--- title: "Tremblement de Terre en Loire-Atlantique, séisme dans l'Ouest de la France" url: https://www.ouestmedias.net/tremblement-de-terre-en-loire-atlantique-seisme-dans-louest-de-la-france.html author: "Delphine Macouin" date_published: 2023-08-24T16:14:24+00:00 date_modified: 2026-09-10T18:04:44+00:00 categories: ["Voyage"] image: https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2023/06/un-tremblement-de-terre-ressenti-en-loire-atlantique-et-dans-plusieurs-departements.png description: "Le 16 juin 2023 à 18 h 38, la secousse partie de Charente-Maritime a été ressentie jusqu'à Saint-Nazaire et sur tout le littoral de Loire-Atlantique, à près de 130..." site: "Ouest Médias" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Tremblement de Terre en Loire-Atlantique, séisme dans l'Ouest de la France Le 16 juin 2023 à 18 h 38, la secousse partie de Charente-Maritime a été ressentie jusqu'à Saint-Nazaire et sur tout le littoral de Loire-Atlantique, à près de 130 kilomètres de l'épicentre. Une distance qui explique pourquoi les habitants ont senti bouger les meubles sans que rien ne soit endommagé. C'est le point qui a manqué à la plupart des comptes rendus de l'époque : la Loire-Atlantique n'a pas subi le séisme, elle l'a ressenti. La différence est considérable pour comprendre ce qui s'est passé ce soir-là et ce que cela dit du sous-sol de l'Ouest. ## Ce qui s'est passé, et où exactement Le séisme s'est produit le vendredi 16 juin 2023 en début de soirée, à la limite entre la Charente-Maritime et les Deux-Sèvres, dans le secteur de La Laigne et de Cram-Chaban, à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Surgères. Les premières localisations diffusées dans l'heure plaçaient l'épicentre près de Mauzé-sur-le-Mignon, dans les Deux-Sèvres, [selon le Centre sismologique euro-méditerranéen (EMCS)](https://twitter.com/LastQuake/status/1669751044388139039), qui signalait alors la probabilité de répliques dans les heures et les jours suivants. Les analyses ultérieures ont resserré la zone côté Charente-Maritime. La magnitude a fait l'objet d'estimations divergentes selon les organismes et les échelles employées, dans une fourchette allant de 4,8 à 5,8. Le Réseau national de surveillance sismique a d'abord publié 5,6 MLv, en précisant que la valeur devait encore être confirmée par un analyste. C'est le fonctionnement normal d'une alerte automatique : le premier chiffre est calculé par la machine, il bouge ensuite. **Les chiffres du 16 juin 2023** Secousse à 18 h 38, épicentre à la limite Charente-Maritime et Deux-Sèvres, magnitude estimée entre 4,8 et 5,8 selon les organismes et les échelles. Durée ressentie : une quinzaine de secondes. Distance de l'épicentre à Saint-Nazaire : environ 130 kilomètres à vol d'oiseau. ## Ce qu'on a senti sur le bassin nazairien Les témoignages recueillis dans l'agglomération décrivent tous la même chose : un bruit sourd, comparé à un camion qui passe ou à une porte de garage qui claque, suivi de quelques secondes de vibration. Les luminaires ont bougé, quelques verres ont tinté dans les placards. Rien de plus. La secousse a été perçue à Saint-Nazaire et dans les communes voisines, avec des intensités très variables d'un immeuble à l'autre. 1. **Trignac**, au nord-est de Saint-Nazaire, dont le paysage garde la trace des anciennes forges et de la cité ouvrière qui les entourait. 2. **Montoir-de-Bretagne**, à l'est, le long de l'estuaire, où se trouvent le terminal méthanier et une partie des installations portuaires. 3. **Donges**, plus à l'est encore, au-delà de Montoir, connue pour sa raffinerie, l'une des plus importantes de France. 4. **Pornichet**, à l'ouest, station balnéaire dont le front de mer prolonge la baie vers l'ouest. 5. **La Baule-Escoublac**, à l'ouest également, au-delà de Pornichet, avec ses neuf kilomètres de plage en arc de cercle. 6. **Saint-Brevin-les-Pins**, au sud, sur l'autre rive de la Loire, reliée à Saint-Nazaire par le pont franchi chaque jour par des milliers d'automobilistes. ![Station de mesure sismique installée en extérieur, capteurs et boîtier de relevé](https://www.ouestmedias.net/wp-content/uploads/2023/06/-2.jpg) Un détail intéresse les riverains de ces communes : les zones bâties sur des sols meubles, remblais d'estuaire ou anciens marais, amplifient les ondes par rapport à un sous-sol rocheux. C'est pourquoi deux personnes situées à un kilomètre l'une de l'autre ont pu, ce soir-là, décrire des sensations très différentes. Le phénomène est bien documenté et vaut sur tout le pourtour de l'estuaire. **Pourquoi votre voisin n'a rien senti** À distance égale de l'épicentre, la nature du sol change tout. Les remblais et les alluvions de l'estuaire amplifient les ondes, le socle rocheux les atténue. Un étage élevé accentue encore la sensation, ce qui explique que les habitants d'immeubles aient davantage remarqué la secousse. ## Une faille ancienne, et peu active La structure en cause appartient à l'ensemble du cisaillement sud-armoricain, un accident tectonique majeur vieux de plus de 300 millions d'années. Il court depuis l'ouest de Quimper, passe au sud de Nantes et de Saint-Nazaire, et se prolonge vers le sud-est en direction d'Angoulême. Les spécialistes interrogés à l'époque estimaient que le séisme provenait probablement d'une faille secondaire parallèle à cet axe, et non de l'accident principal, en soulignant qu'il ne s'agit pas d'une zone tectoniquement très active. Cet héritage géologique