La véritable histoire de la Saint-Valentin

Les origines de la Saint-Valentin

Quatre Français sur dix disent fêter la Saint-Valentin, et l'écart entre ceux qui la célèbrent et ceux qui la snobent recoupe des lignes sociales et politiques nettes. C'est ce que montrait une enquête publiée par Le Point le 14 février 2023, et ce résultat en dit plus sur la fête que toutes les légendes romaines réunies.

Ce que disait le sondage de février 2023

L'institut Cluster 17 avait interrogé un échantillon de Français pour Le Point, avec des résultats dévoilés le jour même de la fête. Trente-neuf pour cent déclaraient célébrer la Saint-Valentin, dont seulement quinze pour cent tous les ans. Autrement dit, une majorité des Français la laisse passer, et parmi ceux qui la marquent, la plupart le font de façon irrégulière.

Le tri par proximité politique donnait des écarts que peu de sujets produisent avec cette netteté. Cinquante et un pour cent chez les électeurs de Marine Le Pen au premier tour de 2022. Vingt-sept pour cent chez ceux de Yannick Jadot. Vingt-quatre points d'écart sur une question qui, en apparence, n'a rien de politique.

Une fête populaire, au sens sociologique

Ce genre de résultat s'interprète mal si on y cherche une opinion sur l'amour. Ce qui se mesure ici, c'est un rapport aux rituels commerciaux et à ce que les sociologues appellent la culture de masse. Fêter le 14 février, acheter des fleurs en promotion, réserver un restaurant : ces gestes sont valorisés dans certains milieux et discrètement moqués dans d'autres.

La Saint-Valentin est devenue une fête populaire au sens strict du terme. Elle est plus célébrée dans les classes moyennes et populaires, dans les villes petites et moyennes, chez ceux qui vivent loin des centres métropolitains. Le mépris qu'elle attire dans certains cercles ressemble beaucoup à celui qui vise d'autres pratiques de masse, du camping à la télévision généraliste.

Il y a une malhonnêteté à traiter cette fête de commerciale tout en offrant un cadeau soigneusement choisi le reste de l'année. Le budget est le même, seule la date change, et avec elle le degré de distinction sociale que l'on affiche.

Ce que l'histoire apporte, et ce qu'elle n'apporte pas

Le socle historique est mince, ce qui explique en partie que chacun projette sur la date ce qu'il veut. Un martyr du IIIe siècle dont on ne connaît guère que le nom, des reliques conservées à Terni en Ombrie, et une fête romaine de février, les Lupercales, dont on a longtemps affirmé qu'elle avait été remplacée par la Saint-Valentin sans qu'aucun texte ancien ne l'atteste. Le détail de l'origine et de la signification de la fête montre à quel point la filiation a été reconstruite après coup.

La date des amoureux telle qu'on la connaît naît au XIVe siècle en Angleterre et arrive largement en France après 1945. Les traditions du 14 février et leur calendrier sont donc récentes, ce qui rend le procès en artificialité assez faible : toutes les fêtes ont été inventées un jour par quelqu'un.

La bonne question n'est pas de savoir si la fête est commerciale

Elle l'est, comme Noël et la fête des mères. La question utile est de savoir ce qu'on en fait. Une date fixe dans l'année sert surtout à ceux qui remettent toujours à plus tard, et ils sont nombreux.

Les usages possibles sont plus larges qu'on ne le croit. Une activité partagée plutôt qu'un objet, un atelier de cuisine, une séance de sport à deux. Un homme qui hésite sur ce qu'il pourrait recevoir trouvera d'ailleurs son compte dans les tendances beauté pour les hommes, registre longtemps ignoré par les listes de cadeaux du 14 février.

Pour les budgets qui le permettent, offrir un voyage à un couple reste le cadeau dont on reparle des années plus tard, à condition d'anticiper la saison : partir au bon moment change tout, et savoir quand partir à Cuba évite la saison des pluies. Dans le registre des sensations fortes, un saut en parachute à offrir marche très bien, mais seulement pour quelqu'un qui en a déjà parlé.

Pour des budgets plus modestes, la liste tient en quelques lignes.

  • Une carte écrite à la main avec un souvenir précis dedans.
  • Un livre choisi en fonction de ce que l'autre lit vraiment.
  • Un tirage photo encadré plutôt qu'un fichier de plus dans le téléphone.
  • Un repas préparé à la maison, sans réservation ni menu imposé.
  • Une plante qui tiendra plus longtemps qu'un bouquet.

Le 14 février ne mérite ni l'enthousiasme obligatoire ni le mépris automatique. C'est une date sur un calendrier, avec un fond historique fragile et une fonction pratique réelle. Ceux qui la trouvent ridicule ont le droit de l'ignorer, ceux qui la fêtent n'ont de comptes à rendre à personne, et les chiffres de 2023 montrent surtout que la France est partagée en deux sur un sujet qui, au fond, n'oblige personne.

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