Quels sont les résultats d'un audiogramme chez les personnes atteintes de presbyacousie ?

Une courbe qui plonge à droite du graphique, presque identique sur les deux oreilles : voilà à quoi ressemble une presbyacousie sur le papier que vous tend l'audioprothésiste. Apprendre à lire ces quelques traits vous évite de repartir avec pour seule information un « vous entendez un peu moins bien ».

L'audiogramme n'est pas un examen mystérieux. C'est un repère à deux axes. En horizontal, les fréquences testées, des graves à gauche (125 Hz) aux aigus à droite (8000 Hz). En vertical, l'intensité du son en décibels, avec une particularité qui déroute tout le monde la première fois : l'échelle descend. Le 0 est en haut, le 100 en bas. Plus votre courbe est basse, plus il a fallu monter le volume pour que vous leviez la main.

Trace d'un audiogramme montrant une courbe qui chute sur les frequences aigues

Ce que l'on vous fait exactement pendant le test

Vous êtes assis dans une cabine insonorisée, un casque sur les oreilles, un bouton dans la main. L'opérateur envoie des sons purs, fréquence par fréquence, en baissant l'intensité jusqu'au moment où vous ne les percevez plus. Le point noté est votre seuil. On recommence oreille par oreille, jamais les deux ensemble.

Vient ensuite la partie que beaucoup oublient de raconter. On pose un petit vibrateur sur l'os derrière le pavillon de l'oreille, le mastoïde, et on refait le tour des fréquences. Ce vibrateur envoie le son directement à l'oreille interne, en court-circuitant le conduit auditif et les osselets. La comparaison des deux tracés dit où se situe le problème.

Si la conduction osseuse est bonne et la conduction aérienne mauvaise, l'oreille interne fonctionne, l'obstacle est en amont : bouchon de cérumen, otite séreuse, blocage de l'étrier. On parle de surdité de transmission, et souvent ça se répare. Si les deux courbes se superposent et descendent ensemble, l'atteinte est dans la cochlée elle-même. C'est le cas de la presbyacousie, et c'est ce qui explique qu'aucun médicament ne la corrige.

Traduire les décibels en vie quotidienne

Un seuil s'interprète mal dans l'abstrait. Le repère utilisé en France est la perte moyenne, calculée sur quatre fréquences (500, 1000, 2000 et 4000 Hz) et arrondie à l'unité. En dessous de 20 dB, l'audition est considérée comme normale. Entre 21 et 40 dB, la perte est dite légère. De 41 à 70 dB, moyenne. De 71 à 90 dB, sévère. Au-delà, profonde.

Concrètement, une perte légère se remarque au restaurant et pas ailleurs. Une perte moyenne fait rater la moitié d'une conversation à table et monter la télévision de trois crans. Au stade sévère, la parole normale devient inaudible sans appareil.

L'audiométrie vocale, la partie qui décide vraiment

Le test aux sons purs ne suffit pas. On y ajoute presque toujours une audiométrie vocale : on vous fait répéter des listes de mots, à volume croissant, et on note le pourcentage restitué correctement. Le résultat se trace sous forme de courbe en S.

Chez quelqu'un qui a une simple perte de sensibilité, monter le son suffit : à 40 dB au-dessus du seuil, on atteint 100 % de mots répétés. Chez d'autres, la courbe plafonne à 70 % et redescend quand on monte encore. Ce phénomène porte un nom, la distorsion, et il change tout : dans ce cas, un appareil qui se contente d'amplifier améliorera le confort mais pas la compréhension. Un audioprothésiste sérieux vous le dit avant la vente, pas après.

Deux autres examens complètent parfois le bilan. La tympanométrie vérifie que le tympan bouge normalement. Le test dans le bruit, plus rare en cabinet de ville, mesure ce que vous comprenez quand une conversation est noyée dans un brouhaha calibré. C'est le plus proche de la plainte réelle des patients.

Ce que l'audiogramme ne dit pas

Une courbe n'est pas un pronostic. Elle photographie un état, elle ne prédit pas la vitesse de dégradation. Deux personnes avec le même tracé peuvent avoir des gênes très différentes selon leur métier, leur vie sociale ou la présence d'acouphènes.

Elle ne dit pas non plus la cause. La presbyacousie est un vieillissement de la cochlée, mais son tracé ressemble beaucoup à celui d'un traumatisme sonore ancien. Un ouvrier qui a passé vingt ans dans un atelier, un batteur, un chasseur : leurs courbes montrent souvent une encoche marquée autour de 4000 Hz, avec une remontée à 8000 Hz. Ce détail oriente vers un dossier de maladie professionnelle plutôt que vers une fatalité de l'âge, et il change la prise en charge.

Combien de personnes sont concernées

La presbyacousie devient statistiquement banale à partir de 60 ans. Autour d'un tiers des adultes entre 61 et 70 ans présentent une perte mesurable, et la proportion dépasse largement les quatre cinquièmes après 80 ans. Comme la population de plus de 60 ans progresse fortement partout dans le monde, le nombre absolu de personnes concernées grimpe vite.

Ce qui inquiète les gériatres n'est pas la gêne auditive elle-même, mais ce qui gravite autour : le retrait des repas de famille, l'abandon du téléphone, les chutes plus fréquentes, et un lien statistique documenté avec le déclin cognitif. Une conversation qui demande un effort permanent finit par ne plus être tentée.

Après le diagnostic, la vraie difficulté

Sur ce point, le chiffre le plus parlant n'est pas médical mais comportemental : une minorité seulement des personnes chez qui un appareillage est indiqué franchit le pas, et une partie de celles qui achètent abandonnent l'appareil au fond d'un tiroir dans l'année. Les raisons reviennent toujours dans le même ordre : la conviction de ne pas entendre si mal, le prix, et l'inconfort des premiers jours.

Le premier obstacle a reculé en France depuis le 1er janvier 2021. Les aides auditives de classe I sont vendues à un prix plafonné et intégralement couvertes par l'Assurance maladie et la complémentaire santé responsable, à condition d'avoir une prescription médicale. Le reste à charge est nul sur ces modèles. Les appareils de classe II, à tarif libre, restent facturés plusieurs centaines d'euros par oreille après remboursement.

Le troisième obstacle demande de la patience. Le cerveau a désappris à traiter des aigus qu'il ne recevait plus depuis des années ; il les retrouve d'un coup, et les entend comme du bruit. Réfrigérateur, clignotant, papier froissé : tout devient agressif pendant deux à trois semaines. Cette phase d'adaptation explique la plupart des abandons précoces. Tenir un mois change généralement le verdict.

Ce que vous pouvez faire avant et après

Rien ne fait repousser une cellule ciliée. Ce qui se joue, c'est la vitesse à laquelle on perd les autres. Les concerts sans protection, le casque poussé pour couvrir le métro : chacun grignote un peu de réserve. Une paire de bouchons moulés coûte moins qu'une soirée et se garde des années.

Le dépistage, lui, a progressé. Des tests rapides sont proposés en pharmacie et repèrent une perte sans passer d'abord par une consultation. Ils ne remplacent pas un audiogramme en cabine, mais ils déclenchent la démarche, et c'est souvent tout ce qui manquait.

Demandez systématiquement une copie de votre tracé et gardez-la. Un audiogramme isolé décrit une situation ; une série d'audiogrammes espacés de trois ans raconte une évolution, et c'est cette histoire-là qui permet de décider au bon moment.

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