Comment commander ses courses en ligne et payer en magasin ?
Commander ses courses en ligne et payer seulement au retrait reste possible, mais l'option s'est raréfiée : elle dépend de l'enseigne et du magasin.
Beaucoup d'articles présentent encore le paiement en magasin comme le fonctionnement normal du drive. C'était vrai vers 2015, ça ne l'est plus. La majorité des enseignes exigent aujourd'hui le paiement à la validation du panier, en ligne, pour verrouiller la préparation. Le règlement à l'enlèvement survit chez certaines, sur certains points de retrait, et il faut le vérifier avant de remplir son panier plutôt que de le découvrir à la borne.
Pourquoi les enseignes ont reculé sur ce point
La raison est prosaïque. Une commande non payée est une commande qui peut ne jamais être retirée, et un drive qui prépare des produits frais pour rien perd de l'argent deux fois : sur la marchandise et sur le temps du préparateur. Avec le paiement anticipé, le taux d'abandon s'effondre.
Pour le client, la contrepartie n'est pas neutre. Payer avant de voir la marchandise, c'est accepter à l'avance les substitutions de produits et les écarts de poids sur les articles vendus au kilo. Les enseignes régularisent ensuite, par remboursement partiel ou par avoir, mais le mouvement sur le compte bancaire n'est pas immédiat.
Ce qui reste payable sur place
Les titres restaurant dématérialisés, les chèques déjeuner, certains bons d'achat et les cartes cadeaux d'enseigne se heurtent souvent à l'interface en ligne et ne s'utilisent qu'au retrait ou en caisse. Même chose pour le chèque bancaire, encore accepté dans une minorité de magasins. Si votre budget courses repose en partie sur ces moyens de paiement, la question du paiement au retrait devient déterminante et mérite un appel au magasin.
Drive, drive piéton, livraison : trois formules qui ne se valent pas
Le drive automobile reste le moins cher : frais nuls ou symboliques, créneaux nombreux, chargement en cinq minutes sans descendre de voiture. Il suppose d'avoir un véhicule et un point de retrait sur un trajet existant, sans quoi le trajet dédié annule le gain.
Le drive piéton, implanté en centre-ville, se retire à pied ou à vélo. Les créneaux sont plus étroits, le catalogue souvent réduit, mais il change tout pour qui n'a pas de voiture.
La livraison à domicile facture entre 3 et 10 euros selon l'enseigne et le créneau, avec une gratuité au-delà d'un montant minimum, généralement situé entre 60 et 120 euros. Elle prend tout son sens pour les gros paniers, les charges lourdes (packs d'eau, litière, croquettes) et les personnes qui se déplacent difficilement.
Une heure de courses en ligne, tranquillement chez soi à tête reposée, plutôt qu'une heure en grande surface avec du monde, de la musique et des enfants qui crient. Franchement, le gain d'énergie est réel.
Ce que la commande en ligne fait à votre budget
L'effet le plus net porte sur les achats impulsifs. Sans tête de gondole, sans odeur de boulangerie et sans rayon confiserie à hauteur d'enfant, le panier se resserre. Les études de comportement d'achat convergent sur ce point, et l'expérience de la plupart des foyers le confirme.
L'effet inverse existe aussi. Le panier minimum obligatoire, souvent fixé à 30 ou 40 euros, pousse à compléter avec des produits dont on n'avait pas besoin. Le seuil de livraison gratuite fait la même chose en plus fort : ajouter 18 euros de marchandise pour économiser 6 euros de frais est un mauvais calcul, mais il se fait tout seul dans le feu de la commande.
Reste un vrai avantage, rarement mis en avant : le total du panier est affiché en permanence pendant que vous choisissez. Impossible de découvrir le montant à la caisse. Pour un foyer qui pilote son budget alimentaire au plus juste, c'est plus utile que toutes les promotions du prospectus.
La commande, étape par étape
La marche à suivre tient en six gestes, et le seul qui compte vraiment est le premier.
- Localiser les points de retrait proches d'un trajet que vous faites déjà, en saisissant votre code postal sur le site de chaque enseigne (Leclerc, Intermarché, Carrefour, Auchan, Casino, Monoprix, Super U et Hyper U).
- Vérifier, sur ce magasin précis, le montant minimum, les frais et le mode de paiement accepté.
- Choisir le mode de retrait : drive automobile, drive piéton ou livraison.
- Construire le panier à partir d'une liste écrite à l'avance, et l'enregistrer comme liste favorite pour les semaines suivantes.
- Réserver le créneau avant de finaliser, parce que les créneaux du samedi matin partent trois jours à l'avance.
- Contrôler la commande au retrait, avant de charger : produits manquants, substitutions, dates.
Sans liste préalable, la commande en ligne reproduit exactement les travers du magasin, avec en prime la fatigue de faire défiler quatre cents références de yaourts. L'organisation fait la différence, pas l'outil.
