--- title: "Plan sobriété énergétique : La fin des factures d'électricité astronomiques pour les ménages français ? Découvrez comment cela va impacter votre portefeuille !" url: https://www.ouestmedias.net/plan-sobriete-energetique-la-fin-des-factures-delectricite-astronomiques-pour-les-menages-francais-decouvrez-comment-cela-va-impacter-votre-portefeuille.html author: "Delphine Macouin" date_published: 2024-01-29T12:03:19+00:00 date_modified: 2026-09-10T18:29:52+00:00 categories: ["Déco & Maison"] tags: ["Énergie"] image: https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2024/01/-62.png description: "Le plan de sobriété énergétique présenté le 6 octobre 2022 n'a pas fait baisser les factures d'électricité des ménages français. Ce qui les a retenues, c'est le..." site: "Ouest Médias" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Plan sobriété énergétique : La fin des factures d'électricité astronomiques pour les ménages français ? Découvrez comment cela va impacter votre portefeuille ! Le plan de sobriété énergétique présenté le 6 octobre 2022 n'a pas fait baisser les factures d'électricité des ménages français. Ce qui les a retenues, c'est le bouclier tarifaire, un dispositif budgétaire d'une tout autre nature. Distinguer les deux change complètement la lecture de ce qui s'est passé cet hiver-là. Les deux mesures ont été annoncées à quelques mois d'intervalle, dans le même climat de crise, et le grand public les a rangées dans le même tiroir. Elles n'ont pourtant ni le même levier ni le même effet sur une facture. La sobriété agit sur le nombre de kilowattheures consommés. Le bouclier agit sur le prix de chacun d'eux. Sur l'hiver 2022-2023, le second a pesé bien plus lourd que le premier dans ce que les foyers ont réellement payé. **Deux leviers, deux ordres de grandeur** Le plan de sobriété visait 10 % de consommation d'énergie en moins en deux ans par rapport à 2019. Le bouclier tarifaire, lui, a gelé le tarif réglementé du gaz à son niveau d'octobre 2021 et limité la hausse de l'électricité à 4 % en 2022, quand le marché de gros s'envolait bien au-delà. Sans lui, la facture d'électricité de nombreux foyers aurait plus que doublé. ## Ce que contenait vraiment le plan Le texte présenté par le gouvernement d'Élisabeth Borne à l'automne 2022 s'adressait d'abord aux administrations, aux entreprises et aux collectivités. Chauffage des bâtiments publics à 19 degrés, eau chaude sanitaire coupée dans les bureaux, extinction des enseignes lumineuses la nuit, réduction de l'éclairage public, télétravail encouragé, vitesse abaissée sur les trajets professionnels. Les ménages, eux, recevaient des recommandations et non des obligations : la même consigne de 19 degrés dans les pièces de vie, 17 degrés dans les chambres, des gestes sur l'eau chaude et les appareils en veille. L'objectif chiffré était clair : 10 % de baisse de la consommation d'énergie du pays en deux ans par rapport à 2019, et 40 % à l'horizon 2050. La motivation immédiate l'était tout autant. À l'automne 2022, la moitié du parc nucléaire français était à l'arrêt pour maintenance ou corrosion sous contrainte, les livraisons de gaz russe s'étaient taries, et le risque de coupures tournantes en janvier faisait l'objet de réunions hebdomadaires. ## Les Français ont effectivement consommé moins Sur ce point, les chiffres ne se discutent pas. Entre l'automne 2022 et le printemps 2023, la consommation d'électricité en France a reculé d'environ 9 % par rapport à la moyenne des années précédentes, une fois corrigée des effets de la météo, selon les relevés publiés par RTE. Le gaz a suivi une trajectoire comparable. Les coupures tournantes redoutées n'ont jamais eu lieu. Reste à savoir ce qui a produit cette baisse. Le plan de sobriété a joué, la vague de communication aussi. Mais un hiver doux et surtout le prix ont fait le plus