Journée internationale de l’ours polaire le 27 février
Un ours polaire perd environ un kilo par jour quand il ne chasse pas. C'est toute l'affaire du 27 février : la journée internationale de l'ours blanc ne parle pas de froid, elle parle d'une saison de jeûne qui s'allonge d'année en année parce que la banquise se forme plus tard et fond plus tôt.
L'animal est devenu un symbole si commode qu'on a fini par oublier ce qu'il fait de ses journées. L'ours polaire n'est pas un ours brun qui aurait blanchi et qui vivrait de racines : c'est un prédateur marin spécialisé, dont l'espèce entière dépend d'une plateforme de chasse faite de glace flottante. Retirez la plateforme, l'animal ne se reconvertit pas. C'est ce point précis qui décide de son avenir, et non la gentillesse générale que le public lui porte.
Un carnivore marin, pas un ours des neiges
Le nom scientifique résume tout : Ursus maritimus, l'ours de la mer. L'espèce s'est séparée de l'ours brun il y a quelques centaines de milliers d'années, et sa spécialisation est allée loin. Sa fourrure est faite de poils creux et translucides, la peau qui se trouve dessous est noire pour capter le rayonnement. La couche de graisse sous-cutanée, épaisse de plusieurs centimètres, sert de réserve énergétique et d'isolant, pas d'imperméabilisant. Les pattes avant sont larges et légèrement palmées, ce qui en fait un nageur d'endurance.
Sur ce dernier point, les chiffres qui circulent sont souvent exagérés. Un ours polaire nage à environ 6 km/h, pointe rarement au-delà, mais il tient des distances considérables : des trajets de plus de 400 km d'affilée ont été documentés par suivi satellitaire en mer de Beaufort, sur des animaux cherchant à rejoindre une banquise qui avait reculé. Ces traversées coûtent cher en énergie et se soldent parfois par la mort des oursons.
Son régime alimentaire ne laisse aucune place au doute : le phoque annelé et le phoque barbu représentent la quasi totalité de ses apports. Il chasse à l'affût, immobile près d'un trou de respiration, parfois pendant des heures. Il consomme d'abord le lard, le plus dense en calories. Sur la terre ferme, il mange ce qu'il trouve, œufs d'oiseaux, baies, carcasses échouées, mais ces ressources ne compensent pas : leur densité énergétique est trop faible pour un animal de cette masse. L'idée d'un ours polaire brouteur d'algues, qu'on lit ici et là, n'a aucun fondement.
Le calendrier de l'ours, saison par saison
Comprendre la menace suppose de suivre l'année d'un ours de baie d'Hudson, la population la mieux étudiée au monde.
D'octobre à juillet, la mer est prise, l'animal chasse et accumule de la graisse. C'est la seule période où il gagne du poids, et il en gagne beaucoup : une femelle peut doubler sa masse. Vient la débâcle. L'ours est refoulé à terre, où il n'y a rien à manger pour lui. Il attend, immobile la plupart du temps pour économiser ses réserves, jusqu'à ce que la mer regèle à l'automne.

Une femelle gestante ajoute une contrainte à ce calendrier. Elle creuse une tanière dans une congère en octobre ou novembre, met bas un ou deux oursons de 600 grammes en décembre, les allaite dans l'obscurité, et ne ressort qu'en mars ou avril. Pendant ces cinq mois, elle ne mange rien du tout. Si elle est entrée en tanière avec un déficit de graisse parce que la saison de chasse a été courte, la portée ne survit pas. C'est par ce mécanisme, et non par une mortalité directe des adultes, que les populations déclinent.
Le suivi de terrain donne la mesure du phénomène. En baie d'Hudson occidentale, les comptages successifs menés depuis les années 1980 montrent une population en recul et des femelles plus légères à l'entrée en tanière. Ailleurs, dans l'Arctique canadien central où la glace tient encore, certaines sous-populations restent stables. L'espèce ne s'effondre pas partout au même rythme, elle s'effondre là où la glace part en premier.
Une journée née en 2011, à l'initiative d'une ONG
Le 27 février n'a pas été décrété par une organisation internationale. La date a été lancée en 2011 par Polar Bears International, une association américaine de recherche et de sensibilisation basée dans le Montana, qui travaille avec les chercheurs de la baie d'Hudson. Le thème récurrent de la journée porte d'ailleurs sur l'isolation des logements et la réduction de la consommation énergétique, ce qui peut sembler éloigné de l'Arctique mais reste cohérent avec le diagnostic : c'est la courbe des émissions qui décide, pas la sympathie du public.
Ce dispositif de sensibilisation s'ajoute à un cadre juridique déjà ancien. L'accord sur la conservation des ours blancs, signé à Oslo le 15 novembre 1973 par les cinq États de l'aire de répartition, Canada, Danemark pour le Groenland, Norvège, Union soviétique et États-Unis, a mis fin à la chasse sportive au petit avion et aux prélèvements industriels. Ce texte a fonctionné : les populations sont remontées dans les décennies suivantes. Le problème actuel ne relève plus du fusil, il relève de la physique de la glace de mer.
Deux erreurs répandues, et un cas de figure qui monte
Première erreur : attribuer l'acidification des océans à la fonte des glaciers. Elle vient de la dissolution du dioxyde de carbone atmosphérique dans l'eau de mer, phénomène chimique indépendant de la fonte. Les deux processus ont la même origine, le CO2 excédentaire, mais ce ne sont pas les glaçons qui acidifient l'eau.
Deuxième erreur : croire que l'ours polaire pourrait se rabattre sur des proies terrestres. Les travaux menés sur les ours refoulés à terre montrent une dépense énergétique qui reste élevée et des apports qui ne suivent pas. La reconversion alimentaire ne se produit pas à l'échelle d'une population.
Le cas de figure qui monte, en revanche, est celui des conflits avec les humains. Un ours affamé s'approche des villages, des décharges, des campements. Churchill, au Manitoba, gère cette situation depuis des décennies avec une équipe dédiée et un enclos de rétention. D'autres localités arctiques n'ont pas ces moyens, et la solution y est souvent le fusil.
Le 27 février reste une journée honnête tant qu'on ne lui fait pas dire n'importe quoi. Elle n'a pas la puissance affective d'une journée internationale du chat, et elle demande à son public d'accepter une explication en trois étapes plutôt qu'une image attendrissante. C'est peut-être sa meilleure qualité : l'ours polaire ne se sauve pas par le mignon, il se sauve par la courbe des émissions.
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