--- title: "Les pantoufles made in France" url: https://www.ouestmedias.net/les-pantoufles-made-in-france.html author: "Delphine Macouin" date_published: 2023-08-20T09:06:57+00:00 date_modified: 2026-09-10T16:21:12+00:00 categories: ["Déco & Maison"] image: https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2023/01/-21-scaled.jpg description: "Une charentaise cousue en France coûte entre 45 et 95 euros, jamais 15. Ce simple écart de prix suffit à trier, en rayon comme en ligne, les paires réellement..." site: "Ouest Médias" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Les pantoufles made in France Une charentaise cousue en France coûte entre 45 et 95 euros, jamais 15. Ce simple écart de prix suffit à trier, en rayon comme en ligne, les paires réellement fabriquées ici de celles qui portent un drapeau bleu blanc rouge sur l'étiquette et rien d'autre. Le chausson est un produit modeste qu'on achète mal. On le prend en fin de course, souvent en décembre, souvent pour offrir, et on regarde le motif avant la couture. Six mois plus tard la semelle se décolle et la laine feutre. La filière française existe pourtant encore, avec des ateliers identifiables et une indication géographique déposée. Encore faut-il savoir ce qu'on regarde. ## La charentaise n'est pas un style, c'est une technique À l'origine, au XVIIe siècle en Charente, la charentaise est un chausson de feutre taillé dans les chutes de laine des manufactures de la région. On la glissait dans les sabots de bois pour amortir la marche et tenir les pieds au chaud. La semelle était en feutre, cousue, sans colle ni gomme. Le geste qui la définit porte un nom : le cousu-retourné. La tige et la semelle sont assemblées à l'envers, puis l'ensemble est retourné comme un gant, ce qui met la couture à l'intérieur et supprime tout point de friction sous le pied. C'est plus lent qu'un collage et beaucoup plus difficile à automatiser. C'est aussi pour cette raison qu'une charentaise correctement montée dure des années là où un chausson collé lâche à la première machine. Le mot a fini par désigner n'importe quel chausson à carreaux écossais, y compris importé et thermocollé. La confusion est commode pour le commerce, elle ne l'est pas pour l'acheteur. **Le repère de prix** Comptez 45 à 95 euros pour une paire cousue en France, autour de 120 euros pour du cuir ou de la peau lainée. En dessous de 25 euros, la fabrication française est arithmétiquement impossible : le seul coût de main-d'oeuvre du cousu-retourné dépasse déjà ce montant. ## Ce que le chausson fait vraiment pour vos pieds On lit partout que porter des chaussons évite d'attraper froid et protège des infections. La première affirmation est fausse : le rhume et la grippe sont des maladies virales, on les attrape par contact ou par les voies respiratoires, pas par la plante des pieds. Avoir froid ne rend pas malade, cela rend inconfortable, ce qui est déjà une raison suffisante de se chausser chez soi. La seconde affirmation est plus juste, à condition de la réduire à son périmètre réel. Une semelle propre limite le contact avec les sols de parties communes, de vestiaire ou de salle de sport, là où circulent les champignons responsables des mycoses plantaires. À la maison, sur son propre parquet, l'argument sanitaire s'efface derrière l'argument de confort et d'articulations : un chausson à semelle amortissante réduit la fatigue des talons quand on passe la journée debout sur du carrelage. ## Made in France, Origine France Garantie : deux mentions, deux poids Sur une boîte à chaussures, la mention « made in France » relève des règles douanières d'origine. Elle est acquise dès lors que la dernière transformation substantielle a eu lieu sur le territoire. Une tige tricotée à l'étranger, assemblée et finie dans un atelier français, peut donc légalement porter cette mention. Personne ne contrôle systématiquement l'affichage en amont. Le label Origine France Garantie est d'une autre nature. Il est délivré par l'association Pro France et vérifié par un organisme certificateur indépendant, avec deux conditions cumulatives : au moins la moitié du prix de revient unitaire doit être acquise en France, et le produit doit y prendre ses caractéristiques principales. Ce n'est pas un label de qualité, c'est un label de traçabilité, et c'est précisément ce qu'on cherche ici. Un troisième signal existe pour la charentaise seule. L'indication géographique « Charentaise de Charente-Périgord » a été homologuée par l'INPI en 2019. Elle impose une zone de fabrication, des matières et le cousu-retourné. Une paire qui la revendique a été contrôlée sur ces trois points. Une paire qui écrit simplement « charentaise » n'a été contrôlée sur rien. **Les trois mentions, classées par fiabilité** Indication géographique Charentaise de Charente-Périgord : contrôlée, la plus sûre. Origine France Garantie : audité par un tiers, solide. Made in France seul : déclaratif, peu discriminant. Un drapeau tricolore imprimé sans texte ne veut rien dire du tout. ## Où sont les ateliers ![Paire de chaussons posée sur un tapis, dans un intérieur](https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2023/01/pantoufle-sur-le-tapis-a-la-maison.jpg) *Une