gros du travail. Quand un ménage voit passer sa mensualité de gaz de 90 à 140 euros, il baisse le thermostat sans avoir besoin d'un plan gouvernemental. La sobriété subie et la sobriété choisie se ressemblent beaucoup sur un graphique, et il est honnête de dire qu'on ne sait pas les séparer proprement. **Le calendrier des hausses** Le bouclier n'a pas supprimé les augmentations, il les a étalées. Le tarif réglementé de l'électricité a monté de 4 % en février 2022, de 15 % en février 2023, puis de 10 % en août 2023. La sortie progressive du dispositif s'est faite par paliers, jusqu'au retour de la fiscalité normale sur l'électricité début 2024. ## Sur une facture de ménage, qui a payé quoi Prenons un logement chauffé au gaz, consommation annuelle de 15 000 kWh, une famille de quatre personnes. Baisser le chauffage d'un degré fait gagner de l'ordre de 7 % sur la consommation de chauffage, chiffre que l'ADEME répète depuis des années et qui tient bien à l'usage. Passer de 21 à 19 degrés, ce sont donc environ 14 % de gaz en moins, soit une bonne centaine d'euros sur l'année aux tarifs de l'époque. Le bouclier tarifaire, sur le même logement, a évité une hausse qui aurait dépassé les 1 000 euros annuels si le tarif réglementé avait suivi le marché de gros. L'écart entre les deux montants dit l'essentiel. Les gestes de sobriété sont utiles, cumulables, et ils restent la seule chose sur laquelle un foyer a la main. Ils ne compensent pas un choc de prix de cette ampleur. ## Les aides à la rénovation, et une erreur qui traîne partout Beaucoup d'articles publiés en 2023 et 2024 citaient encore le crédit d'impôt pour la transition énergétique parmi les dispositifs mobilisables. Il n'existait plus. Le CITE a été supprimé au 1er janvier 2021 et remplacé par MaPrimeRénov', une prime versée directement par l'Agence nationale de l'habitat, calculée selon les revenus du foyer et le gain énergétique des travaux. La différence n'est pas cosmétique : le crédit d'impôt arrivait un an après les travaux, la prime arrive après la facture, ce qui change tout pour une trésorerie de ménage modeste. À côté, l'éco-prêt à taux zéro finance jusqu'à 50 000 euros de travaux sans intérêts pour une rénovation d'ampleur, remboursables sur vingt ans. Les certificats d'économies d'énergie, payés par les fournisseurs, alimentent les primes coup de pouce sur le remplacement d'une chaudière ou l'isolation des combles. Et la TVA à 5,5 % s'applique aux travaux d'amélioration énergétique dans les logements de plus de deux ans. **L'ordre des travaux compte plus que leur montant** Isoler avant de changer le générateur, toujours. Une pompe à chaleur dimensionnée sur une passoire thermique coûte cher, tourne mal et déçoit. Les combles perdus restent le meilleur rapport euro investi sur euro économisé : quelques milliers d'euros pour une part sensible des déperditions d'une maison ancienne. ## Les gestes qui pèsent, et ceux qui font surtout du bien au moral Tous les conseils de sobriété ne se valent pas, loin de là. Dans un logement français moyen, le chauffage représente les deux tiers de la consommation d'énergie, l'eau chaude sanitaire environ 12 %, la cuisson et l'électricité spécifique le reste. Les priorités en découlent mécaniquement. Ce qui pèse : la température de consigne, la programmation par pièce avec des robinets thermostatiques, le désembouage d'un circuit ancien, la température du ballon d'eau chaude, la durée des douches, et le fait de couper le chauffage dans une pièce inoccupée en fermant la porte. Ce qui pèse peu : débrancher les chargeurs, remplacer les dernières ampoules halogènes par des LED quand la maison est déjà équipée, ou éteindre la box la nuit si personne n'en profite pour dormir mieux. Ces gestes ne coûtent rien, ils ne sont pas absurdes, mais annoncer qu'ils vont sauver une facture relève de l'exagération. Le