Les plus belles citations de la reine Elizabeth II

Les plus belles citations de la reine Elizabeth II

Sept décennies de règne et à peine une poignée de phrases retenues : Elizabeth II a bâti sa popularité sur une discipline de silence, résumée par une devise de quatre mots qu'elle n'a d'ailleurs jamais revendiquée publiquement.

Une souveraine qui parlait le moins possible

Née le 21 avril 1926 à Mayfair, reine du Royaume-Uni et des autres royaumes du Commonwealth du 6 février 1952 jusqu'à sa mort le 8 septembre 2022 au château de Balmoral, Elizabeth II n'a accordé aucune interview en soixante-dix ans. Pas une. Ses opinions politiques restent inconnues à ce jour, ce qui, pour une femme qui a vu défiler quinze Premiers ministres britanniques de Winston Churchill à Liz Truss, relève de la performance.

Cette rareté explique pourquoi ses rares formules ont pris tant de place. Quand quelqu'un ne parle jamais, chaque phrase compte double. Nous avons rassemblé ici les citations de la reine Elizabeth II qui ont survécu, avec leur date et leur contexte, parce qu'une citation sans contexte ne vaut pas grand-chose.

A 25 ans, au moment de choisir son nom de règne, on lui suggère d'en prendre un autre, comme son père George VI, né Albert. Elle refuse : son prénom est celui de la reine du seizième siècle, il lui va très bien. Pourquoi en changer, demande-t-elle à son secrétaire. La réponse tient déjà toute sa manière : le minimum de mots, aucune explication.

Jamais se plaindre, jamais expliquer

La formule la plus associée à Elizabeth II est aussi celle dont l'origine est la plus incertaine. « Jamais se plaindre, jamais expliquer », « never complain, never explain » en anglais, circulait bien avant elle : on la trouve attribuée à Benjamin Disraeli au dix-neuvième siècle, reprise ensuite par plusieurs figures publiques britanniques.

Elle ne l'a jamais prononcée en public. Ce sont ses proches et ses biographes qui la lui prêtent comme règle de conduite, et sa vie entière la valide : lors du scandale de la séparation de Charles et Diana, lors des accusations portées contre le prince Andrew, lors du départ de Harry et Meghan pour les Etats-Unis en 2020, le palais a publié des communiqués brefs et n'a jamais répondu aux attaques point par point.

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1992, l'année où elle a laissé passer quelque chose

Le 24 novembre 1992, à Guildhall, devant la Cité de Londres réunie pour les quarante ans de son accession au trône, Elizabeth II prononce le discours le plus personnel de son règne. L'année a été catastrophique : séparation d'Andrew et Sarah Ferguson, divorce d'Anne, publication des confidences de Diana, et incendie du château de Windsor cinq jours plus tôt.

« 1992 n'est pas une année dont je me souviendrai avec un plaisir inaltéré. Selon les mots de l'un de mes correspondants les plus sympathiques, elle s'est avérée être une annus horribilis. Je pense que je ne suis pas la seule à le penser. »

L'expression latine signifie littéralement année horrible. C'est un jeu de mots savant sur Annus Mirabilis, l'année miraculeuse de 1666, célébrée par un poème de John Dryden publié en 1667. La formule a été reprise depuis par la presse économique dans des contextes qui n'ont plus rien à voir avec la monarchie britannique. La reine avait ce jour-là une extinction de voix, ce qui a donné à ce discours une fragilité que les caméras ont enregistrée.

Le chagrin est le prix de l'amour

Après les attentats du 11 septembre 2001 à New York, Elizabeth II adresse un message aux familles des victimes britanniques. Il est lu le 20 septembre 2001 lors d'une cérémonie à la cathédrale Saint-Paul de Londres, en présence de l'ambassadeur des Etats-Unis. Elle ne le prononce pas elle-même.

« Le chagrin est le prix que nous payons pour l’amour », en anglais « Grief is the price we pay for love ». La phrase revient dans son message d'avril 2020 sur la pandémie, puis fait la une du Daily Telegraph le 9 septembre 2022, au lendemain de sa mort. Elle avait alors changé de destinataire.

Une de journal britannique reprenant la phrase de la reine sur le chagrin

Ce qu'elle a dit d'elle-même et du reste

Le reste de ses formules connues vient de discours de Noël, d'allocutions du Commonwealth ou de remarques rapportées par des témoins. Elles ont en commun une ironie sèche et une méfiance envers les grands mots.

