des bateaux de croisière amarrés à Doha et des campements dans le désert ont servi de solution d'appoint, avec des tarifs qui ont fait grincer. ## Le match d'ouverture n'était pas là où on le croyait Une confusion revient souvent dans les textes de l'époque : le match d'ouverture ne s'est pas joué au stade international Khalifa, mais au stade Al-Bayt, à Al-Khor, au nord de Doha. Qatar contre Équateur, le 20 novembre 2022. Le Khalifa, lui, avait déjà reçu des compétitions internationales avant le Mondial et faisait figure de vétéran dans ce parc flambant neuf. La finale s'est disputée le 18 décembre 2022 au stade de Lusail, jour de la fête nationale qatarie. Le calendrier avait été calé sur l'hiver, une première pour la compétition, parce que les températures estivales dans le Golfe dépassent régulièrement 45 degrés. Ce décalage a désorganisé les championnats européens pendant six semaines. **La climatisation à ciel ouvert, un choix contesté** Sept des huit stades étaient équipés d'un système de refroidissement soufflant de l'air frais au niveau des sièges et de la pelouse, dans des enceintes en partie ouvertes. Les organisateurs affirmaient que l'énergie provenait en partie d'une centrale solaire construite pour l'occasion. Sur le principe même, climatiser un espace ouvert dans un pays désertique, la critique environnementale reste difficile à écarter. ## Les huit enceintes, une par une ### Stade de Lusail Le plus grand du lot, avec près de 89 000 places. Il a reçu six matchs de groupe, un huitième, un quart, une demi-finale et la finale. Lusail est une ville entièrement nouvelle, bâtie à une quinzaine de kilomètres au nord de Doha, prévue pour accueillir à terme plusieurs centaines de milliers d'habitants. La ligne rouge du métro dessert le stade directement. ### Stade Al-Bayt Deuxième par la taille, autour de 68 000 places, à Al-Khor. Sa toiture reprend la forme d'une tente traditionnelle bédouine, le bayt al chaar. Il a accueilli la cérémonie d'ouverture, le premier match et une demi-finale. Al-Khor comptait environ 200 000 habitants, ce qui posait dès la conception la question de l'après. ### Stade international Khalifa Le seul stade ancien du lot, inauguré en 1976 et rénové plusieurs fois, dont une refonte lourde achevée en 2017. Environ 45 000 places, au coeur de l'Aspire Zone de Doha. Il a reçu le match pour la troisième place. ### Stade Education City Environ 44 000 places, implanté sur le campus universitaire à sept kilomètres du centre de Doha. Sa façade en losanges de verre change de couleur avec la lumière du jour. Il a reçu un quart de finale. ### Stade Ahmad bin Ali Environ 44 000 places, à Al-Rayyan, sur l'emplacement d'un ancien stade démoli dont une partie des matériaux a été réemployée. Desservi par la ligne verte du métro, il a accueilli des matchs jusqu'aux huitièmes de finale. ### Stade Al-Thumama Environ 44 000 places, à douze kilomètres du centre de Doha. Sa forme circulaire reprend celle de la gahfiya, la calotte portée traditionnellement par les hommes dans le Golfe. Il a reçu un quart de finale. ### Stade 974 Le plus commenté des huit. Environ 44 000 places, construit à partir de 974 conteneurs maritimes, chiffre qui correspond aussi à l'indicatif téléphonique du Qatar. Conçu pour être entièrement démonté après la compétition, il a reçu des matchs de groupe et un huitième de finale. > *Le stade 974 devait être démantelé à la fin du tournoi, ses éléments servant à d'autres projets.* ### Stade Al-Janoub Environ 44 000 places, à Al-Wakrah, au sud de Doha. Dessiné par l'agence de Zaha Hadid, sa toiture évoque la coque renversée d'un boutre, le bateau de pêche traditionnel de la région. Il a accueilli des matchs de groupe et un huitième. **Le problème de l'après, posé dès la construction** Un pays de moins de trois millions d'habitants n'a pas l'usage de huit enceintes de 44 000 à 89 000 places. Les organisateurs ont annoncé le démontage complet du stade 974 et la réduction de capacité de plusieurs autres, les sièges retirés devant être donnés à des fédérations étrangères. C'est la réponse la plus concrète apportée à la question de l'héritage, et elle était inscrite dans les plans dès le départ. ![Vue extérieure d'un stade qatari illuminé à la tombée de la nuit](https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2022/10/Un-de-stade-pour-le-coupe-du-monde.jpg) *La facture explose pour les stades du Qatar, coupe du monde 2022* ## Le coût humain, l'autre facture Impossible de parler du budget de ce Mondial sans mentionner les chantiers. En 2021, le Guardian publiait une enquête recensant 6 500 décès de travailleurs migrants originaires d'Inde, du Pakistan, du Népal, du Bangladesh et du Sri Lanka au Qatar entre 2010 et 2020, toutes causes et tous secteurs confondus. Le comité d'organisation, lui, faisait état de 37 décès parmi les ouvriers des sites du Mondial, dont trois liés au travail. