--- title: "Recrudescence des méduses sur les plages de l'Ouest de la France" url: https://www.ouestmedias.net/recrudescence-des-meduses-sur-les-plages-de-louest-de-la-france.html author: "Delphine Macouin" date_published: 2023-09-18T15:05:33+00:00 date_modified: 2026-09-10T18:04:44+00:00 categories: ["Animaux", "Voyage"] image: https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2023/06/-3.jpg description: "Sur les plages de l'Atlantique, la bonne question n'est pas de savoir combien de méduses ont échoué pendant la nuit, mais lesquelles : entre l'aurélie, qui ne brûle..." site: "Ouest Médias" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Recrudescence des méduses sur les plages de l'Ouest de la France Sur les plages de l'Atlantique, la bonne question n'est pas de savoir combien de méduses ont échoué pendant la nuit, mais lesquelles : entre l'aurélie, qui ne brûle presque pas, et la pélagie, qui laisse une marque pendant huit jours, le réflexe à avoir change du tout au tout. Chaque été depuis le début des années 2020, les mêmes images tournent : un tapis de disques translucides sur le sable de Vendée ou de Loire-Atlantique, des parents qui interdisent la baignade au premier gélatineux repéré. La panique est presque toujours disproportionnée. L'ignorance, elle, coûte cher : beaucoup de gens piqués aggravent leur cas dans les trois minutes qui suivent, en frottant ou en rinçant à l'eau douce. ## Les espèces qu'on croise vraiment sur la façade atlantique L'espèce dominante sur le littoral entre la Bretagne sud et la Charente-Maritime est **Aurelia aurita**, l'aurélie, qu'on appelle aussi méduse lune : un couvercle de bocal transparent, quatre anneaux violets au centre, souvent la taille d'une assiette. Ses cellules urticantes traversent mal la peau d'un adulte et beaucoup de baigneurs la ramassent à mains nues sans rien sentir. Sur une peau fine, un poignet d'enfant, elle laisse au pire une rougeur passagère. Le vrai sujet, c'est **Pelagia noctiluca**, la pélagie. Petite, huit à dix centimètres de diamètre, rose piquetée de brun, avec des tentacules fins de plusieurs dizaines de centimètres. Elle vient du large et arrive par bancs quand le vent d'ouest pousse pendant plusieurs jours. Sa piqûre brûle immédiatement, laisse une trace en zébrures et démange encore une semaine plus tard. C'est la seule qui justifie de sortir de l'eau. **Le test des trois secondes** Grosse, transparente, avec quatre marques en trèfle au centre : aurélie, vous pouvez rester dans l'eau. Petite, rosée, avec de longs fils : pélagie, on sort. Cette distinction règle 90 % des situations rencontrées sur une plage de Vendée ou de Loire-Atlantique. ## Pourquoi il y en a plus, et pourquoi le chiffre exact n'existe pas Vous lirez souvent des pourcentages de hausse très précis. Prenez-les avec des pincettes : il n'existe pas de comptage systématique des méduses sur les plages françaises, seulement des signalements participatifs et des observations de postes de secours, utiles pour la tendance, inutilisables pour dire « plus 60 % ». La tendance, elle, ne fait guère de doute. Les eaux de surface se réchauffent, ce qui accélère le cycle de reproduction et étend la période où les polypes fixés sur les rochers libèrent de jeunes méduses. La pression de pêche a réduit les populations de poissons qui consomment le plancton, donc la nourriture des méduses reste disponible. Les apports en nutriments venus des bassins versants entretiennent enfin des blooms dont elles profitent. Reste le facteur météo, qui explique le côté brutal du phénomène. Les méduses nagent mal : leur répartition dépend du vent et des courants de surface. Une semaine de vent d'ouest soutenu suffit à plaquer contre la côte une population qui dérivait à vingt milles au large. D'où l'impression d'invasion soudaine, alors que les animaux étaient déjà là. **Ce qu'on sait, ce qu'on ne sait pas** Réchauffement des eaux de surface, surpêche et enrichissement en nutriments poussent les populations de méduses vers le haut sur le long terme. En revanche, aucun réseau de mesure ne permet de chiffrer une hausse annuelle en pourcentage sur les plages françaises. Méfiez-vous des articles qui en avancent un. ## Le cas