Linky : Faut-il craindre des coupures de courant cet hiver ? Découvrez la réponse ici !
Le compteur Linky ne coupera pas votre électricité cet hiver, et il n'a jamais eu ce pouvoir. La confusion vient d'un dispositif bien réel, le délestage tournant piloté par RTE, qui n'a rien à voir avec le boîtier vert de votre entrée. Reste que Linky joue un rôle dans cette histoire : celui de l'alternative à la coupure, pas de la cause.
Qui coupe quoi, et sur décision de qui
Deux entreprises distinctes interviennent. RTE gère le réseau de transport, les grandes lignes à très haute tension, et surveille en permanence l'équilibre entre la production nationale et la consommation. Enedis exploite le réseau de distribution, celui qui arrive jusqu'à votre rue, et pose les compteurs.
Une coupure généralisée se décide en haut, chez RTE, quand la consommation menace de dépasser durablement ce que le parc de production et les importations peuvent fournir. Elle s'exécute ensuite par ouverture de départs entiers sur des postes source, quartier par quartier. Votre compteur individuel n'y participe pas : il subit, comme le lampadaire du trottoir.
Ecowatt, le signal qu'il fallait suivre
Le dispositif d'alerte grand public s'appelle Ecowatt, porté par RTE avec l'ADEME depuis 2020. Trois niveaux : vert, consommation normale ; orange, système tendu, les gestes de sobriété comptent ; rouge, système très tendu, des coupures deviennent possibles si la consommation ne baisse pas.
C'est ce signal, et pas le compteur, qui indique le risque réel. Il se consulte sur le site de RTE ou par notification, avec une prévision à trois jours. Pendant l'hiver 2022-2023, plusieurs journées sont passées en orange sans jamais atteindre le rouge, et la baisse de consommation observée sur ces journées a suffi à écarter le scénario.
Ce que Linky change réellement
Le compteur communicant sait faire une chose que l'ancien compteur électromécanique ne savait pas : recevoir un ordre à distance de limitation de puissance. Concrètement, Enedis peut abaisser temporairement la puissance disponible chez un abonné, typiquement à 3 kVA, au lieu de lui couper le courant.
À 3 kVA, l'éclairage, la box internet, le réfrigérateur, la télévision et une plaque de cuisson continuent de fonctionner. Ce qui saute, c'est l'accumulation : four et lave-linge et chauffe-eau et convecteurs en même temps. C'était précisément l'idée retenue en 2022 pour épargner plusieurs millions de foyers en cas de tension extrême, avec un effet sur le réseau comparable à celui d'une coupure sèche, mais sans plonger un quartier dans le noir.
La disjonction, elle, existe bel et bien
Une confusion alimente le malentendu : le Linky disjoncte plus franchement que l'ancien compteur quand vous dépassez la puissance que vous avez souscrite. L'ancien matériel tolérait des dépassements courts, le nouveau applique le seuil au plus près.
Résultat : des foyers abonnés à 6 kVA qui passaient depuis des années sans s'en rendre compte se retrouvent dans le noir en allumant le four sous un chauffage électrique à plein régime. Ce n'est pas un délestage national, c'est un abonnement sous-dimensionné. Passer de 6 à 9 kVA coûte quelques dizaines d'euros de plus par an sur l'abonnement et règle le problème en une intervention à distance.
Les gestes qui pèsent vraiment un soir de tension
Les appels à la sobriété de l'hiver 2022-2023 ont montré quels gestes déplacent des mégawatts. Le premier est le décalage horaire : lancer le lave-linge, le lave-vaisselle et la recharge de voiture après 20 h plutôt qu'à 19 h. Le pic national du soir se situe entre 18 h et 20 h, et l'effacer d'une heure suffit souvent.
Le second est la consigne de chauffage. Un degré retiré représente environ 7 % de consommation de chauffage en moins selon l'ADEME, et à l'échelle du pays le chauffage électrique explique l'essentiel de la pointe hivernale. Le troisième, plus modeste mais gratuit, consiste à couper les veilles avec une multiprise à interrupteur : un salon complet en veille consomme entre 30 et 80 W en permanence.
Les données, le vrai débat sur Linky
La critique sérieuse ne porte pas sur les coupures mais sur ce que le compteur enregistre. Par défaut, il remonte un index quotidien. La courbe de charge détaillée, au pas horaire ou à la demi-heure, n'est collectée qu'après activation, et son exploitation par un fournisseur suppose votre consentement explicite. La CNIL a d'ailleurs sanctionné en novembre 2022 deux grands fournisseurs d'électricité pour la façon dont ils recueillaient ce consentement.
Cette courbe fine est aussi ce qui rend le compteur utile : elle vous permet de voir à quelle heure votre logement consomme, de choisir une offre heures creuses en connaissance de cause, et de repérer un chauffe-eau qui tourne au mauvais moment. Le sujet mérite mieux que la peur d'une coupure qui n'a jamais eu lieu.
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