Comment économiser des centaines d'euros en réutilisant l'eau de votre climatisation ?

Récupérer l'eau de condensation d'un climatiseur ne fait pas économiser des centaines d'euros : au prix de l'eau en France, la saison entière représente entre 1 et 3 euros. L'intérêt du geste est réel, mais il est ailleurs, et il tient à la qualité de cette eau plutôt qu'à son volume.

Faisons le calcul, il est vite fait

Un split mural de 3,5 kW qui déshumidifie normalement produit entre 0,5 et 2 litres d'eau par heure de fonctionnement, davantage par temps lourd. Sur un été où la machine tourne 400 heures, cela donne 200 à 800 litres, disons 0,5 m³ dans un cas favorable. Le mètre cube d'eau potable est facturé environ 4,30 euros en moyenne nationale, assainissement compris.

Autrement dit, une saison de récupération vaut le prix d'un café. Les articles qui promettent des centaines d'euros confondent l'eau de condensation avec la récupération d'eau de pluie sur toiture, qui porte, elle, sur des dizaines de mètres cubes. Autant le dire franchement : le secret annoncé n'existe pas.

Ce qui rend cette eau intéressante malgré tout

L'eau de condensation est de l'humidité atmosphérique refroidie sur l'échangeur. Elle ne contient donc ni calcaire, ni chlore, ni nitrates : sa dureté avoisine zéro, comme une eau déminéralisée du commerce, vendue autour de 1 euro le litre en grande surface. Le calcul change complètement sous cet angle.

Elle convient au remplissage d'un fer à vapeur ou d'une centrale vapeur, précisément les appareils que le calcaire détruit, au rinçage final d'un pare-brise ou de vitres, sans trace blanche au séchage, et à la batterie d'une voiture ancienne à entretien.

Le jardin en profite pendant les arrêtés sécheresse, quand l'arrosage au réseau est interdit : l'eau de climatisation n'en relève pas puisqu'elle ne vient pas du réseau. Une réserve de 30 litres permet de sauver quelques pots de terrasse en pleine restriction.

Les usages à écarter, et pourquoi

Cette eau n'est pas potable. Elle ruisselle sur un échangeur poussiéreux, stagne dans un bac tiède et peut héberger des bactéries, dont des légionelles si la température du bac se maintient entre 25 et 45 degrés. Ne la buvez pas, n'en donnez pas aux animaux, ne l'utilisez pas pour laver des légumes.

Évitez aussi de l'envoyer dans la chasse d'eau via un montage bricolé : tout raccordement d'un réservoir non potable au circuit sanitaire d'un logement exige une déconnexion normalisée et un étiquetage, faute de quoi vous exposez le réseau à un retour d'eau. Le remplissage manuel du réservoir, seau à la main, reste possible et légal, mais peu de gens tiennent le geste plus de deux semaines.

Sur les plantes, elle fait merveille pour les végétaux qui craignent le calcaire : azalées, hortensias bleus, orchidées. Une réserve : dépourvue de minéraux, elle appauvrit un substrat si on l'utilise seule. Alternez avec l'eau du robinet.

Un montage qui tient la route

Sur une unité intérieure murale, le condensat part par un tuyau souple de 16 mm en écoulement gravitaire, généralement vers l'extérieur ou vers une évacuation. Le récupérer consiste à prolonger ce tuyau jusqu'à un bidon fermé, placé plus bas que la sortie, avec un évent pour éviter le contre-flux. Rien à percer, rien à démonter.

Un point de vigilance : ne réduisez jamais la section du tuyau et ne créez pas de contre-pente. Le bac de l'unité intérieure déborderait dans la cloison, et une trace d'humidité sur un mur coûte bien plus que les 2 euros d'eau économisés.

Un climatiseur qui produit beaucoup moins d'eau que d'habitude signale d'ailleurs un problème : filtre encrassé, charge de fluide insuffisante ou échangeur givré. Le débit de condensat est un bon indicateur de santé de la machine, et c'est peut-être là le vrai bénéfice de s'y intéresser.

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