DPE : Quelles sont les nouvelles règles pour les propriétaires ?

Pour un propriétaire bailleur, le DPE a cessé d'être une formalité de dossier le jour où il a commencé à décider quels logements peuvent encore être loués. C'est le calendrier des interdictions qui compte désormais, pas la couleur de l'étiquette collée sur l'annonce.

Le Diagnostic de performance énergétique évalue la consommation d'un logement en énergie primaire et ses émissions de gaz à effet de serre, puis lui attribue une lettre de A à G. Jusqu'en 2021, ce document servait surtout à informer. Depuis, il produit des effets juridiques concrets, et plusieurs échéances tombent les unes après les autres.

Ce que la réforme de 2021 a changé

La refonte du DPE date du 1er juillet 2021, pas de 2023. Elle a supprimé la méthode dite sur factures, qui donnait des résultats différents selon que l'occupant précédent était frileux ou non, au profit d'un calcul unique fondé sur les caractéristiques physiques du bâti : surfaces déperditives, isolation, menuiseries, système de chauffage, ventilation, production d'eau chaude.

Le même texte a rendu le DPE opposable. Un locataire ou un acquéreur qui constate un écart manifeste entre l'étiquette annoncée et la réalité peut se retourner contre le vendeur, le bailleur ou le diagnostiqueur. Seules les recommandations de travaux restent purement indicatives. L'idée d'une opposabilité qui arriverait en 2028 circule encore sur beaucoup de sites : elle est fausse : l'opposabilité s'applique depuis le 1er juillet 2021.

Autre effet peu connu de la réforme : les anciens diagnostics ont vu leur durée de vie écourtée. Ceux réalisés entre 2013 et 2017 ont expiré fin 2022, ceux établis entre janvier 2018 et juin 2021 fin 2024. Un DPE nouvelle formule reste valable dix ans.

Le gel des loyers, la sanction que les bailleurs découvrent trop tard

Depuis le 24 août 2022, un logement classé F ou G ne peut plus voir son loyer augmenter : ni indexation annuelle sur l'indice de référence, ni réévaluation entre deux locataires, ni complément de loyer dans les zones tendues. Le blocage dure tant que l'étiquette n'a pas bougé. Sur un bail de six ans, l'écart avec un logement classé D se chiffre facilement en milliers d'euros de loyers non perçus.

Sortir d'une étiquette F ou G : par quoi commencer

Le réflexe habituel consiste à changer la chaudière. C'est rarement le bon premier geste. Le calcul du DPE pénalise lourdement les déperditions du bâti, et une chaudière neuve installée dans une maison mal isolée fait gagner une demi-lettre au mieux.

Les combles perdus restent le meilleur rapport entre le coût des travaux et le nombre de points gagnés : le chantier se règle en une journée, il représente souvent le quart des pertes de chaleur d'une maison des années 1970. Vient ensuite le remplacement des menuiseries simple vitrage, puis l'isolation des murs, beaucoup plus chère et qui grignote de la surface habitable en intérieur.

Le mode de chauffage pèse aussi par ses émissions. Un logement chauffé au fioul part avec un handicap sur l'étiquette climat, quelle que soit son isolation. Le remplacer par une pompe à chaleur air-eau change souvent la lettre à lui seul, à condition que les émetteurs suivent : des radiateurs dimensionnés pour de l'eau à 80 degrés donnent des résultats décevants avec une machine qui produit à 45.

Faire refaire son DPE, une décision à ne pas prendre à l'aveugle

Un diagnostiqueur travaille sur les preuves qu'on lui donne. Factures des travaux d'isolation, épaisseur et nature de l'isolant, année de pose des fenêtres, attestation d'entretien de la chaudière : sans ces documents, il applique des valeurs par défaut défavorables et votre logement descend d'une lettre pour rien. Rassemblez le dossier avant la visite.

Il reste possible de faire réaliser un second diagnostic si le premier vous paraît aberrant, mais les deux coexisteront et le plus récent fera foi. Mieux vaut choisir un diagnostiqueur certifié qui accepte de détailler ses hypothèses de calcul plutôt que le moins cher trouvé en ligne.

Sur le fond, le débat reste ouvert : le DPE mesure une consommation théorique, pas ce que vous payez réellement. Un ménage sobre dans une maison classée F consommera moins qu'un ménage à 22 degrés dans un logement classé C. Le locataire, lui, achète l'étiquette. C'est elle qui décidera si votre bien trouve preneur en 2028.

Résumer cet article avec :

Partager :

Énergie