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose et la comparaison directe n'a pas de sens, ce qui n'a pas empêché chacun de les brandir. Le point qui fait consensus chez les organisations internationales, dont l'Organisation internationale du travail, concerne la réforme du système de la kafala engagée par Doha à partir de 2017, jugée réelle sur le papier et inégalement appliquée sur le terrain. ## Le tournoi lui-même Trente-deux équipes, dont treize européennes, se sont affrontées du 20 novembre au 18 décembre 2022. Le Qatar, pays hôte, était qualifié d'office. Le tirage au sort avait réparti les sélections en huit groupes de quatre. - Groupe A : Qatar, Pays-Bas, Sénégal, Équateur - Groupe B : Angleterre, États-Unis, Iran, Pays de Galles - Groupe C : Argentine, Mexique, Pologne, Arabie saoudite - Groupe D : France, Danemark, Tunisie, Australie - Groupe E : Espagne, Allemagne, Japon, Costa Rica - Groupe F : Belgique, Croatie, Maroc, Canada - Groupe G : Brésil, Suisse, Serbie, Cameroun - Groupe H : Portugal, Uruguay, Corée du Sud, Ghana La France, tenante du titre acquis en Russie en 2018, entrait dans la compétition le 22 novembre contre l'Australie, puis affrontait le Danemark le 26 et la Tunisie le 30. Les trois rencontres se jouaient en soirée, heure française, le pays hôte n'étant qu'à deux heures de décalage. ## Le calendrier de la phase de groupes Quatre matchs par jour pendant les douze premiers jours, ce qui n'avait jamais été possible ailleurs faute de stades assez proches les uns des autres. Les horaires étaient donnés en heure française, avec deux heures de décalage sur Doha. - 20 novembre : Qatar contre Équateur, coup d'envoi à 17 heures, groupe A - 21 novembre : Angleterre contre Iran, Sénégal contre Pays-Bas, États-Unis contre Pays de Galles - 22 novembre : Argentine contre Arabie saoudite, Danemark contre Tunisie, Mexique contre Pologne, France contre Australie - 23 novembre : Maroc contre Croatie, Allemagne contre Japon, Espagne contre Costa Rica, Belgique contre Canada - 24 novembre : Suisse contre Cameroun, Uruguay contre Corée du Sud, Portugal contre Ghana, Brésil contre Serbie - 25 et 26 novembre : deuxième journée des groupes A à D, avec France contre Danemark le 26 - 27 et 28 novembre : deuxième journée des groupes E à H - 29 novembre au 2 décembre : troisième journée, les deux matchs d'un même groupe joués simultanément Cette simultanéité de la dernière journée est une règle appliquée depuis 1986, après le match arrangé entre l'Allemagne et l'Autriche en 1982. La Tunisie affrontait la France le 30 novembre à la même heure que l'Australie contre le Danemark. **Un tournoi décalé en hiver, une première** Toutes les éditions précédentes s'étaient tenues en juin et juillet. Celle-ci s'est jouée du 20 novembre au 18 décembre 2022, parce que l'été qatari dépasse couramment 45 degrés. Les championnats européens ont interrompu leur saison pendant environ six semaines, et les clubs ont récupéré des joueurs sans trêve hivernale. ## Ce que payait un supporter Le billet le moins cher pour un match de groupe démarrait autour de 250 rials qatariens, soit une soixantaine d'euros pour les non-résidents, et grimpait bien au-delà pour la finale. Le vrai coût était ailleurs : l'obligation de détenir une Hayya Card, le laissez-passer officiel adossé à une réservation d'hébergement validée, faisait du logement un passage obligé et non un choix. Les tarifs pratiqués pendant la compétition, souvent plusieurs centaines d'euros la nuit pour une chambre de conteneur aménagé, ont largement alimenté la critique. Un séjour d'une semaine avec trois matchs revenait couramment à 2 500 ou 3 000 euros par personne, transport aérien compris, ce qui a mécaniquement écarté une partie des supporters habituels. ## Un dernier mot sur les chiffres Ce qui frappe, avec le recul, c'est l'écart entre les deux façons de compter. Si l'on retient les seuls stades, le Qatar 2022 reste dans le même ordre de grandeur que le Brésil 2014, en plus cher mais pas d'un facteur dix. Si l'on retient tout ce que le pays a construit en douze ans en s'appuyant sur l'échéance du Mondial, on obtient un montant sans équivalent, mais qui recouvre un métro, un aéroport international, un port en eau profonde et une ville nouvelle qui serviront bien au-delà de six semaines de football. Les deux lectures sont défendables. La première minimise, la seconde attribue au tournoi des dépenses d'aménagement qu'un État du Golfe aurait sans doute engagées de toute façon. Ce qui est certain, c'est qu'aucune autre Coupe du monde n'avait jusque-là servi de calendrier à la transformation complète d'un pays. --- ## À propos de l'auteur **Delphine Macouin** — Je suis particulièrement intéressée par les rubriques Amour, Lifestyle et Santé. Ce qui ne m'empêche pas de donner mon avis sur d'autres sujets !