de la plage Sainte-Marguerite, à Pornichet L'exemple qui revient le plus souvent en Loire-Atlantique est celui de la plage Sainte-Marguerite, à l'extrémité est de Pornichet, du côté de Saint-Nazaire. Elle est plus exposée que la grande plage de la baie de La Baule, qui s'étire vers l'ouest. Les habitués y observent d'ordinaire des méduses en juillet et en août : les arrivées de juin ont surpris tout le monde. Le biologiste Jean-Michel Maggiorani, spécialiste du sujet et régulièrement interrogé par Ouest-France, avance une explication simple : des températures élevées associées à peu de vent créent une couche d'eau chaude en surface. Le plancton s'y concentre, les méduses suivent leur nourriture, et le courant de surface les transporte ensuite d'un bloc vers un secteur de côte. Ce n'est pas une migration, c'est un convoyage. ## Une piqûre, et ensuite Voilà où se joue la différence entre une soirée gâchée et un mauvais souvenir de dix minutes. Les tentacules laissent sur la peau des filaments chargés de capsules urticantes intactes. Ce que vous faites dans la minute décide du nombre de capsules qui vont éclater. - Rincez à l'eau de mer, jamais à l'eau douce. L'eau douce fait éclater les capsules restées intactes par choc osmotique. - Ne frottez pas, ni avec la main, ni avec une serviette, ni avec du sable. C'est le geste réflexe et c'est le pire. - Retirez les filaments avec une pince à épiler, ou en raclant à plat avec une carte rigide, en protégeant vos doigts. - Appliquez du chaud ensuite : une compresse à 40 à 45 degrés pendant vingt minutes dégrade les toxines et calme la douleur mieux que la glace. - Oubliez le pipi sur la plaie. C'est une légende, la composition de l'urine varie trop et le résultat est souvent une aggravation. Consultez un médecin si la zone touchée dépasse la moitié d'un membre, si la personne piquée est un enfant en bas âge, ou en cas de gêne respiratoire, de nausées ou de malaise. Ces cas restent rares sur nos côtes, mais ils existent. **Les deux gestes qui aggravent tout** Rincer à l'eau douce et frotter la zone piquée. Les deux font éclater les capsules urticantes encore intactes déposées sur la peau et multiplient la dose de venin injectée. Eau de mer, retrait des filaments, puis chaleur : dans cet ordre. ## Se baigner quand même, sans jouer les héros Un top en lycra à manches longues, celui que portent les enfants contre le soleil, arrête la quasi-totalité des piqûres du haut du corps pour une vingtaine d'euros. Pour le reste, deux habitudes suffisent : demander l'état de la journée au poste de secours, et regarder la laisse de mer. Si le haut de plage est jonché de disques échoués, la même chose flotte à cent mètres du bord. ## Sept choses vraies sur les méduses 1. **Elles précèdent les dinosaures de loin.** Les premières formes attribuées à ce groupe remontent à 500 millions d'années au moins. 2. **Ce ne sont pas des poissons.** Elles appartiennent aux cnidaires, comme les anémones de mer et les coraux, et la parenté se voit dans le mode de piqûre : la même capsule urticante, le cnidocyte. 3. Elles sont faites d'eau à 95 %. C'est pour cela qu'une méduse échouée finit par disparaître presque entièrement au soleil, ne laissant qu'un film sur le sable. 4. **Ni cerveau, ni cœur, ni sang.** Un réseau nerveux diffus fait le travail, avec des organes sensoriels sur le bord de l'ombrelle qui détectent la lumière et l'inclinaison. 5. **Une espèce échappe au vieillissement.** Turritopsis dohrnii sait revenir à son stade polype après avoir atteint la maturité, en théorie sans limite de cycles. 6. Beaucoup produisent de la lumière. La bioluminescence de Pelagia noctiluca lui vaut son nom d'espèce, noctiluca signifiant qui brille la nuit. 7. **La plus grande est une nordique.** Cyanea capillata, la méduse crinière de lion, atteint deux mètres d'ombrelle ; le record de tentacules dépasse trente mètres, mesuré sur un spécimen échoué au dix-neuvième siècle. On la rencontre surtout en Manche et en mer du Nord, rarement plus au sud. --- ## À propos de l'auteur **Delphine Macouin** — Je suis particulièrement intéressée par les rubriques Amour, Lifestyle et Santé. Ce qui ne m'empêche pas de donner mon avis sur d'autres sujets !