« J'ai connu tellement de révolutions dans ma vie. »

« Les grands évènements savent me rendre tranquille et calme ; ce sont seulement les bagatelles qui irritent mes nerfs. »

« C'est terrible. Si je ne souris pas, j'ai un genre de visage à l'air ronchon. »

« Il est assez facile de définir ce que le Commonwealth n'est pas. »

« Tout est lié à l'entraînement : on peut faire beaucoup si on est bien entraîné. »

« Ces misérables bébés ne viennent que lorsqu'ils sont prêts. »

« Comme toutes les meilleures familles, nous avons notre lot d'excentricités, de jeunes fougueux et capricieux et de mésententes familiales. »

« Il a peut-être toujours été vrai que la recherche de la paix est la forme de leadership la plus difficile de toutes. »

« Ne nous prenons pas trop au sérieux. Aucun de nous n'a le monopole de la sagesse. »

« Je crois qu'il y a une grande peur dans notre génération d'être étiqueté comme un arrogant. »

« Quand la vie semble dure, les courageux ne se couchent pas et n'acceptent pas la défaite ; au contraire, ils sont d'autant plus déterminés à lutter pour un avenir meilleur. »

« Le vrai patriotisme n'exclut pas une compréhension du patriotisme des autres. »

« Mon mari a tout simplement été ma force et le reste pendant toutes ces années, et je lui dois une dette plus grande qu'il n'aurait jamais réclamé. »

« Famille ne signifie pas nécessairement parents par le sang, mais souvent une description d'une communauté, d'une organisation ou d'une nation. »

La phrase sur le duc d'Edimbourg, prononcée en 1997 pour leurs noces d'or, prend un relief particulier depuis la mort de Philip en avril 2021, à 99 ans, après soixante-treize ans de mariage.

Avril 2020, la dernière grande adresse

Le 5 avril 2020, trois semaines après le début du confinement britannique, Elizabeth II parle à la nation depuis Windsor. Quatre minutes, enregistrées par un seul cadreur en tenue de protection, la reine assise seule dans un salon vert. Vingt-quatre millions de téléspectateurs au Royaume-Uni.

Elle y remercie le personnel soignant, évoque son premier discours radiophonique de 1940, à quatorze ans, adressé aux enfants évacués pendant la guerre, et termine par une phrase empruntée à une chanson de Vera Lynn de la même époque : nous nous reverrons. Le procédé résume sa méthode : ne rien dire de personnel, mais convoquer une mémoire commune que la moitié du pays reconnaît immédiatement.

Deux ans plus tard, en juin 2022, le jubilé de platine sera sa dernière apparition publique d'ampleur, au balcon de Buckingham, entourée des seuls membres de la famille en activité. Elle avait alors 96 ans et se déplaçait avec une canne.

Ce que les autres ont dit d'elle

Stéphane Bern, qui lui a consacré plusieurs ouvrages dont Le destin d'une reine en 2012, résume le paradoxe : « Élisabeth II est la mère de la nation britannique. Elle est un personnage ordinaire mis dans une situation extraordinaire ». C'est la formule la plus juste qu'on ait entendue sur elle : une femme sans goût particulier pour le pouvoir, à qui la fonction est tombée dessus à la mort de son père, en février 1952, alors qu'elle se trouvait au Kenya.

Le 8 septembre 2022, Emmanuel Macron s'adresse en anglais au peuple britannique : « Pour vous, elle était votre Reine. Pour nous, elle était la Reine. Elle sera avec nous tous pour toujours. »

Un règne difficile à mesurer

Soixante-dix ans et sept mois sur le trône : le record britannique, et le deuxième d'Europe derrière les soixante-douze ans de Louis XIV. Les classements qui la plaçaient derrière Victoria ou l'empereur François-Joseph d'Autriche datent d'avant 2015, année où elle les a tous dépassés. C'est une erreur qu'on lit encore souvent.

Elle était reine de seize Etats indépendants au début des années 2010, quinze au moment de sa mort après le passage de la Barbade en république en novembre 2021. Elle a été la deuxième souveraine britannique à célébrer un jubilé de diamant, après Victoria en 1897, et la première à atteindre celui de platine, quelques mois avant de mourir.

Pour aller plus loin

Parmi les biographies françaises, Majesté, le règne d'Elizabeth II de Bertrand Meyer-Stabley raconte le quotidien du palais plutôt que la chronologie des événements. L'auteur y suit une souveraine qui assume ses charges à un âge avancé, malgré les séparations, les divorces et les crises familiales, l'affaire du prince Andrew et le départ de Harry et Meghan aux Etats-Unis. Le portrait est celui d'une femme à la fois dure et désemparée, casanière et grande voyageuse, drôle en privé et raide en public.

C'est sans doute le meilleur angle pour comprendre pourquoi si peu de phrases lui ont survécu : elle n'a jamais cherché à en produire. Sa maxime de quatre mots, dans une époque qui commente tout en continu, tient plus de la stratégie que de la timidité.

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