Les énergies renouvelables vont-elles remplacer définitivement les énergies fossiles ?

La question de savoir si les énergies renouvelables remplaceront un jour les énergies fossiles est complexe. Cependant, une chose est certaine : nous sommes en train de vivre une véritable transition énergétique.

La bascule vers les renouvelables ne se joue pas là où on la regarde. Les éoliennes et le solaire gagnent vite du terrain sur l'électricité, qui ne pèse qu'un cinquième de l'énergie consommée dans le monde : le vrai verrou est ailleurs, dans les camions, l'acier et le ciment.

Poser la question en ces termes change la réponse. Sur la production d'électricité, la substitution est engagée et rapide. Sur l'énergie que nous consommons vraiment, tous usages confondus, elle avance à pas comptés. Les deux chiffres coexistent, et les confondre explique une bonne part des malentendus de ce débat.

Sur l'électricité, la partie est en train de se gagner

Le coût du solaire photovoltaïque a chuté d'environ 90 % entre 2010 et 2023. Un parc solaire au sol produit aujourd'hui, dans beaucoup de régions, le mégawattheure le moins cher jamais atteint par une source d'électricité, moins cher qu'une centrale à gaz neuve. L'éolien terrestre suit une trajectoire comparable avec quelques années d'écart. Ces baisses ne sont pas des projections, ce sont des prix constatés dans des appels d'offres signés.

La France a une position particulière parce que son électricité est déjà largement décarbonée par le nucléaire. Le mix électrique national tourne autour de 65 % de nucléaire, complété par une dizaine de pour cent d'hydraulique, autant d'éolien et quelques pour cent de solaire. Ajouter des renouvelables y remplace donc peu de charbon ou de gaz : l'enjeu français est moins le contenu carbone du kilowattheure que la capacité à en produire davantage pour électrifier ce qui ne l'est pas encore.

Le stockage : un problème réel, mais pas celui qu'on croit

L'intermittence est l'argument le plus répété contre les renouvelables, et il est en partie fondé. Il n'est pas insoluble pour autant. Les batteries au lithium ont vu leur prix baisser de plus de 80 % en une décennie, et les grandes installations de stockage sur réseau sont devenues rentables en Californie comme en Australie pour lisser les pointes du soir.

Ce que les batteries ne savent pas faire, c'est passer l'hiver. Elles stockent des heures, pas des mois. Les périodes de vent faible et de ciel gris qui durent une semaine en janvier, ce que les Allemands appellent la Dunkelflaute, demandent autre chose : des interconnexions entre pays, de l'hydraulique de barrage, du nucléaire pilotable ou, pour l'instant, des centrales à gaz qu'on allume quelques dizaines d'heures par an. L'hydrogène est souvent cité comme la solution, mais son rendement aller-retour dépasse rarement 35 %, ce qui en fait un choix coûteux réservé aux usages sans alternative.

Ce que la substitution demande vraiment

Remplacer une chaudière au gaz par une pompe à chaleur, une voiture thermique par un modèle électrique, un four industriel au fioul par un four électrique : chaque conversion déplace la consommation vers le réseau. RTE estimait dans ses scénarios de long terme que la consommation électrique française devrait augmenter d'environ 40 % d'ici 2050 si l'électrification des usages se déroule comme prévu. Le pays a passé quinze ans à apprendre à consommer moins d'électricité, il va devoir apprendre à en produire beaucoup plus.

Cette électrification a un coût matière que le débat public sous-estime. Une éolienne demande de l'acier, du cuivre et des terres rares. Une batterie de voiture demande du lithium, du nickel et du cobalt. Les gisements existent, la question porte sur le rythme d'ouverture des mines et sur la concentration géographique du raffinage, largement dominé par la Chine. Substituer une dépendance au pétrole du Golfe par une dépendance aux métaux raffinés ailleurs n'est pas neutre, même si le bilan climatique reste sans commune mesure.

Ce qu'un particulier pèse dans cette histoire

Assez peu sur le total, davantage sur son propre budget. Un ménage français consacre en moyenne autour de 8 % de son revenu à l'énergie, logement et carburant confondus. Les deux postes qui bougent la ligne sont le chauffage et la voiture, dans cet ordre. Le reste, les ampoules, les veilles, le lave-linge, compte pour une part modeste de la consommation d'un logement chauffé à l'électricité.

Cela ne rend pas ces gestes inutiles, mais il vaut mieux savoir ce qu'on en attend. Éteindre les veilles économise quelques dizaines d'euros par an. Isoler des combles en économise plusieurs centaines et améliore le confort d'été. Si vous ne devez faire qu'une chose cette année, ce n'est pas la multiprise à interrupteur.

La réponse à la question du titre est donc double, et aucune moitié n'est confortable. Oui, les renouvelables remplaceront l'essentiel de l'électricité fossile, probablement plus vite que ne le prévoyaient les scénarios écrits il y a dix ans. Non, elles ne remplaceront pas seules les énergies fossiles dans tous leurs usages avant plusieurs décennies, et ce calendrier dépendra moins de la technologie disponible que de la vitesse à laquelle on accepte de remplacer des équipements qui fonctionnent encore.

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