suivi de consommation, en revanche, mérite mieux que sa réputation. Un compteur Linky couplé à l'espace client d'un fournisseur donne la courbe de charge à la demi-heure. C'est souvent en la regardant qu'on découvre l'anomalie : un ballon d'eau chaude qui chauffe en heures pleines, un sèche-serviettes oublié en marche forcée depuis mars, un vieux congélateur de garage qui consomme autant qu'un réfrigérateur récent et un lave-linge réunis. **Commencez par la courbe de charge** Avant d'acheter quoi que ce soit, regardez votre consommation heure par heure sur une semaine complète. Le talon de nuit, ce que vous consommez quand tout le monde dort, révèle en quelques minutes les appareils qui tournent pour rien. C'est gratuit et c'est le diagnostic le plus rentable qui existe. ## Et les équipements dits intelligents Le thermostat connecté fait gagner quelque chose quand il remplace un chauffage piloté à la main, dans un logement occupé de façon irrégulière. Il ne fait presque rien dans un logement déjà régulé par une programmation correcte et des robinets thermostatiques réglés. Comptez 150 à 300 euros posé, et jugez d'abord ce que vous remplacez. Le photovoltaïque en autoconsommation suit la même logique. Le calcul dépend de la part réellement consommée sur place, donc de la présence en journée. Un foyer vide de 8 heures à 19 heures revend l'essentiel de sa production à un tarif inférieur au prix qu'il paie le soir, et allonge d'autant son temps de retour. Sur une installation résidentielle en autoconsommation avec revente du surplus, l'amortissement se compte généralement entre dix et quinze ans, prime à l'investissement comprise. Ce n'est pas une mauvaise opération, c'est une opération lente, et il faut l'aborder comme telle. ## L'angle mort : la voiture Les articles sur la sobriété parlent d'ampoules et de thermostats, rarement du réservoir. C'est pourtant le deuxième poste énergétique d'un ménage français, et souvent le premier en zone périurbaine. Rouler à 110 au lieu de 130 sur autoroute fait tomber la consommation d'environ 20 %, un gain qu'aucun geste domestique n'approche. Sur un trajet de 500 kilomètres, cela représente plusieurs litres de carburant, pour vingt-cinq minutes de plus. Le reste tient à l'entretien et à l'usage. Des pneus sous-gonflés de 0,5 bar coûtent quelques pour cent de consommation en plus, une galerie de toit oubliée davantage encore. Le covoiturage sur un trajet domicile-travail quotidien divise la dépense par le nombre de passagers, ce qu'aucune LED ne fera jamais. Ces mesures figuraient d'ailleurs dans le plan d'octobre 2022, sous forme d'incitations au forfait mobilités durables, mais elles ont beaucoup moins circulé que la consigne des 19 degrés. **Le classement honnête des postes** Dans un budget énergétique de ménage : chauffage d'abord, carburant ensuite, eau chaude en troisième, et loin derrière l'électricité des appareils. Consacrer son énergie à débrancher des chargeurs pendant qu'on roule à 130 avec des pneus mous, c'est se tromper d'échelle. ## Ce qu'il reste du plan aujourd'hui Une partie des mesures a survécu à l'hiver qui les avait fait naître, notamment l'extinction nocturne des enseignes et les consignes de température dans les bâtiments publics. Le reste s'est dilué à mesure que le risque de pénurie s'éloignait et que le parc nucléaire retrouvait sa disponibilité. Pour un ménage, la leçon utile tient en une phrase : les gestes de sobriété protègent d'une partie de la hausse, jamais de sa totalité, et le seul investissement qui met durablement à l'abri d'un prix de l'énergie reste celui qui réduit le besoin de la maison, c'est-à-dire l'isolation. --- ## À propos de l'auteur **Delphine Macouin** — Je suis particulièrement intéressée par les rubriques Amour, Lifestyle et Santé. Ce qui ne m'empêche pas de donner mon avis sur d'autres sujets !