Comparer les enseignes sans y passer la soirée
Les écarts de prix entre deux drives d'enseignes différentes sur un même panier atteignent couramment 10 à 15 pour cent, et ils ne suivent pas la réputation des marques. Un hypermarché réputé cher peut être compétitif sur les produits secs et bien plus cher sur le frais, l'inverse arrive aussi. La seule méthode qui fonctionne consiste à composer le même panier de vingt produits identiques sur deux ou trois sites et à comparer les totaux, une fois, en début d'année. Une heure de travail, et le sujet est réglé pour douze mois.
Attention aux comparateurs automatiques qui circulent : ils raisonnent sur des paniers moyens nationaux, alors que les prix drive sont fixés magasin par magasin. Votre Intermarché n'affiche pas les mêmes tarifs que celui de la ville voisine.
Quand la commande arrive incomplète
Un article manquant se signale au retrait ou dans les 48 heures pour une livraison, avec le ticket et la référence de commande. Le remboursement se fait sur le moyen de paiement d'origine, en cinq à dix jours ouvrés, ou en avoir si vous l'acceptez. Ne partez pas du drive sans le ticket détaillé : c'est lui qui liste les substitutions et les articles non fournis, et sans lui la réclamation traîne.
En cas de produit abîmé ou de chaîne du froid douteuse, photographiez avant d'ouvrir. Les services clients règlent la plupart de ces litiges sans discuter, mais uniquement sur pièces.
L'essor du e-commerce alimentaire, sans les chiffres fantaisistes
Les confinements de 2020 ont servi d'accélérateur, personne ne le conteste. Mais les statistiques qui circulent sur ce sujet sont souvent bricolées, et certaines se contredisent d'un paragraphe à l'autre dans le même article. Deux exemples fréquents : l'idée que seuls 15 pour cent des Français achetaient en ligne avant la crise, et celle d'un passage de 15 à 21 millions de cyberacheteurs entre 2019 et 2020.
Les deux sont fausses, et largement. Selon la Fevad, la France comptait déjà plus de 40 millions d'acheteurs en ligne avant 2020, soit près des trois quarts des internautes. Le e-commerce n'a pas été découvert pendant le confinement : ce qui a changé, c'est la catégorie de produits achetés. Les ventes de produits ont bondi d'environ un tiers en 2020, tandis que les services, tourisme et transport en tête, s'effondraient. Résultat, le chiffre d'affaires global du secteur a progressé de façon modérée, autour de 8 pour cent, ce qui n'a rien du doublement annoncé un peu partout.
Le point réellement nouveau concerne l'alimentaire. Avant 2020, la part des courses alimentaires passant par le drive ou la livraison plafonnait autour de 6 pour cent. La crise l'a poussée au-delà de 8 pour cent, et surtout elle a fait entrer dans le circuit des foyers qui n'y seraient jamais venus d'eux-mêmes, notamment les plus de 60 ans. C'est ce recrutement générationnel qui a duré, davantage que le pic de volume.
Une habitude qui déplace le lien social plus qu'elle ne le supprime
On entend souvent que commander en ligne isole. C'est un peu court. Le passage en caisse d'un hypermarché le samedi n'a jamais été un grand moment de sociabilité, et le temps récupéré se réinvestit ailleurs, parfois au marché du dimanche, chez le boucher du coin ou tout simplement à la maison. Internet a d'ailleurs recomposé bien d'autres formes de lien, des groupes de voisins aux sites de rencontre pour les plus de 50 ans, sans que personne y voie une disparition du contact humain.
Le vrai point d'attention est ailleurs, du côté des conditions de travail des préparateurs de commande, métier apparu en dix ans, physiquement exigeant et souvent mal payé. Chaque panier de 90 euros représente une quarantaine de minutes de marche en entrepôt pour quelqu'un. Ça ne condamne pas le service, ça mérite d'être su.
Pour le reste, le drive tient ses promesses quand on l'utilise pour ce qu'il fait bien : les produits secs, les liquides, l'entretien, les surgelés, tout ce qui se rachète à l'identique semaine après semaine. Les produits frais et fragiles restent mieux servis par un passage en magasin ou chez un commerçant. Beaucoup de foyers finissent par ce partage, qui n'a rien d'un échec.
Les enseignes coopératives ont d'ailleurs fait de ce virage un argument d'identité. Super U, Hyper U et U Express ont communiqué autour de l'idée de commerçants passés au commerce en ligne de proximité, avec des associés indépendants qui gardent la main sur leur assortiment local. Le message vaut ce qu'il vaut, mais il pointe une réalité : dans une enseigne à magasins indépendants, la qualité du drive dépend surtout du patron du magasin, ce qui explique les écarts d'un point de retrait à l'autre sous la même bannière.
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