Quelle plante mettre à l'intérieur pour l'hiver ?
Ce qui tue les plantes d'intérieur entre novembre et mars, ce n'est presque jamais le froid : c'est l'arrosoir. On continue d'arroser au même rythme qu'en août alors que la plante a cessé de pousser, et les racines pourrissent dans un pot qui ne sèche plus. Voici quelles plantes passent l'hiver dedans sans histoire, et surtout comment ne pas les noyer.
La question posée par le titre a une réponse courte : à peu près toutes celles qui vivent déjà chez vous, plus quelques invitées de saison qui fleurissent quand tout le reste dort. La question intéressante est ailleurs. Une plante d'intérieur en hiver subit trois changements en même temps, et un seul concerne la température.
Arroser moins, c'est le seul conseil qui compte
La croissance ralentit fortement dès que la durée du jour passe sous dix heures, c'est-à-dire début novembre. Une plante qui ne pousse plus ne consomme plus d'eau. Le terreau reste humide en profondeur pendant une semaine, parfois deux, et les racines vivent dans une éponge froide.
La méthode qui marche tient en un geste : enfoncer un doigt jusqu'à la deuxième phalange dans le terreau. Si c'est humide, on n'arrose pas. Pour un ficus ou un pothos, cela revient souvent à un arrosage tous les dix à quinze jours d'octobre à mars, contre deux par semaine l'été. Pour un cactus ou une plante grasse, l'hiver, c'est zéro. Vraiment zéro, de novembre à fin février, si la pièce est fraîche.
Le second geste : vider la soucoupe vingt minutes après avoir arrosé. L'eau qui stagne dessous fait plus de dégâts en hiver que n'importe quel courant d'air, parce qu'elle ne s'évapore plus.
La version précédente de cet article conseillait de privilégier les plantes qui demandent un arrosage fréquent. C'était une coquille, et une coquille dangereuse : c'est exactement l'inverse. En hiver, on garde ce qui pardonne l'oubli.
Les plantes grasses et les cactus : les moins exigeantes, à une condition
Un endroit lumineux, sec et aéré leur suffit, et ils supportent sans problème une pièce à 10 degrés. La formule répétée partout selon laquelle le cactus résiste au froid mérite une précision : il résiste au froid sec. Un cactus à 5 degrés dans un terreau humide meurt, un cactus à 5 degrés au sec passe l'hiver et fleurit mieux au printemps.
Echeveria, haworthia, sedum, crassula : ces quatre genres tiennent sur un rebord de fenêtre plein sud sans rien demander. Les feuilles qui se ramollissent ou se translucident sont un signe d'excès d'eau, jamais de manque. Les plantes à feuilles charnues qu'on cultive directement dans l'eau, dans un bocal ou une bouteille en verre, fonctionnent aussi, à condition de changer l'eau toutes les deux semaines et de garder les racines immergées mais pas le collet.
Le terrarium, joli mais mal expliqué
Un terrarium n'est pas une plante dans un bocal : c'est un petit assemblage de plantes tropicales, souvent fittonia, hypoestes ou une fougère naine, posées sur un drainage de billes d'argile, un feutre et une couche de terreau, avec de la mousse en surface. Le bocal fermé recycle son eau : ce qui s'évapore condense sur le verre et retombe.
Le conseil qui traîne partout, fermer le bocal tout l'hiver pour garder la chaleur, mélange deux choses. Le couvercle sert à maintenir l'humidité, pas la température, et un terrarium fermé placé en plein soleil derrière une baie vitrée cuit littéralement en une après-midi. Lumière vive mais indirecte, à un ou deux mètres d'une fenêtre. Un terrarium fermé correctement monté ne se rouvre que deux ou trois fois par an, et un arrosage hebdomadaire n'a aucun sens dans un bocal clos : il le noie.
La lumière d'hiver obéit d'ailleurs à la même logique qu'une installation solaire sur un toit, l'orientation compte plus que tout le reste, et notre article sur où placer des panneaux solaires selon l'exposition détaille ce calcul d'ombre portée qui vaut aussi pour un rebord de fenêtre.
Le chauffage, l'ennemi qu'on ne voit pas
Un radiateur qui tourne assèche l'air bien plus vite qu'on ne l'imagine. À moins de 40 % d'humidité relative, les pointes des feuilles de calathea, de dracaena ou de chlorophytum brunissent en quelques semaines, et le phénomène est irréversible : la partie sèche ne reverdit pas, on la recoupe en suivant la forme de la feuille.
La règle des cinquante centimètres règle la moitié du problème : aucune plante à moins de cinquante centimètres d'une source de chaleur, radiateur, poêle ou bouche de ventilation. L'air chaud qui monte crée un courant sec permanent sur le feuillage, et c'est exactement là que s'installent les araignées rouges, ces acariens minuscules qui tissent des toiles fines à l'aisselle des feuilles.
Le cyclamen, la seule plante qui fleurit quand tout dort
Le cyclamen de Perse fleurit d'octobre à mars, ce qui en fait le meilleur achat de la saison entre 5 et 8 euros. Il a une exigence, et une seule, que 90 % des acheteurs ignorent : il déteste la chaleur. Au-dessus de 18 degrés, il file, les tiges s'allongent, les fleurs fanent en trois jours. Sa place, c'est une chambre non chauffée, une entrée, un rebord de fenêtre derrière un rideau, entre 12 et 16 degrés.
