Les JO de Paris 2024 : Quand une pièce de deux euros et un livret distribués aux écoliers enflamment la polémique

Ce fameux kit contient un livret explicatif "Au cœur des jeux", avec trois textes signés par le président Emmanuel Macron, le Premier ministre, Gabriel Attal, présenté comme le ministre de l'Éducation, sa fonction au moment de l'impression, et la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra. Mais les syndicats d'enseignants ont surtout été étonnés de découvrir que chaque exemplaire est aussi accompagné d'une pièce de 2 euros. Une pièce commémorative frappée par la Monnaie de Paris.

Au printemps 2024, la distribution d'une pièce de 2 euros et d'un livret sur les Jeux à quatre millions d'écoliers a déclenché une colère enseignante que le ministère n'avait pas anticipée. Le reproche portait moins sur la dépense que sur la méthode : personne dans les écoles n'avait été prévenu.

Ce que contenait le colis arrivé dans les écoles

Le kit prévu pour les classes de CP à CM2 réunissait un livret retraçant l'histoire des Jeux olympiques, des propositions d'activités autour des valeurs sportives, et une pièce de 2 euros commémorative frappée par la Monnaie de Paris. La livraison devait s'étaler jusqu'en juin 2024, à quelques semaines de la cérémonie d'ouverture du 26 juillet. Certains départements avaient reçu les cartons dès février, d'autres attendaient encore au printemps.

La pièce n'était pas un jeton ni un objet symbolique. Il s'agissait d'une monnaie de 2 euros à cours légal, appartenant à la série commémorative que la Monnaie de Paris consacrait aux Jeux depuis 2021, avec un motif nouveau chaque année. Un enfant pouvait donc la dépenser à la boulangerie. Beaucoup de familles l'ont plutôt rangée dans un tiroir.

La colère des salles des maîtres

Estelle Guyon, professeure des écoles à Angers, résumait le sentiment dominant chez ses collègues en déplorant "un envoi qui a dû coûter énormément" au moment même où l'on expliquait aux équipes qu'il n'y avait plus de budget pour le fonctionnement courant. Le décalage était rude à avaler pour des enseignants qui avancent souvent de leur poche le matériel de leur classe.

On envoie des pièces de 2 euros à quatre millions d'écoliers, ça représente 8 millions, plus les frais d'impression et d'acheminement. On dépense un pognon de dingue, pour citer le président Macron, pour une finalité pédagogique qui n'a pas de sens. Ce n'est rien d'autre qu'une vaste campagne de communication à destination du grand public qui ne répond en rien aux problèmes de l'école.

Un enseignant, cité dans la presse au moment de la distribution.

Le calcul des 8 millions mérite d'être repris

Multiplier quatre millions de pièces par leur valeur faciale donne bien 8 millions d'euros, mais ce raisonnement traite une pièce de monnaie comme une subvention. Or une pièce émise reste de la monnaie en circulation : son coût pour l'État correspond à sa fabrication, à son conditionnement et à son transport, pas à sa valeur nominale. La frappe d'une pièce bimétallique se chiffre en dizaines de centimes.

Le poste le plus lourd était sans doute ailleurs : impression de quatre millions de livrets, préparation des colis, acheminement vers plus de 30 000 écoles. L'ordre de grandeur restait donc bien inférieur aux 8 millions avancés. Cela ne rend pas la critique caduque, cela déplace simplement le débat vers la question de fond : la priorité donnée à une opération de communication.

Les syndicats reprochaient surtout le silence

Les organisations représentatives ont fait savoir qu'elles avaient découvert l'opération en même temps que les colis. Aucune circulaire préalable, aucune information aux directeurs, aucune indication sur la façon d'exploiter le livret en classe. Des équipes se sont retrouvées à devoir expliquer aux parents pourquoi leur enfant rentrait avec deux euros dans le cartable.

Le manque de cadrage a produit des situations concrètement embarrassantes : que faire pour les élèves absents le jour de la distribution, comment gérer les pièces perdues dans la cour, comment répondre aux fratries qui comparent. Ces détails paraissent triviaux vus de la rue de Grenelle. Ils occupent une matinée entière dans une école de dix classes.

La signature devenue obsolète

Détail savoureux relevé à la réception des kits : les livrets portaient la signature d'Emmanuel Macron et celle de Gabriel Attal en qualité de ministre de l'Éducation nationale. Or Gabriel Attal avait quitté ce poste le 9 janvier 2024 pour Matignon, remplacé rue de Grenelle par Amélie Oudéa-Castéra. Les documents étaient donc partis à l'impression avant le remaniement.

L'anecdote dit quelque chose de la précipitation de l'opération. Un livret conçu longtemps à l'avance, une chaîne logistique lancée sans point d'arrêt, et un ministère qui n'a pas jugé utile de prévenir ceux qui allaient ouvrir les cartons. Le compte à rebours olympique aura été tenu ; celui de la concertation avec les écoles n'a jamais démarré.

Résumer cet article avec :

Partager :