Linky : Un nouveau scandale à venir pour les consommateurs ?

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Le vrai reproche à faire au Linky n'est ni les ondes ni l'espionnage domestique : c'est qu'il coupe le courant au watt près là où l'ancien disjoncteur laissait passer, et que son coût de déploiement se rembourse sur la facture de tout le monde.

Le compteur communicant d'Enedis traîne depuis dix ans une réputation de scandale annoncé. Une partie des griefs ne résiste pas à l'examen, et le dire n'est pas défendre l'opérateur. L'autre partie est solide, documentée, et curieusement moins commentée que les histoires d'ondes.

Le grief qui tient : la puissance souscrite

Les anciens disjoncteurs électromécaniques étaient tolérants. Un abonnement 6 kVA acceptait sans broncher des pointes un peu au-dessus, le temps que le four, le lave-linge et la plaque à induction tournent ensemble dix minutes. Le Linky, lui, mesure et applique le seuil contractuel avec une précision qui ne laisse plus de marge. Résultat : des foyers qui n'avaient jamais disjoncté se retrouvent dans le noir un dimanche midi.

La solution proposée est mécanique : monter à 9 kVA. Le changement de puissance est gratuit une fois par an et se fait à distance, sans rendez-vous, ce qui est un vrai progrès. Mais chaque kilovoltampère supplémentaire alourdit l'abonnement de quelques dizaines d'euros par an, indépendamment de ce que vous consommez. Sur la durée, ça se voit.

Les ondes et la vie privée : ce que disent les mesures

Le Linky communique par courant porteur en ligne, sur la bande des 63 à 95 kHz, en utilisant le câble électrique déjà présent. Il n'émet pas d'ondes radio en continu comme une box wifi. L'Anses a publié en 2017 un avis concluant à une exposition faible et à une très faible probabilité de risque sanitaire aux niveaux mesurés. On peut trouver l'expertise perfectible, mais opposer au Linky un argument sanitaire tout en gardant un téléphone dans sa poche relève de l'inconséquence.

La vie privée mérite plus d'attention, sans être le scandale annoncé. Le compteur remonte par défaut un index quotidien, pas le détail heure par heure. La courbe de charge horaire, elle, révèle beaucoup : les heures de lever, les absences, la présence d'un véhicule électrique. Sa collecte suppose votre accord explicite. La CNIL a d'ailleurs mis en demeure EDF et Engie en 2018 pour un recueil de consentement jugé insuffisant sur ce point précis. Le garde-fou existe donc, et il a déjà servi.

Refuser le Linky coûte désormais de l'argent

C'est le point qui a changé la donne, et il est passé assez inaperçu. Depuis le 1er janvier 2023, les clients dont le compteur n'a pas été remplacé et qui ne transmettent pas eux-mêmes leur index se voient facturer des frais de relève, de l'ordre de huit euros et demi, prélevés tous les deux mois. Refuser reste possible, mais le refus a un prix affiché.

Il existe une échappatoire simple : transmettre son index une fois par an à son fournisseur suffit à éviter la facturation. Encore faut-il le savoir, et penser à le faire. Beaucoup de foyers concernés ont découvert la ligne sur leur facture sans comprendre d'où elle venait.

Ce que le compteur permet réellement d'économiser

Rien, par lui-même. Un compteur mesure, il ne chauffe pas moins. Les économies viennent de ce qu'on fait de la mesure, et là le Linky change quelque chose de concret : il rend possible une facturation sur consommation réelle plutôt que sur estimation, ce qui met fin aux régularisations brutales de fin d'année. Il permet aussi les offres à tarification horaire fine, dont le gain dépend entièrement de votre capacité à décaler vos usages.

Pour un foyer aux journées régulières, avec un chauffe-eau et un véhicule électrique programmables, ces offres se défendent. Pour quelqu'un qui ne peut rien déplacer, elles compliquent la facture sans rien rapporter. Sur ce point le calcul mérite d'être fait avant de signer, pas après.

Le scandale annoncé n'a donc pas eu lieu sous la forme qu'on lui promettait. Ce qui s'est produit, plus discrètement, c'est le transfert d'un investissement de plusieurs milliards vers la facture des usagers, et la disparition d'une souplesse technique dont personne n'avait conscience tant qu'elle existait. Deux sujets moins spectaculaires que les ondes, mais qui coûtent réellement quelque chose.

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