--- title: "Les énergies renouvelables vont-elles remplacer définitivement les énergies fossiles ?" url: https://www.ouestmedias.net/les-energies-renouvelables-vont-elles-remplacer-definitivement-les-energies-fossiles.html author: "Delphine Macouin" date_published: 2024-01-21T22:01:30+00:00 date_modified: 2026-09-10T18:17:00+00:00 categories: ["Déco & Maison"] tags: ["Énergie"] image: https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2024/01/les-energies-renouvelables-vont-elles-remplacer-definitivement-les-energies-fossiles.jpg description: "La bascule vers les renouvelables ne se joue pas là où on la regarde. Les éoliennes et le solaire gagnent vite du terrain sur l'électricité, qui ne pèse qu'un..." site: "Ouest Médias" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Les énergies renouvelables vont-elles remplacer définitivement les énergies fossiles ? La bascule vers les renouvelables ne se joue pas là où on la regarde. Les éoliennes et le solaire gagnent vite du terrain sur l'électricité, qui ne pèse qu'un cinquième de l'énergie consommée dans le monde : le vrai verrou est ailleurs, dans les camions, l'acier et le ciment. Poser la question en ces termes change la réponse. Sur la production d'électricité, la substitution est engagée et rapide. Sur l'énergie que nous consommons vraiment, tous usages confondus, elle avance à pas comptés. Les deux chiffres coexistent, et les confondre explique une bonne part des malentendus de ce débat. **Deux chiffres à ne pas mélanger** Les énergies fossiles représentent encore environ 80 % de l'énergie primaire consommée dans le monde, une part qui n'a presque pas bougé en vingt ans. Dans le même temps, le solaire et l'éolien ont installé plus de 500 GW de capacité sur la seule année 2023. Le premier chiffre dit la difficulté, le second dit la vitesse. ## Sur l'électricité, la partie est en train de se gagner Le coût du solaire photovoltaïque a chuté d'environ 90 % entre 2010 et 2023. Un parc solaire au sol produit aujourd'hui, dans beaucoup de régions, le mégawattheure le moins cher jamais atteint par une source d'électricité, moins cher qu'une centrale à gaz neuve. L'éolien terrestre suit une trajectoire comparable avec quelques années d'écart. Ces baisses ne sont pas des projections, ce sont des prix constatés dans des appels d'offres signés. La France a une position particulière parce que son électricité est déjà largement décarbonée par le nucléaire. Le mix électrique national tourne autour de 65 % de nucléaire, complété par une dizaine de pour cent d'hydraulique, autant d'éolien et quelques pour cent de solaire. Ajouter des renouvelables y remplace donc peu de charbon ou de gaz : l'enjeu français est moins le contenu carbone du kilowattheure que la capacité à en produire davantage pour électrifier ce qui ne l'est pas encore. **Le cas français en une phrase** La France a raté sa cible européenne de 23 % d'énergies renouvelables dans sa consommation finale en 2020, et reste le seul pays de l'Union à avoir manqué son objectif. Elle tournait autour de 22 % en 2023, portée surtout par le bois de chauffage et l'hydraulique, deux sources anciennes. ## Le stockage : un problème réel, mais pas celui qu'on croit L'intermittence est l'argument le plus répété contre les renouvelables, et il est en partie fondé. Il n'est pas insoluble pour autant. Les batteries au lithium ont vu leur prix baisser de plus de 80 % en une décennie, et les grandes installations de stockage sur réseau sont devenues rentables en Californie comme en Australie pour lisser les pointes du soir. Ce que les batteries ne savent pas faire, c'est passer l'hiver. Elles stockent des heures, pas des mois. Les périodes de vent faible et de ciel gris qui durent une semaine en janvier, ce que les Allemands appellent la Dunkelflaute, demandent autre chose : des interconnexions entre pays, de l'hydraulique de barrage, du nucléaire pilotable ou, pour l'instant, des centrales à gaz qu'on allume quelques dizaines d'heures par an. L'hydrogène est souvent cité comme la solution, mais son rendement aller-retour dépasse rarement 35 %, ce qui en fait un choix coûteux réservé aux usages sans alternative. **Le vrai point de blocage** Les usages non électriques concentrent la difficulté. La sidérurgie, la cimenterie, l'aviation long-courrier, le transport maritime et l'agriculture représentent ensemble une part considérable des émissions mondiales, et aucun ne se décarbone en branchant une prise. Ce sont ces secteurs, pas la production d'électricité, qui décideront du calendrier. ## Ce que la substitution demande vraiment Remplacer une chaudière au gaz par une pompe à chaleur, une voiture thermique par un modèle électrique, un four industriel au fioul par un four électrique : chaque conversion déplace la consommation vers le réseau. RTE estimait dans ses scénarios de long terme que la consommation électrique française devrait augmenter d'environ 40 % d'ici 2050 si l'électrification des usages se déroule comme prévu. Le pays a passé quinze ans à apprendre à consommer moins d'électricité, il va devoir apprendre à en produire beaucoup plus. Cette électrification a un coût matière que le débat public sous-estime. Une éolienne demande de l'acier, du cuivre et des terres rares. Une batterie de voiture demande du lithium, du nickel et du cobalt. Les gisements existent, la question porte sur le rythme d'ouverture des mines et sur la concentration géographique du raffinage, largement dominé par la Chine. Substituer une dépendance au pétrole du Golfe par une dépendance aux métaux raffinés ailleurs n'est pas neutre, même si le bilan climatique reste sans commune mesure. **Les horizons annoncés** L'Union européenne vise 42,5 % de renouvelables dans sa consommation finale d'énergie en 2030, contre environ 23 % en 2022. La France a inscrit la neutralité carbone à 2050 dans sa loi. Ces dates encadrent des décisions d'investissement prises aujourd'hui : une centrale mise en service en 2028 tournera jusqu'en 2060. ## Ce qu'un particulier pèse dans cette histoire Assez peu sur le total, davantage sur son propre budget. Un ménage français consacre en moyenne autour de 8 % de son revenu à l'énergie, logement et carburant confondus. Les deux postes qui bougent la ligne sont le chauffage et la voiture, dans cet ordre. Le reste, les ampoules, les veilles, le lave-linge, compte pour une part modeste de la consommation d'un logement chauffé à l'électricité. Cela ne rend pas ces gestes inutiles, mais il vaut mieux savoir ce qu'on en attend. Éteindre les veilles économise quelques dizaines d'euros par an. Isoler des combles en économise plusieurs centaines et améliore le confort d'été. Si vous ne devez faire qu'une chose cette année, ce n'est pas la multiprise à interrupteur. **Par quoi commencer** Demandez un audit énergétique avant de choisir des travaux. Il coûte quelques centaines d'euros, il est partiellement financé, et il évite l'erreur classique qui consiste à changer les fenêtres d'une maison dont le toit n'est pas isolé. La réponse à la question du titre est donc double, et aucune moitié n'est confortable. Oui, les renouvelables remplaceront l'essentiel de l'électricité fossile, probablement plus vite que ne le prévoyaient les scénarios écrits il y a dix ans. Non, elles ne remplaceront pas seules les énergies fossiles dans tous leurs usages avant plusieurs décennies, et ce calendrier dépendra moins de la technologie disponible que de la vitesse à laquelle on accepte de remplacer des équipements qui fonctionnent encore. --- ## À propos de l'auteur **Delphine Macouin** — Je suis particulièrement intéressée par les rubriques Amour, Lifestyle et Santé. Ce qui ne m'empêche pas de donner mon avis sur d'autres sujets !