--- title: "Le CBD et les animaux" url: https://www.ouestmedias.net/le-cbd-et-les-animaux.html author: "Delphine Macouin" date_published: 2023-08-20T08:47:14+00:00 date_modified: 2026-09-10T14:03:17+00:00 categories: ["Animaux"] tags: ["chat", "chien"] image: https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2022/07/-10.png description: "Le CBD pour chien et chat se vend en pharmacie, en animalerie et dans des centaines de boutiques en ligne, mais aucune de ces gouttes n’est un médicament..." site: "Ouest Médias" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Le CBD et les animaux Le CBD pour chien et chat se vend en pharmacie, en animalerie et dans des centaines de boutiques en ligne, mais aucune de ces gouttes n’est un médicament vétérinaire, et deux études sérieuses seulement soutiennent le discours commercial. Le reste relève de la promesse. Cette phrase va décevoir une partie des lecteurs qui arrivent ici après avoir vu une friandise au cannabidiol promettre de calmer un chien anxieux, de soulager une hanche arthrosique et d’espacer des crises d’épilepsie. Le cannabidiol n’est pas une escroquerie pour autant. Il agit bien sur le système endocannabinoïde des mammiferes, chiens et chats compris, et il existe deux essais cliniques publiés qui montrent un effet mesurable. Simplement, l’écart entre ce qui a été démontré et ce qui est écrit sur les étiquettes est énorme, et personne dans la chaine commerciale n’a intérêt à le signaler. ## Les deux seules études qui comptent vraiment La première vient de l’université Cornell, publiée en 2018. Vingt-deux chiens arthrosiques ont reçu de l’huile de CBD à 2 mg par kilo, deux fois par jour, pendant quatre semaines. Plus de huit propriétaires sur dix ont rapporté une baisse de la douleur et un chien plus mobile, et les vétérinaires ont confirmé à l’examen. Le résultat est net, mais l’échantillon est minuscule et les enzymes hépatiques, en particulier les phosphatases alcalines, ont grimpé chez une majorité des chiens traités. La seconde vient de l’université d’État du Colorado, publiée en 2019, sur des chiens épileptiques traités en complément de leur antiépileptique habituel. La fréquence des crises a baissé de façon significative dans le groupe CBD. Là encore, seize chiens au total, une durée courte, et les auteurs eux-mêmes réclament un essai plus large qui n’est jamais venu. **Ce que le CBD fait, en une phrase** Deux essais cliniques, l’un sur l’arthrose du chien à 2 mg par kilo deux fois par jour, l’autre sur l’épilepsie canine en complément du traitement, montrent un effet réel. Tout le reste, anxiété, digestion, pelage, cancer, repose sur des témoignages de propriétaires. Ce n’est pas rien, ce n’est pas une preuve. Sur le chat, la situation est plus mince encore. Les travaux disponibles portent surtout sur la pharmacocinétique, c’est-à-dire la façon dont l’animal absorbe et élimine la molécule, pas sur un bénéfice clinique. Or le chat métabolise le cannabidiol autrement que le chien, plus lentement sur certains points, et il déteste souvent le goût huileux du produit. Transposer un dosage canin à un chat de quatre kilos parce que la boîte indique « chiens et chats » est le raccourci le plus fréquent, et le plus discutable. ## La phrase sur le cancer, qu’il faut retirer des étiquettes On lit partout que le cannabidiol réduirait la prolifération des cellules cancéreuses. Le calcul ne tient pas. Ce qui existe, ce sont des travaux in vitro, sur des cellules en boîte de Petri, et quelques modèles animaux de laboratoire. Aucun essai clinique vétérinaire n’a montré qu’une huile de CBD ralentissait une tumeur chez un chien ou un chat vivant. Un vétérinaire peut évoquer le CBD dans un contexte de soins de confort, pour l’appétit ou la douleur en fin de vie, et c’est une conversation légitime. Présenter la molécule comme un traitement anticancéreux, non. **Les trois promesses à ne pas croire** « Ralentit le cancer » : jamais démontré chez l’animal vivant. « Sans effets secondaires » : les phosphatases alcalines montent, la somnolence et la diarrhée sont fréquentes. « Compatible avec tous les traitements » : le CBD passe par les mêmes enzymes hépatiques que de nombreux médicaments et peut en modifier la