On l'arrose par le bas, en remplissant la soucoupe un quart d'heure puis en la vidant. De l'eau versée au centre du bulbe le fait pourrir. Les feuilles qui jaunissent en masse en février annoncent la fin de la floraison, ce qui est normal : on arrête d'arroser, on garde le tubercule au sec dans son pot jusqu'en août.
Ce qui va sous la véranda plutôt que dans le salon
Il y a une différence nette entre une plante d'intérieur et une plante de balcon qu'on rentre. La seconde a besoin de froid pour se reposer, et la mettre au chaud dans un salon à 21 degrés la fait souffrir plus que le gel dont on voulait la protéger. Une véranda non chauffée, un garage clair, une cage d'escalier : voilà les bons endroits.
L'azalée d'intérieur veut du frais, pas de la chaleur
L'azalée japonaise vendue en pot à partir de novembre fleurit abondamment, en blanc, rose ou rouge vif. Sa contrainte est mal comprise : c'est la chaleur du salon qui la fait dépérir, pas le froid. Elle veut 15 à 18 degrés, une lumière vive, et une terre jamais sèche. Un arrosage par semaine à l'eau non calcaire, ou un bain de vingt minutes tous les dix jours, suffisent. Après la floraison, on la sort au frais et on espace l'eau. C'est une plante de terre de bruyère : un terreau universel calcaire la fait jaunir en quelques mois.
Le palmier nain, à arroser presque jamais
Le chamaerops humilis supporte des gelées courtes jusqu'à moins 8 ou moins 10 degrés une fois installé, mais en pot ses racines gèlent beaucoup plus vite qu'en pleine terre. Sur un balcon, un voile d'hivernage et une plaque de polystyrène sous le pot changent tout. Côté eau, on arrose une fois par mois maximum entre novembre et mars. Un palmier en pot qui meurt l'hiver a presque toujours pourri, pas gelé.
Les agrumes nains, exigeants mais spectaculaires
Calamondin, kumquat, mandarinier nain : ils passent l'hiver entre 5 et 12 degrés, dans l'endroit le plus lumineux possible, à l'abri du vent. Le salon leur convient mal, trop chaud et trop sec, et c'est là qu'ils perdent leurs feuilles d'un coup en janvier. Les fruits tiennent plusieurs mois sur l'arbre, ce qui en fait la meilleure décoration végétale de la saison. Arrosage quand les deux premiers centimètres de terre sont secs, sans engrais avant mars.
Des légumes dans la maison : ce qui marche et ce qui n'y arrivera pas
Faire pousser des légumes en intérieur l'hiver est possible, mais pas n'importe lesquels. Le facteur limitant est la lumière, pas la place ni la température. Une tomate demande six heures de plein soleil par jour, elle ne les aura jamais derrière une vitre en décembre : elle montera en tige filiforme et ne donnera rien. La promesse de tomates d'appartement en janvier, sans lampe horticole, ne tient pas.
Ce qui fonctionne réellement sur un rebord de fenêtre bien exposé :
- les herbes aromatiques, persil, ciboulette, menthe, qu'on récolte par petites coupes ;
- les jeunes pousses de salade et de mesclun, semées serré et coupées à 8 cm ;
- les radis ronds, en pot de 20 cm de profondeur, comptez cinq à six semaines ;
- les repousses de poireau ou de céleri, à partir du pied conservé dans un verre d'eau ;
- les graines germées et le cresson, qui n'ont besoin d'aucune lumière directe.
Avec une lampe horticole à LED, disons 20 à 30 watts pour un rebord de fenêtre, allumée douze heures par jour, la liste s'allonge nettement. Sans lampe, restez sur les feuilles et les racines courtes.
La règle qui résume tout l'hiver : moins d'eau, plus de lumière, pas d'engrais, pas de rempotage.
Le balcon en hiver, on remise tout
Les pots vides se rangent à l'envers pour éviter que le gel ne les fende, la terre des jardinières se protège d'un paillage de feuilles, et le mobilier léger rentre. Si votre balcon sert aussi de garage, la question du deux-roues se pose au même moment, et nous avons expliqué ailleurs où mettre un antivol sur une trottinette électrique pour qu'il serve à quelque chose.
Ce qu'il faut vraiment comme matériel
Trois objets rentabilisés dès le premier hiver, et rien de plus. Un mesureur d'humidité du sol à moins de 15 euros, qui évite la moitié des erreurs d'arrosage. Un vaporisateur, pour les plantes tropicales placées près d'un radiateur, à raison d'un passage tous les deux jours. Et du savon noir dilué à 5 %, contre les cochenilles et les araignées rouges, qui pullulent justement dans l'air sec du chauffage.
L'humidificateur d'ambiance est plus discutable. Il aide vos poumons autant que vos plantes, mais un plateau de billes d'argile mouillées sous les pots produit à peu près le même effet local pour 4 euros. Regroupez les plantes par trois ou quatre plutôt que de les disperser : elles créent entre elles une petite zone humide qui fait la différence en février.
Si vous ne deviez retenir qu'une chose : une plante d'intérieur en hiver ne demande pas d'attention supplémentaire, elle en demande moins. C'est contre-intuitif, et c'est pour ça qu'on en perd tant entre janvier et mars.
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