César 2024 : Chronique d'un sacre annoncé - Anatomie d'une chute
Six César : c'est le pronostic posé le 23 février 2024, avant la 49e cérémonie, pour « Anatomie d'une chute », favori du palmarès sans être le film le plus nommé de la sélection. Ce décalage résume assez bien la soirée qui s'annonçait : l'académie devait choisir entre le film qui avait tout gagné ailleurs et celui qui avait accumulé les citations chez elle.
Le favori n'était pas le film le plus nommé
« Le Règne animal » de Thomas Cailley partait avec douze nominations, « Anatomie d'une chute » avec onze. Sur le papier, l'avantage arithmétique allait au premier. Sur le terrain des prix, le rapport de force était inverse. Le film de Justine Triet arrivait aux César avec la Palme d'or 2023, le prix du meilleur film aux European Film Awards, le BAFTA du meilleur scénario original, le prix du Syndicat français de la critique, le Prix Lumières du meilleur film et cinq nominations aux Oscars, dont celles du meilleur film et du meilleur scénario original.
La Palme d'or n'a jamais été un laissez-passer
L'idée que Cannes désigne d'avance le palmarès des César ne résiste pas à l'examen. « Titane » de Julia Ducournau, Palme d'or 2021, n'a pas obtenu le César du meilleur film l'année suivante : il est allé à « Illusions perdues ». « Dheepan » de Jacques Audiard, Palme 2015, n'avait pas davantage transformé l'essai.
Meilleure réalisation : une statistique en jeu
Si Justine Triet emportait le double film et réalisation, elle devenait la deuxième femme sacrée meilleure réalisatrice dans l'histoire des César, vingt-quatre ans après Tonie Marshall, primée en 2000 pour « Vénus beauté (Institut) ».
Meilleure actrice, le seul vrai suspense
Sandra Hüller tenait le rôle le plus commenté de l'année, celui d'une écrivaine allemande jugée pour la mort de son mari, qui plaide en français dans une langue qu'elle maîtrise mal. L'académie aime les performances qui se voient, et celle-là se voyait. Mais deux actrices françaises pouvaient capter les voix : Léa Drucker dans « L'Été dernier » de Catherine Breillat et Hafsia Herzi dans « Le Ravissement » d'Iris Kaltenbäck. Sur ce point, le pronostic était fragile, et il l'assumait.
Dans les seconds rôles masculins, Swann Arlaud et Antoine Reinartz étaient tous deux nommés pour le même film, l'avocat et le procureur. Côté révélation masculine, Milo Machado Graner, l'enfant du film, affrontait Raphaël Quenard pour « Chien de la casse », dont le nom circulait partout depuis des semaines. Difficile de voir comment le premier pouvait l'emporter.
Les catégories techniques, terrain défavorable
Un huis clos de montagne filmé en lumière naturelle ne rivalise pas facilement avec une superproduction en costumes. Face à « Les Trois Mousquetaires : D'Artagnan » ou au « Règne animal » et à ses effets, les César du son, des décors et de la photographie étaient hors de portée. Le montage, lui, restait jouable : Laurent Sénéchal était également nommé aux Oscars pour ce film, et le montage d'« Anatomie d'une chute » fait partie intégrante de sa démonstration, puisque c'est lui qui organise le doute.
Le pronostic, catégorie par catégorie
Six statuettes, donc, en pariant sur le meilleur film, la meilleure réalisation, le meilleur scénario original, la meilleure actrice, le meilleur second rôle masculin et le meilleur montage. Un pronostic large, assumé comme tel : il suffisait que l'académie préfère Léa Drucker à Sandra Hüller, ou que les deux avocats du film s'annulent, pour que le compte tombe à quatre.
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