Attirance physique et sentiments amoureux : le rapport entre eux

Attirance physique et sentiments amoureux

La différence entre le désir et l'amour ne se voit pas sur le moment : les deux donnent le même vertige, la même impatience, les mêmes nuits courtes. Elle se voit à ce que chacun vous fait faire, et surtout à ce qu'il vous fait supporter. Le désir réclame la présence. L'amour tient aussi dans l'absence et dans l'ennui.

C'est pour cela que la question « est-ce que je suis amoureuse ou seulement attirée ? » n'a jamais de réponse rapide. Personne ne peut la trancher à la semaine trois. Ce qu'on peut faire, en revanche, c'est repérer les endroits où les deux se comportent différemment, et attendre de les avoir vus.

Deux mécanismes qui ne roulent pas au même carburant

L'anthropologue Helen Fisher a proposé de distinguer trois systèmes distincts dans le cerveau : le désir sexuel, l'attirance passionnée pour une personne en particulier, et l'attachement de long terme. Ils fonctionnent séparément, ce qui explique une chose que tout le monde a déjà constatée sans oser la formuler : on peut désirer quelqu'un qu'on n'aime pas, aimer quelqu'un qu'on ne désire plus, et vivre les trois avec des personnes différentes en même temps.

Un couple assis côte à côte sur un banc, en silence, regardant au loin

La phase passionnée a une durée à peu près documentée : de dix-huit mois à trois ans dans la plupart des travaux, avec de grosses variations individuelles. Ce n'est pas une prophétie, c'est un ordre de grandeur. Ce qu'il faut en retenir, c'est qu'une intensité qui retombe au bout de deux ans ne signale pas un échec, elle signale que le premier système passe la main.

L'attirance n'a pas besoin d'être réciproque

On lit souvent que la réciprocité serait la condition de l'attirance. C'est faux, et c'est même l'inverse qui rend le sujet douloureux : l'attirance non partagée existe en abondance, elle est intense, elle dure parfois des années. Le corps ne demande la permission de personne.

La réciprocité conditionne autre chose : la possibilité d'une relation. Tant qu'elle manque, ce qu'on éprouve reste entier mais sans destination. Confondre les deux amène à s'accrocher en se disant que si le sentiment est si fort, il doit forcément être partagé. Il n'y a aucune règle de ce genre.

Ce que chacun vous fait faire

L'attirance pousse à des comportements courts et intenses : vérifier son téléphone, se préparer pendant une heure, réorganiser une soirée pour une chance de croiser quelqu'un. Elle fabrique de l'urgence. Elle supporte mal les délais et elle s'accommode assez bien du flou, tant que la rencontre suivante est prévue.

Le sentiment amoureux se reconnaît à des choses beaucoup moins spectaculaires. Se souvenir d'un rendez-vous médical qui n'est pas le vôtre. Accepter une soirée avec ses amis à lui alors qu'ils vous ennuient. Se réjouir sincèrement d'une bonne nouvelle qui va l'éloigner de vous pendant six mois. Ces gestes n'ont rien de romanesque et ce sont pourtant les plus parlants.

Le physique compte, mais pas comme on le dit

L'apparence est la première information disponible sur quelqu'un, et prétendre qu'elle ne joue aucun rôle est une pose. Elle décide surtout de qui vous accordez cinq minutes d'attention. Elle ne décide de rien au-delà.

Un effet bien établi vient nuancer tout cela : plus on côtoie une personne, plus on la trouve agréable à regarder. Le simple fait d'être exposé régulièrement à un visage augmente la sympathie qu'on lui porte, et cet effet déborde largement sur l'attirance. Beaucoup de couples solides se sont formés entre des gens qui, la première semaine, ne s'étaient pas remarqués. Les signes d'une attirance physique peuvent donc apparaître au bout de six mois de bureau partagé, sans que rien de visible ait changé chez l'autre.

Vivre avec les deux

Le plus courant n'est ni l'amour pur ni le désir pur, c'est un mélange instable où l'un prend le dessus selon les périodes. Une relation longue traverse des mois où l'attachement porte tout, et d'autres où le désir revient sans prévenir, souvent après un voyage ou une dispute.

Une précision s'impose pour ceux que la question travaille au mauvais moment. On ne décide pas de tomber amoureux, et aucune méthode ne transforme une attirance en attachement. Ce qui se décide, c'est le temps qu'on accorde à quelqu'un et les situations ordinaires qu'on accepte de traverser avec lui. Le reste vient ou ne vient pas, et cela ne dépend qu'en partie de vous.

Ce qui abîme les couples, ce n'est pas cette alternance, c'est l'idée qu'elle serait anormale. Quand on croit que l'amour doit rester à son intensité de départ, chaque creux ressemble à une fin. Quand on sait qu'il y aura des creux, on les traverse en faisant autre chose : partir trois jours, changer une habitude, arrêter de tout commenter.

Reste un cas où la distinction devient très concrète. Si en dehors des moments physiques vous n'avez plus grand-chose à vous dire, si les silences pèsent au lieu de reposer, alors la question est réglée depuis longtemps. Elle ne demandait pas d'analyse, juste un peu d'honnêteté.

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