concentration dans le sang. ## En France, le produit existe mais le statut manque Un flacon vendu pour un animal n’a pas d’autorisation de mise sur le marché vétérinaire. L’Agence nationale du médicament vétérinaire n’a homologué aucune spécialité à base de cannabidiol. Le cannabidiol n’est pas non plus inscrit comme additif autorisé dans l’alimentation animale au niveau européen, ce qui rend juridiquement bancales les croquettes et les friandises qui en revendiquent. Le produit circule donc dans une zone grise: on l’achète sans difficulté, mais rien ne garantit sa composition. Le seuil de THC compte tout autant. En France, un produit dérivé du chanvre doit rester sous 0,3 % de tétrahydrocannabinol. Au-dessus, ce n’est plus un complément, c’est un stupéfiant, avec les conséquences pénales qui vont avec pour celui qui l’achète et le détient. Si la distinction entre les deux molécules n’est pas claire pour vous, elle est expliquée en détail dans notre article sur [la différence entre le THC et le CBD](https://www.ouestmedias.net/quelle-difference-entre-le-thc-et-le-cbd.html), et le cadre légal, l’efficacité et les risques du cannabidiol chez l’humain sont repris dans [notre dossier complet sur le CBD](https://www.ouestmedias.net/tout-ce-que-vous-devez-savoir-sur-le-cdb-efficacite-legislation-effets-risques.html). Le THC, précisément, est la vraie ligne rouge. Il est toxique pour le chien, qui possède une densité de récepteurs cannabinoïdes dans le cervelet bien supérieure à la nôtre. Les cliniques vétérinaires voient chaque année des intoxications au cannabis chez des chiens ayant avalé une résine ou un space cake. Un CBD mal dosé en THC n’est pas un CBD un peu plus fort, c’est un poison. ![Un chat roux allongé pendant qu'une main approche un flacon compte-gouttes](https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2022/07/cbd-pour-chat-1.png) ## Comment lire une étiquette sans se faire avoir Le seul document qui vaut quelque chose est l’analyse de lot, parfois appelée certificat d’analyse, réalisée par un laboratoire indépendant et datée. Elle doit donner le taux de CBD en milligrammes par millilitre, le taux de THC, et l’absence de métaux lourds, de pesticides et de solvants résiduels. Un fabricant qui refuse de la fournir, ou qui vous renvoie une analyse sans numéro de lot, vend un produit que personne n’a vérifié. Le deuxième point est le calcul. Une huile à 5 % contient 50 mg de CBD par millilitre. Une huile à 10 %, le double. Le pourcentage affiché sur la boîte ne dit rien tant que vous n’avez pas ramené la dose au poids de l’animal, et c’est là que la moitié des acheteurs se trompent d’un facteur dix. Les critères de choix d’une huile sont d’ailleurs les mêmes que pour un usage humain, et sont détaillés dans notre guide pour [bien choisir son huile de CBD](https://www.ouestmedias.net/lhuile-de-cbd-comment-bien-la-choisir.html). **Les chiffres à retenir** 0,3 % de THC maximum en France. 2 mg de CBD par kilo et par prise, deux fois par jour, dans l’essai de Cornell sur l’arthrose. 50 mg de CBD par millilitre dans une huile à 5 %. Pour un chien de 20 kg, cela fait 40 mg par prise, soit 0,8 ml d’huile à 5 %, un peu moins d’une pipette pleine. ## Le dosage, la seule partie technique On commence bas et on monte lentement. La pratique courante consiste à démarrer autour de 0,25 mg par kilo deux fois par jour, à tenir cette dose une semaine, puis à l’augmenter par paliers si rien ne bouge. Monter d’emblée à la dose des essais cliniques expose à une somnolence marquée et à des selles molles, que le propriétaire interprète ensuite comme une intolérance définitive. L’administration se fait à la seringue sans aiguille ou au compte-gouttes, dans la joue plutôt qu’au fond de la gorge, et jamais en immobilisant brutalement un animal qui se débat. Si l’opération tourne à la lutte à chaque fois, la friandise ou la ration enrichie sont un compromis raisonnable, avec un dosage moins précis. Un chien qui associe le compte-gouttes à une contention désagréable devient impossible à traiter en trois jours, et ce type d’apprentissage négatif se corrige mal, comme le savent ceux qui se sont interrogés sur [l’intérêt réel d’un collier de