Comment Bruno Le Maire justifie la hausse des tarifs de l'électricité

Augmentation energie

Le 21 janvier 2024, au journal de 20 heures de TF1, Bruno Le Maire a annoncé une hausse des tarifs réglementés de l'électricité au 1er février. Son argumentaire tenait en quatre points. Deux décrivent une mécanique réelle, un troisième relève du choix politique assumé, et le quatrième ne résiste pas à l'examen.

Le ministre de l'Économie et des Finances avait prévenu dès la rentrée 2023 qu'une augmentation viendrait en février. Le chiffre, lui, était resté inconnu jusqu'à ce dimanche soir : 9,8 % pour les abonnés à l'option base, 8,6 % pour ceux qui sont en heures pleines et heures creuses. Le choix du JT de TF1 n'était pas anodin. Sur une mesure de ce type, on préfère parler avant que les factures ne parlent à votre place.

Point 1 : la sortie du bouclier tarifaire, une mécanique réelle

Le bouclier tarifaire, mis en place fin 2021, plafonnait administrativement la hausse des tarifs réglementés pour les ménages et les petites entreprises. L'État payait la différence, un dispositif chiffré en dizaines de milliards d'euros sur l'ensemble de sa durée, électricité et gaz confondus. Sortir de ce plafonnement suppose forcément un rattrapage, puisque les tarifs avaient été maintenus artificiellement bas.

Bruno Le Maire résumait la logique par une formule qu'il avait déjà employée ailleurs : sortir du quoi qu'il en coûte. Une extinction complète était annoncée pour la fin de l'année 2024. Sur ce point, la démonstration se tient : le bouclier était présenté depuis l'origine comme temporaire, et son extinction était programmée.

Point 2 : le retour de l'accise sur l'électricité, un choix budgétaire

La partie moins commentée du dossier est la plus décisive. La taxe intérieure sur la consommation finale d'électricité, devenue l'accise sur l'électricité, avait été ramenée à son plancher européen de 1 euro par mégawattheure en février 2022, contre 32,44 euros avant la crise. Elle a été relevée à 21 euros par mégawattheure au 1er février 2024, soit 2,1 centimes par kilowattheure.

Le ministre l'a d'ailleurs présenté comme un arbitrage plutôt que comme une fatalité : le retour à la fiscalité d'avant-crise se faisait par paliers, un retour intégral en une fois ayant été jugé insupportable pour les consommateurs. Ce n'est donc pas le marché qui fixait le niveau de la hausse à ce moment précis, c'est une décision budgétaire française.

Point 3 : la guerre en Ukraine, l'explication qui ne suffit pas

Répondant au Rassemblement national, qui réclamait une baisse de la TVA sur l'énergie et s'opposait à toute augmentation, Bruno Le Maire a attribué la crise énergétique à l'invasion de l'Ukraine par la Russie. L'argument a sa part de vérité pour 2022, quand la coupure des flux gaziers russes a fait exploser les prix de gros européens.

Appliqué à février 2024, il tombe à côté. À cette date, les causes de la facture française étaient ailleurs : l'indisponibilité massive du parc nucléaire d'EDF en 2022, liée à la corrosion sous contrainte, avait forcé le pays à importer au pire moment ; le rebond de la demande après le Covid avait tendu les marchés ; et le mode de formation des prix sur le marché européen, adossé à la centrale la plus chère appelée, avait fait le reste. Ramener tout cela à Vladimir Poutine était commode, mais court.

Point 4 : à quoi devait servir l'argent

Le ministre a listé trois destinations. Le chèque énergie, d'un montant moyen de 150 euros, envoyé à environ 5,6 millions de ménages modestes. La péréquation tarifaire, qui aligne le prix de l'électricité en Corse et dans les outre-mer sur celui du continent malgré des coûts de production bien supérieurs. Et l'investissement dans la production décarbonée, nucléaire, éolien et solaire, présenté sous le double registre de la compétitivité et de la souveraineté énergétique.

Il a aussi rappelé que la recette nette serait inférieure aux 6 milliards affichés, l'État devant verser des compensations aux producteurs d'électricité renouvelable dont les tarifs sont garantis par contrat. Reste l'argument budgétaire, le plus franc de tous : éviter de creuser le déficit et protéger la notation de la dette française.

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