Heure d'hiver : entre économie d'énergie et perturbation biologique, où en sommes-nous ?
Reculer les pendules le dernier dimanche d'octobre devait faire baisser la facture d'électricité. Cinquante ans plus tard, le gain se compte en centièmes de pour cent de la consommation nationale, et le dossier de la suppression dort à Bruxelles depuis 2019.
Le dimanche 29 octobre 2023, à 3 heures du matin, il était de nouveau 2 heures. Une heure de sommeil en plus, des soirées noires à 17 h 30, et un débat qui revient deux fois par an sans aboutir. Autant regarder les chiffres, puisque c'est sur eux que le système a été justifié.
Une mesure née du choc pétrolier
La France avait déjà appliqué l'heure d'été entre 1916 et 1945. Ce qui a relancé le changement d'heure saisonnier, c'est le choc pétrolier de 1973 : le décret est signé en septembre 1975 et la première application a lieu le 28 mars 1976. Le raisonnement tenait debout dans un pays qui s'éclairait encore à l'incandescence.
Depuis 1998, les dates sont harmonisées dans toute l'Union : dernier dimanche de mars, dernier dimanche d'octobre.
Pourquoi le gain a fondu
Trois choses ont changé. L'éclairage ne pèse plus qu'une petite part de la consommation d'un logement, le gros partant dans le chauffage et l'eau chaude. Les LED ont divisé la dépense par cinq à dix à luminosité égale. Et le décalage agit dans les deux sens : ce qu'on ne dépense pas le soir, on le dépense le matin.
Ce que fait le corps quand l'heure bouge
La mélatonine, l'hormone qui déclenche l'endormissement, se règle sur la lumière du jour, pas sur le cadran. En reculant les montres, on avance le coucher du soleil d'une heure sur le temps social : la sécrétion démarre plus tôt, la fatigue tombe en fin d'après-midi, et le réveil arrive avant l'heure voulue.
Les personnes âgées, les nourrissons et les travailleurs postés mettent plus de temps à se recaler. La parade est ennuyeuse mais efficace : décaler repas et coucher d'un quart d'heure les trois jours qui précèdent, et sortir prendre la lumière du matin.
Le vrai blocage n'est pas technique
Il tient à un désaccord de fond : rester à l'heure d'été toute l'année, ou à l'heure d'hiver ? L'heure d'été permanente offrirait des soirées claires en juin, mais des levers de soleil vers 9 h 30 en décembre dans le nord du pays. L'heure d'hiver permanente raccourcirait les soirées de juillet. Et si chaque État tranchait seul, l'Europe hériterait d'un patchwork de fuseaux ingérable.
Le calcul énergétique, lui, ne tient plus. Ce qui maintient le système en place, c'est l'absence d'accord sur ce qu'il faudrait mettre à sa place.
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