dressage](https://www.ouestmedias.net/chats-et-chiens-lutilisation-dun-collier-de-dressage-est-elle-recommandee.html). **Combien de temps avant de juger** Sur la douleur articulaire, comptez deux à quatre semaines à dose stable avant de conclure. Sur l’anxiété, l’effet attendu est immédiat ou n’existe pas. Tenez un carnet daté: distance de promenade, difficulté à monter dans la voiture, nombre de réveils nocturnes. Sans ces notes, l’effet placebo du propriétaire décide à votre place. ## Les cas où le CBD n’a rien à faire Une chienne gestante ou allaitante, un chiot, un animal sous anticoagulant ou sous antiépileptique non suivi, un chat insuffisant rénal ou hépatique: dans tous ces cas, on ne teste pas dans son coin. La question du chiot se pose souvent parce qu’un jeune chien braille la nuit et que le propriétaire cherche une solution rapide, alors que le problème est presque toujours ailleurs, comme le rappelle notre article sur [l’arrivée d’un chiot fraichement sevré](https://www.ouestmedias.net/comment-bien-soccuper-dun-chiot-sevre.html). Le vrai piège du cannabidiol est ailleurs: il masque. Un chat qui mange mal et dont l’haleine a changé ne souffre pas d’un déficit en CBD, il a probablement une bouche en mauvais état, et ce signal est développé dans notre article sur [la mauvaise haleine chez le chat](https://www.ouestmedias.net/mauvaise-haleine-chez-le-chat-soignez-les-problemes-de-votre-chat.html). Un œil qui coule et qui reste mi-clos relève d’un examen, pas d’une huile, et les causes possibles sont listées dans notre page sur [la conjonctivite du chat](https://www.ouestmedias.net/la-conjonctivite-chez-le-chat-symptomes-causes-et-traitement.html). Trois semaines de gouttes gagnées sur un diagnostic, ce sont trois semaines perdues. **La bonne question à poser au vétérinaire** Plutôt que « est-ce que vous êtes pour ou contre le CBD », demandez: « au vu du traitement actuel de mon animal, est-ce que le cannabidiol peut interférer, et à quelle dose commencer ». La réponse sera concrète. Prenez le flacon et son analyse de lot avec vous à la consultation. ## Un marché qui ressemble à beaucoup d’autres Il faut voir ce secteur pour ce qu’il est: un marché de compléments, avec ses arguments larges et ses preuves étroites. Les rayons pour humains fonctionnent exactement pareil, qu’il s’agisse des [compléments alimentaires vendus pour la beauté des cheveux](https://www.ouestmedias.net/les-meilleurs-complements-alimentaires-pour-sublimer-les-cheveux.html) ou des [traitements présentés contre la cellulite](https://www.ouestmedias.net/traitement-cellulite.html): quelques données réelles, beaucoup d’extrapolation, un prix au gramme sans rapport avec le coût de production. La différence, avec un animal, c’est qu’il ne peut pas dire que ça ne marche pas. Cela ne condamne pas le produit. Sur un vieux chien arthrosique déjà sous anti-inflammatoire, un essai de quatre semaines à dose contrôlée, discuté avec le vétérinaire et noté dans un carnet, est une démarche défendable. Sur un chien qui panique en voiture, mieux vaut d’abord regarder son installation et son habituation aux trajets, sujet traité dans notre page sur les [accessoires voiture pour chien](https://www.ouestmedias.net/accessoire-voiture-chien.html), ainsi que les précautions de base avant de [partir en voyage avec son animal de compagnie](https://www.ouestmedias.net/voyager-avec-votre-animal-de-compagnie-en-toute-securite.html). Le cannabidiol arrive après, s’il arrive. Une dernière remarque, qui vaut au-delà de la gamelle. Ce marché prospère sur une bienveillance sincère envers les animaux, la même qui nourrit les débats sur [les effets réels du tourisme animalier](https://www.ouestmedias.net/le-tourisme-animalier-benefique-ou-prejudiciable-pour-les-animaux.html). Vouloir le bien d’un chien ou d’un chat ne dispense pas de vérifier ce qu’on lui donne. Un flacon avec une analyse de lot, une dose calculée au poids, un vétérinaire au courant, un carnet de suivi: à ces quatre conditions, l’essai a du sens. Sans elles, vous payez cher une huile de chanvre. --- ## À propos de l'auteur **Delphine Macouin** — Je suis particulièrement intéressée par les rubriques Amour, Lifestyle et Santé. Ce qui ne m'empêche pas de donner mon avis sur d'autres sujets !