Comment fonctionnent les applis de rencontre géolocalisées ?
Une appli de rencontre géolocalisée ne vous montre pas les gens qui sont près de vous : elle montre aux autres où vous étiez la dernière fois que vous avez ouvert l'application. La nuance change tout, autant pour vos résultats que pour votre vie privée.
Tinder, Happn et Lovoo reposent toutes sur la même brique technique, le capteur de position du téléphone. Ce qu'elles en font diffère, et c'est ce qui explique pourquoi l'une marche très bien en centre-ville et l'autre pas du tout à la campagne.
Ce que le téléphone envoie réellement
La précision d'un GPS de smartphone tourne autour de cinq à dix mètres en extérieur dégagé. Dans une rue étroite ou dans un immeuble, elle tombe à cinquante mètres ou pire, et le téléphone se recale alors sur les points Wi-Fi qu'il détecte.
Les applications sérieuses n'affichent jamais cette précision-là. Elles arrondissent la position avant publication : « à 2 km », « à moins de 1 km ». Cet arrondi n'est pas cosmétique, il évite qu'un utilisateur mal intentionné recoupe trois mesures prises à trois endroits différents pour retrouver une adresse. Des chercheurs en sécurité ont démontré ce type de recoupement sur plusieurs plateformes de rencontre, ce qui a poussé la plupart d'entre elles à dégrader volontairement la donnée affichée.
Tinder, Happn, Lovoo : trois usages d'une même donnée
Tinder, la distance comme filtre
Chez Tinder, la position sert de filtre. Vous fixez un rayon, l'application ne vous propose que les profils situés dedans. Le point est mis à jour à chaque ouverture, ce qui explique le classique du week-end à Bordeaux : vous rentrez chez vous et les profils bordelais continuent d'apparaître un moment, le temps que le serveur enregistre votre nouvelle position. Notre guide pour choisir une application de rencontre adaptée à sa situation revient sur ce réglage du rayon, souvent laissé trop large.
Happn, l'historique des trajets
Happn fait autre chose : l'application conserve vos derniers points de passage et les croise avec ceux des autres. Si deux personnes ont été au même endroit à quelques minutes d'intervalle, chacune apparaît dans le fil de l'autre avec la mention du croisement. D'où la promesse maison, retrouver l'inconnu de la boulangerie ou la personne du RER de 8 h 12.
Ce fonctionnement suppose une densité de population élevée. Dans une ville de 300 000 habitants, ça produit des dizaines de croisements par jour. Dans un bourg de 2 000 habitants, vous croiserez surtout votre voisine et le boulanger, et le fil restera vide pendant des semaines.
Lovoo, le radar
Lovoo affiche une carte avec des vignettes de profils autour de vous. C'est l'approche la plus visuelle des trois, elle plaît beaucoup, et elle attire aussi le plus de faux comptes : un profil automatisé n'a qu'une position déclarée à falsifier pour apparaître partout. L'application propose à la fois des relations amicales et amoureuses, ce qui explique une partie de son public.
Le vrai coût : ce que la position raconte de vous
Une suite de positions horodatées dessine une vie entière. L'endroit où le téléphone dort chaque nuit donne le domicile. Celui où il passe ses journées ouvrées donne le travail. Le reste donne les habitudes, la salle de sport, le cabinet médical, le domicile de quelqu'un d'autre.
Ces données alimentent aussi le ciblage publicitaire, et plusieurs applications de rencontre ont été épinglées pour les avoir transmises à des régies. Rien n'oblige pourtant à choisir entre l'application et sa tranquillité : trois réglages suffisent.
Sur iPhone, la position peut être accordée « lorsque l'app est active » seulement, et la position précise désactivée : la rencontre à 2 km fonctionne très bien avec une position approximative. Android propose le même arbitrage. Dans les deux cas, coupez l'accès en arrière-plan. Le réflexe vaut pour tout ce qu'on installe, jeux et consoles compris, comme le rappelle notre article sur les avantages de la PS5.
À qui ça convient, à qui ça ne convient pas
Le point fort de ces applications tient en une phrase : elles transforment la proximité physique en occasion de discuter, ce que la vie quotidienne ne fait plus beaucoup.
Deux profils s'y retrouvent mal. Ceux qui vivent loin de tout, d'abord : à moins de dix profils actifs dans le rayon, aucune mécanique de croisement ne compense le manque d'inscrits. Ceux qui tiennent à la discrétion, ensuite, parce qu'une position affichée près d'un lieu identifiable en dit plus qu'ils ne le croient. Notre sélection des applications de rencontre les mieux pensées pour les femmes détaille les options de discrétion à activer dès l'inscription.
Pour tous les autres, en zone urbaine ou périurbaine, la géolocalisation reste ce qui distingue une application de rencontre d'un annuaire. Encore faut-il savoir ce qu'on lui donne en échange.
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