paire bien choisie se garde plusieurs hivers* La production française tient aujourd'hui à une poignée de maisons, concentrées entre la Charente et la Dordogne. Rondinaud, installé à La Rochefoucauld, à une vingtaine de kilomètres au nord-est d'Angoulême, produit depuis les années 1900 et fait partie des rares à avoir traversé la vague des délocalisations des années 1980. Fargeot, en Dordogne, travaille sur le même savoir-faire. Quelques ateliers plus petits fabriquent en série courte, parfois sur mesure. À côté, d'autres matières se travaillent ailleurs en France : la peau lainée dans le Sud-Ouest, le cuir dans les bassins de la chaussure du Choletais et de Romans, le feutre de laine mérinos chez quelques filateurs. La question n'est pas la région, elle est la présence d'un atelier de montage identifiable, avec une adresse et un nom. **Un vendeur sérieux nomme son atelier.** Un revendeur qui parle de « savoir-faire français » sans citer un lieu, une commune ou une usine, vend probablement autre chose que ce qu'il laisse entendre. ## Choisir la bonne paire, matière par matière Le feutre de laine reste la référence pour l'usage classique : chaud, respirant, il absorbe l'humidité sans donner cette sensation de moiteur qu'on connaît avec le synthétique. Il craint en revanche le lavage en machine, qui le rétracte définitivement. La peau lainée, ou peau de mouton retournée, tient plus chaud que tout le reste et se porte pieds nus. Elle coûte le double et vieillit en s'affaissant : la laine se tasse sous le pied au bout d'une saison, ce qui est normal et non un défaut. Le cuir avec doublure textile convient aux intérieurs déjà chauffés et aux gens qui marchent beaucoup dans leur logement. Le coton et la toile, enfin, servent l'été et les régions douces, où l'objectif est moins la chaleur que le fait de ne pas marcher pieds nus sur du carrelage. Sur la semelle, deux écoles. La semelle feutre garde la souplesse d'origine et glisse sur du parquet ciré. La semelle gomme cousue, plus lourde, tient sur le carrelage et supporte les allers-retours jusqu'à la boîte aux lettres. Pour un logement à étages ou pour une personne âgée, la gomme antidérapante l'emporte sans discussion : les chutes domestiques dans l'escalier sont la première cause d'accident de la vie courante à domicile. **Le piège de la taille** Un chausson ne se prend pas une pointure au-dessus « pour être à l'aise ». Le pied qui flotte glisse vers l'avant, le talon sort, la contre-semelle s'écrase de travers et la paire s'use en biais en trois mois. Essayez avec les chaussettes que vous porterez réellement, en fin de journée, quand le pied a gonflé. ## Les entretenir sans les abîmer La règle qui compte tient en une phrase : le feutre ne va pas en machine. Le lavage à 30 degrés rétrécit la laine d'une demi-pointure à une pointure entière, et le phénomène ne se rattrape pas. Pour une paire de feutre, brossez à sec, tamponnez les taches à l'eau tiède savonneuse, laissez sécher à plat loin du radiateur. Le séchage près d'une source de chaleur est l'autre erreur courante. Il durcit la semelle de feutre et craquelle le cuir. Deux jours à température ambiante, avec du papier journal glissé à l'intérieur, valent mieux qu'une nuit sur le poêle. Une paire portée quotidiennement en hiver tient trois à cinq ans si elle est cousue, contre une saison ou deux pour du collé. Alterner deux paires double presque la durée de vie de chacune, parce que la laine a le temps de sécher entre deux journées, et parce que la semelle reprend sa forme au lieu de garder l'empreinte du pied. Et ne les sortez pas dehors : dix mètres de gravier suffisent à ouvrir une semelle de feutre. **Le bon moment pour acheter** Les ateliers français écoulent leurs fins de série en janvier et en juillet, avec des remises de 20 à 40 % sur les coloris de la saison précédente. Acheter une paire d'hiver en juillet est l'astuce la moins glamour de cet article et la plus rentable. ## Où acheter, et ce qu'il faut vérifier avant de payer Trois canaux se valent, à condition de les interroger. La vente directe par l'atelier donne le meilleur rapport entre le prix et la traçabilité, avec parfois la personnalisation des matières et des couleurs. Les boutiques spécialisées en produits français ont l'avantage de l'essayage, qui reste le seul moyen de juger d'une largeur. Les grandes plateformes en ligne, enfin, hébergent aussi bien les ateliers eux-mêmes que des revendeurs qui recopient leurs photos. Avant de valider un panier, cherchez quatre informations : le nom de l'atelier de montage, la composition de la tige et de la semelle, le mode d'assemblage (cousu ou collé) et la politique de retour. Si la fiche produit reste muette sur trois d'entre elles, passez votre chemin. Une maison qui coud en France le dit dès la première ligne, parce que c'est son argument de vente. Le geste du cousu-retourné se comprend mieux en le voyant qu'en le lisant : la couture, le retournement du chausson, le passage sur la forme. --- ## À propos de l'auteur **Delphine Macouin** — Je suis particulièrement intéressée par les rubriques Amour, Lifestyle et Santé. Ce qui ne m'empêche pas de donner mon avis sur d'autres sujets !