Chambre à la décoration japonaise : la nature et la tranquillité

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Une chambre japonaise réussie tient à trois décisions prises avant le premier achat : baisser le couchage, fermer les rangements, filtrer la lumière. Le reste, estampe au mur et branche dans un vase, arrive après, et ne rattrapera rien si ces trois points ne sont pas réglés.

C'est la raison pour laquelle tant de chambres dites japonaises ratent leur cible. On y trouve un paravent rouge, un bambou en pot, deux lanternes en papier, et par-dessous un lit de 55 cm de haut, une armoire ouverte débordante et un plafonnier unique qui écrase la pièce. La décoration a été posée sur une chambre occidentale sans que rien ne change en dessous.

La hauteur du couchage change tout le reste

Dans une chambre traditionnelle, on dort au sol, sur un futon posé sur des tatamis, et on range ce futon le matin. La conséquence pratique est simple : le regard de quelqu'un d'assis ou de debout balaie une pièce vide au niveau du sol, ce qui donne cette impression d'espace que tout le monde cherche à copier.

Peu de gens en France tiennent le futon au sol plus d'un hiver. L'humidité s'y accumule par le dessous, il faut le retourner et l'aérer souvent, et le dos s'y fait ou ne s'y fait pas. Le compromis raisonnable est un sommier bas, entre 20 et 30 cm avec le matelas, type lit plateforme. On garde la ligne d'horizon basse sans dormir par terre.

Table de chevet et commode suivent la même logique. Une table de nuit de 60 cm à côté d'un lit à 25 cm casse immédiatement la ligne. Prenez plus bas, ou remplacez-la par une simple caisse en bois posée au sol.

Le minimalisme est une affaire de rangement, pas de vide

On répète que le style japonais est minimaliste, ce qui laisse croire qu'il suffit d'enlever des objets. Dans une maison japonaise, les objets sont là, ils sont simplement derrière des portes coulissantes pleines, les fusuma, ou dans un placard mural profond, l'oshiire, qui court sur toute une cloison.

Traduit dans un appartement français : des rangements fermés, pas d'étagères ouvertes, pas de portants à vêtements, pas de livres empilés sur la commode. Une penderie à portes coulissantes en bois clair fait le travail. Si vous partez d'une pièce à refaire entièrement, passer par un architecte ou un décorateur d'intérieur à Nantes a du sens surtout pour cette partie, celle qu'on ne voit pas sur les photos.

Filtrer la lumière plutôt que la tamiser

La lumière est le point le plus négligé. Les shoji, ces panneaux coulissants tendus de papier washi, ne servent pas à assombrir la pièce mais à diffuser le jour de façon uniforme, sans tache de soleil ni contre-jour violent. On obtient une lumière égale du matin au soir.

Reproduire ça sans installer de shoji est possible. Un voilage blanc épais, en lin ou en coton, monté à ras du mur et non sur une tringle en avant, donne un résultat proche. Le point à ne pas manquer : supprimez le plafonnier central comme source principale. Deux ou trois points bas, une lampe de papier posée au sol, une applique à hauteur d'épaule, et vous tenez l'ambiance.

L'orientation de la pièce compte davantage qu'on ne l'imagine dans ce calcul, exactement comme lorsqu'on décide où placer des panneaux solaires sur un toit. Une chambre plein nord ne donnera jamais cette clarté diffuse, il faudra compenser par des murs plus clairs et davantage de lampes.

Chambre au sol de tatami avec futon bas et panneau coulissant en papier

Bois clair, lin, papier : la liste courte des matériaux

Le bois domine, mais un bois clair et mat : hinoki, cèdre, frêne, chêne blanchi. Pas de vernis brillant. À côté, le bambou pour les stores et quelques meubles, le rotin pour l'assise, le lin et le coton pour la literie, le papier pour les lampes et les panneaux. Certains textes recommandent la canne à sucre, c'est une confusion avec le rotin de canne, qui n'a rien à voir avec la plante à sucre.

Côté couleurs, la base tient en quatre teintes : blanc cassé, beige, taupe, gris. Le noir sert de trait, sur un cadre de fenêtre, un pied de lampe, un encadrement de panneau, jamais en aplat. Le rouge existe bel et bien dans l'esthétique japonaise, mais en touche minuscule, un coussin ou un objet laqué, pas un mur entier.

Un mot sur le terme ikigai, qu'on lit régulièrement associé à une chambre bleue. Il désigne en japonais ce qui donne un sens à la vie, une raison de se lever le matin, et n'a aucun rapport avec une palette de couleurs. Le bleu va très bien dans une chambre de ce style, mais appelez-le bleu.

Ce qu'on peut sauter sans rien perdre

Le paravent laqué rouge, l'éventail mural, le chat porte-bonheur, le bonsaï artificiel : ces objets viennent d'une imagerie touristique et ils encombrent visuellement une pièce qui cherche l'inverse. Un vase avec une seule branche, une calligraphie encadrée sobrement, un plaid en lin brut : ça suffit largement.

La plante, si vous en voulez une, doit être vraie et peu nombreuse. Une fougère, un érable du Japon en pot sur un balcon attenant, un simple bonsaï si vous acceptez d'y consacrer dix minutes par semaine. Une plante en plastique dans une chambre censée célébrer le rapport aux matières naturelles, ça se voit tout de suite.

Ce style convient bien aux petites pièces et aux gens que le désordre visuel fatigue. Il demande en revanche une discipline de rangement quotidienne que tout le monde n'a pas envie de tenir. Si vous savez déjà que la chaise de la chambre servira de portemanteau, choisissez un autre style, vous serez plus tranquille.

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