La journée internationale de la baleine le 19 février
La journée internationale de la baleine tombe le 19 février en France, le troisième dimanche de février ailleurs, et personne ne s'accorde vraiment sur son origine. Ce flottement dit quelque chose de la protection des grands cétacés : très symbolique, souvent floue, et surtout beaucoup plus fragile qu'on ne le croit depuis le moratoire de 1982.
Il faut commencer par tordre le cou à une légende qui circule sur la plupart des pages consacrées à cette date. Non, la journée n'a pas été proclamée par une instance internationale en 1979, et elle ne commémore aucun traité signé en juin 1982. Le World Whale Day est né en 1980 à Maui, à Hawaï, à l'initiative de la Pacific Whale Foundation, une association locale créée deux ans plus tôt pour suivre les baleines à bosse qui viennent mettre bas dans l'archipel l'hiver. La date retenue était le troisième dimanche de février, au cœur de la saison d'observation. Le 19 février s'est imposé plus tard dans le monde francophone, par simplification, et les deux dates coexistent aujourd'hui sans que cela gêne grand monde.
Ce qu'on appelle baleine, et ce qui n'en est pas une
Le mot « baleine » n'a pas de définition scientifique stricte. Il désigne dans l'usage courant les grands cétacés, deux ensembles que tout sépare pourtant.
Les mysticètes filtrent l'eau avec des fanons : baleine bleue, rorqual commun, baleine à bosse, baleine franche, petit rorqual. Ils avalent du krill et de petits poissons par tonnes. Les odontocètes, eux, ont des dents et chassent à l'écholocation : le cachalot en fait partie, l'orque aussi. Le marsouin commun, souvent rangé dans la liste des baleines par les rédacteurs pressés, mesure un mètre soixante et pèse moins de 70 kg. C'est un cousin du dauphin, pas une baleine.
La baleine bleue reste le plus gros animal ayant jamais existé sur Terre : jusqu'à 30 mètres et environ 150 tonnes, davantage que le plus lourd des dinosaures connus. Sa population de l'hémisphère sud a été ramenée à quelques centaines d'individus par la chasse industrielle du vingtième siècle, sur environ 250 000 avant exploitation. Elle remonte lentement, sans avoir retrouvé le dixième de son niveau initial.
Le moratoire de 1982 : ce qu'il a réellement changé
La régulation de la chasse repose sur un texte de 1946, la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine, signée à Washington. Elle a créé la Commission baleinière internationale, dont le mandat initial visait à préserver la ressource pour continuer à l'exploiter. Il a fallu attendre juillet 1982 pour que cette commission vote un moratoire sur la chasse commerciale, entré en application lors de la saison 1985-1986.
Une confusion revient souvent, y compris dans la presse : la convention de Washington de 1946 sur la chasse à la baleine n'est pas la convention de Washington de 1973, qui porte sur le commerce des espèces menacées et qu'on appelle la CITES. La seconde interdit le commerce international des produits de baleine, la première encadre la chasse elle-même. Les deux textes se complètent, ils ne se remplacent pas, et confondre leurs dates fausse toute la chronologie.

Le résultat mérite d'être regardé sans complaisance. Le moratoire a stoppé une industrie qui tuait plusieurs dizaines de milliers d'animaux par an, et plusieurs populations sont reparties à la hausse : la baleine à bosse de l'Atlantique nord et celle du Pacifique sud en sont les meilleurs exemples. Mais trois pays continuent de chasser. La Norvège a déposé une objection formelle au moratoire dès l'origine, ce qui la rend légalement libre. L'Islande a chassé de façon intermittente sous réserve. Le Japon a longtemps invoqué la recherche scientifique avant de quitter la Commission en 2019 pour reprendre une chasse commerciale assumée dans ses eaux territoriales.
Les quatre pressions qui pèsent vraiment
La liste des menaces a changé de nature en quarante ans. Elle tient désormais en quatre lignes, aucune ne relevant du harpon.
- Les captures accidentelles. Filets maillants, chaluts, casiers : un cétacé pris dans un cordage se noie ou traîne l'engin pendant des mois. C'est la première cause de mortalité d'origine humaine chez les grands cétacés.
- Les collisions avec les navires. En Méditerranée, elles constituent la principale cause de mort connue chez le rorqual commun. Le dispositif français REPCET, qui fait remonter les positions signalées par les navires participants en temps réel, a été conçu pour cette raison précise.
- Le bruit. Sonars militaires, prospection sismique par canons à air, trafic marchand. Les grands cétacés communiquent sur des centaines de kilomètres à très basse fréquence, exactement la bande occupée par les hélices. On parle de masquage acoustique : l'animal ne s'entend plus.
- Le changement climatique. Il déplace le krill et les bancs de poissons. Une baleine qui migre selon un calendrier vieux de milliers d'années arrive sur une zone de nourrissage vide.
Pourquoi les baleines comptent au-delà du symbole
L'argument esthétique fonctionne mal en réunion budgétaire. Il en existe un autre, plus concret. Les grands cétacés remontent des profondeurs pour respirer et rejettent en surface des déjections riches en fer et en azote, éléments limitants pour le phytoplancton. Cette fertilisation, que les biologistes marins appellent la pompe à baleines, soutient la production primaire de zones entières. Un océan sans grands cétacés produit moins de plancton, donc moins de poissons.
Le corps d'une baleine morte, lorsqu'il coule, emporte plusieurs dizaines de tonnes de carbone vers le fond, où il nourrit pendant des décennies un écosystème entier de charognards et de bactéries. Les chercheurs parlent de whale fall. Une baleine harponnée en surface, elle, ne séquestre rien.
Le 19 février fonctionne bien pour les scolaires et pour les associations qui organisent conférences et projections. Il fonctionne moins bien comme outil de pression politique, parce que les décisions qui comptent se prennent dans les réunions de la Commission baleinière et dans les négociations sur les aires marines protégées, sans caméra. La journée du 19 février partage cette limite avec sa voisine de calendrier, la journée internationale de l'ours polaire du 27 février : beaucoup de visibilité, peu de levier direct. Ce qui ne justifie pas de s'en passer, seulement de ne pas la confondre avec une politique.
Résumer cet article avec :
Partager :