Hausse des prix de l’énergie : Les énergies ont-elles atteint des sommets de folie cette année ?
Oui, les prix de l'énergie ont bien touché un sommet, et on peut le dater : l'été 2022. Depuis, la courbe redescend, mais la facture des ménages, elle, a continué de monter. Voici pourquoi ces deux choses ne se contredisent pas.
La question posée par le titre mérite une réponse datée plutôt qu'une réponse générale. Le pic historique du prix de gros de l'électricité en France remonte au mois d'août 2022, quand les contrats à terme pour l'année suivante ont dépassé les 1 000 euros le mégawattheure, contre 45 euros en moyenne avant 2021. Le gaz sur le marché européen TTF a suivi la même trajectoire, jusqu'à environ 340 euros le mégawattheure fin août 2022. Ces niveaux appartiennent au passé : dès 2023 les cours étaient revenus sous la barre des 100 euros. Le décalage entre le marché de gros et la facture du particulier explique presque tout le reste.
Pourquoi le pic de 2022 a été aussi violent
Deux causes se sont additionnées. La première est la guerre en Ukraine et la réduction des livraisons de gaz russe vers l'Europe à partir du printemps 2022, qui a fait flamber le gaz et, par ricochet, l'électricité, dont le prix se forme sur la dernière centrale appelée pour équilibrer le réseau, souvent une centrale à gaz.
La seconde est française et purement industrielle. À l'automne 2022, une part importante du parc nucléaire était à l'arrêt, entre maintenances décalées par la crise sanitaire et le phénomène de corrosion sous contrainte détecté sur plusieurs réacteurs. La production nucléaire annuelle est tombée à environ 279 térawattheures en 2022, son plus bas niveau depuis les années 1990. La France, exportatrice historique d'électricité, a été importatrice nette cette année-là.
Ce que le bouclier tarifaire a réellement fait
Le gouvernement a plafonné la hausse du tarif réglementé de l'électricité à 4 % en février 2022, puis 15 % en février 2023, 10 % en août 2023 et environ 9,8 % en février 2024. Sans ce dispositif, la hausse aurait dépassé 100 % dès 2022. Le bouclier n'a pas annulé la crise, il l'a étalée dans le temps et transférée au budget de l'État, pour un coût de plusieurs dizaines de milliards d'euros sur trois ans.
Le levier principal a été fiscal. L'accise sur l'électricité, l'ancienne TICFE, a été ramenée à son minimum européen de 1 euro le mégawattheure en 2022, contre 22,50 euros auparavant. Sa remontée progressive, à 21 euros en février 2024 puis 33,70 euros en février 2025, explique une partie des hausses subies alors même que les cours de gros baissaient. Rien ne clochait : la fiscalité revenait à son niveau d'avant.
Le gaz et le carburant n'ont pas suivi le même chemin
Le tarif réglementé de vente du gaz a disparu le 30 juin 2023, remplacé par un prix repère publié chaque mois par la Commission de régulation de l'énergie, qui sert de comparaison mais n'engage aucun fournisseur. Les ménages au gaz ont perdu leur filet de sécurité au moment où l'électricité gardait le sien.
Côté carburant, le gazole a franchi les 2 euros le litre à l'été 2022. La réponse publique a pris la forme d'une remise à la pompe de 18 centimes, portée à 30 centimes à l'automne 2022, puis d'une indemnité ciblée de 100 euros en 2023.
Ce qui pèse vraiment sur votre facture
Avant de courir après les gestes d'économie, regardez la structure de votre dépense. Dans un logement chauffé à l'électricité, le chauffage et l'eau chaude représentent en général les deux tiers de la consommation annuelle. Le reste, cuisson, froid, lavage, éclairage, multimédia, se partage le dernier tiers. Un degré de moins sur le thermostat fait gagner environ 7 % sur le poste chauffage, ce qui pèse plus lourd que la plupart des petits gestes réunis.
Faut-il changer de fournisseur
Depuis 2023, plusieurs offres de marché sont repassées sous le tarif réglementé, ce qui n'était plus arrivé depuis longtemps. Le comparateur du médiateur national de l'énergie, seul comparateur public et sans commission, permet de vérifier en quelques minutes ce que vaut votre contrat actuel. Regardez le prix du kilowattheure et celui de l'abonnement séparément : une offre au kilowattheure agressif avec un abonnement gonflé est perdante pour un petit consommateur, et l'inverse pour un logement tout électrique.
Une précaution vaut d'être rappelée après 2022 : méfiez-vous des offres indexées sur les marchés de gros. Ce sont celles qui ont vu leur tarif tripler en quelques semaines.
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