concerne directement la Loire-Atlantique. Le département n'est pas une terre de séismes, mais il repose sur un socle traversé de fractures anciennes qui rejouent de loin en loin, en libérant des contraintes accumulées sur des milliers d'années. Les cartes officielles de zonage sismique classent d'ailleurs une bonne partie du littoral atlantique en aléa modéré, ce qui impose des règles de construction spécifiques pour les bâtiments neufs. ### Ce qu'a subi la zone épicentrale Là où le sol a réellement bougé, à une centaine de kilomètres au sud, le bilan est d'un autre ordre. Des maisons ont été fissurées, des murs et des cheminées se sont effondrés à La Laigne et dans les villages alentour, plusieurs habitations ont été déclarées inhabitables et des familles ont dû être relogées. Une personne a été blessée. À l'échelle de la France métropolitaine, c'est un des séismes les plus dommageables de la décennie, sans commune mesure avec le simple ressenti nazairien. **Ne pas confondre ressenti et dégât** À 130 kilomètres, on sent le sol vibrer, on n'a pas de fissure. Les dommages structurels du 16 juin 2023 se sont concentrés dans un rayon d'une dizaine de kilomètres autour de l'épicentre, en Charente-Maritime. Aucun dégât significatif n'a été signalé en Loire-Atlantique. ### Ce que dit le zonage sismique pour la Loire-Atlantique Le classement réglementaire n'est pas un détail administratif. Il détermine les règles de construction applicables aux bâtiments neufs et aux extensions importantes : chaînages verticaux et horizontaux, liaisons renforcées entre planchers et murs, ancrage des cheminées. Sur la façade atlantique, ces contraintes s'appliquent depuis la réforme du zonage entrée en vigueur en 2011, et un maître d'ouvrage qui construit aujourd'hui dans l'agglomération nazairienne les intègre sans y penser. Pour le bâti existant, en revanche, rien n'oblige à mettre à niveau. C'est là que se situe la vulnérabilité réelle du territoire : des maisons de bourg du dix-neuvième siècle, en moellons hourdés à la chaux, avec des cheminées maçonnées élancées et des planchers bois simplement posés. Ce sont exactement les constructions qui ont souffert en Charente-Maritime le 16 juin 2023. À magnitude et distance égales, elles répondent bien moins bien qu'un pavillon des années 1990. Faut-il s'en inquiéter en Loire-Atlantique ? Honnêtement, non, pas à l'échelle d'une vie humaine. Le risque existe et il est cartographié, mais sa probabilité annuelle reste très faible. Le sujet mérite un chaînage correct sur les constructions neuves et une attention aux cheminées anciennes, pas un plan d'évacuation sur le frigo. ## Comprendre les chiffres de magnitude L'écart entre les valeurs annoncées, de 4,8 à 5,8 selon les sources, a nourri pas mal de confusion. Il tient à deux choses : les organismes ne calculent pas au même moment, et ils n'utilisent pas la même échelle. La magnitude locale, héritière de l'échelle de Richter, ne donne pas le même résultat que la magnitude de moment, qui mesure l'énergie réellement libérée par la rupture. Cette échelle est logarithmique, ce qui a une conséquence souvent mal rapportée. Un séisme de magnitude 5,8 ne libère pas dix fois plus d'énergie qu'un séisme de magnitude 4,8, mais environ trente fois plus. Le facteur dix s'applique à l'amplitude du signal enregistré, pas à l'énergie. Beaucoup d'articles publiés en juin 2023 ont repris l'approximation sans la corriger. Sur la fréquence, une autre donnée circule mal. L'United States Geological Survey recense en moyenne un peu plus d'un millier de séismes de magnitude comprise entre 5 et 5,9 chaque année dans le monde, soit environ trois par jour, la grande majorité dans des zones de subduction ou océaniques. Ce qui rend l'événement du 16 juin remarquable, ce n'est donc pas sa magnitude en soi, c'est son emplacement. **Ce qu'il faut faire, si ça recommence** Se baisser, se couvrir la tête, s'accrocher à un meuble solide et attendre la fin de la secousse à l'intérieur. Sortir en courant pendant le séisme est le plus dangereux : c'est en bas des façades que tombent les tuiles, les cheminées et les débris de corniche. ## Des répliques attendues, et une vigilance normale Une secousse de cette magnitude est presque toujours suivie de répliques, plus faibles mais parfois perceptibles, qui peuvent s'étaler sur des jours ou des semaines. La séquence de juin 2023 n'y a pas fait exception, avec un nouvel épisode ressenti dès le lendemain matin dans le même secteur. Pour la Loire-Atlantique, la conduite à tenir tient en peu de choses : ne pas confondre une alerte automatique avec une donnée validée, se référer au Bureau central sismologique français et au Réseau national de surveillance sismique plutôt qu'aux publications de réseaux sociaux, et signaler ce que l'on a ressenti sur les formulaires de témoignage mis en ligne par ces organismes. Ces déclarations servent à établir les cartes d'intensité, qui alimentent ensuite le zonage réglementaire. **Votre témoignage compte** Le BCSF-RéNass, basé à Strasbourg et rattaché au CNRS, construit ses cartes d'intensité à partir des déclarations du public. Quelques minutes pour remplir un formulaire en ligne valent plus, pour les sismologues, qu'une photo de lustre qui bouge sur les réseaux sociaux. --- ## À propos de l'auteur **Delphine Macouin** — Je suis particulièrement intéressée par les rubriques Amour, Lifestyle et Santé. Ce qui ne m'empêche pas de donner mon avis sur d'autres sujets !