Vous ne devinerez jamais combien vous pouvez économiser en fabriquant vos propres pellets !
La réponse va décevoir : dans la quasi-totalité des cas, fabriquer ses granulés coûte plus cher que les acheter. Le poste qui ruine le calcul n'est ni la presse ni le bois, c'est le séchage de la sciure.
L'idée séduit parce qu'elle semble évidente. Le granulé, c'est de la sciure comprimée, sans colle ni additif : la lignine du bois fond vers 120 degrés sous la pression et joue le rôle de liant. Rien de mystérieux. Sauf que l'industrie part d'un déchet déjà sec, la sciure des scieries qui débitent du bois passé au séchoir. Un particulier n'a pas cette matière première sous la main.
Le séchage, l'obstacle que personne ne chiffre
Un granulé conforme aux normes ENplus A1 ou DINplus doit contenir moins de 10 % d'humidité. Du bois fraîchement coupé en contient 45 à 55 %. Passer de l'un à l'autre suppose d'évaporer près de 450 litres d'eau par tonne de produit fini, à 0,63 kilowattheure par litre au minimum théorique, et un séchoir réel travaille loin de ce minimum.
Sans séchage suffisant, la presse sort des bâtonnets qui se délitent et laissent beaucoup de fines. Ces fines s'accumulent dans la vis sans fin du poêle et bloquent l'alimentation. La norme tolère moins de 1 % de poussière. Une production maison dépasse facilement les 5 %.
Ce que coûte réellement le matériel
Une presse à filière plate d'entrée de gamme, du type qu'on trouve en vente en ligne, sort 80 à 150 kilos par heure et se négocie entre 1 500 et 3 500 euros. Il faut y ajouter un broyeur, parce que la presse n'accepte que des particules de quelques millimètres, et le broyeur d'occasion se paie déjà 800 euros. Les modèles au-dessus de 7,5 kW réclament du triphasé, donc parfois une reprise du tableau électrique.
Le pressage lui-même consomme entre 50 et 120 kilowattheures par tonne. À 0,25 euro le kilowattheure, cela ajoute 12 à 30 euros par tonne produite. Ce n'est pas ce qui tue le projet, mais ça s'ajoute au reste. Les filières s'usent et se remplacent, pour quelques centaines d'euros.
Le bois de récupération, fausse bonne idée
Récupérer des palettes ou des chutes de chantier semble malin. Les palettes non marquées peuvent avoir été traitées chimiquement, les panneaux de particules contiennent des colles à base de formaldéhyde, et les bois vernis ou peints libèrent des composés qu'on ne veut respirer nulle part. Un poêle domestique n'a ni filtre à manches ni traitement des fumées. Ce qui part dans le conduit finit dans le voisinage.
Quand ça devient défendable
Le calcul bascule dans un cas précis : un atelier de menuiserie qui produit déjà de la sciure sèche en quantité, avec un local de stockage et un broyeur amorti par ailleurs. Là, la presse traite un déchet qu'il fallait de toute façon évacuer, et le granulé devient un sous-produit presque gratuit.
Pour tous les autres, l'économie se trouve ailleurs. Acheter en vrac plutôt qu'en sacs de 15 kilos fait gagner 15 à 20 % sur la tonne. Commander en mai ou juin, quand la demande retombe, fait gagner autant. Deux appels téléphoniques en début d'été rapportent plus que quatre mille euros de matériel et vingt heures de travail par hiver.
Reste un argument de fond, celui du poêle. La plupart des fabricants conditionnent leur garantie à l'usage de granulés certifiés. Alimenter l'appareil avec une production maison, c'est accepter de perdre ce recours en cas de casse de la vis ou du brûleur. Sur un équipement à 4 000 euros, la question mérite d'être posée avant la première fournée.
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