Journée internationale des droits des femmes : féminisme et grève

Chaque année, le 8 mars marque la Journée Internationale des droits des Femmes et représente un événement important dans la lutte pour l'égalité des sexes. Cette journée est l'occasion pour les femmes et les minorités de genre de se rassembler et de faire entendre leurs revendications concernant les inégalités persistantes dans la société.

Le 8 mars ne commémore pas une grève d'ouvrières new yorkaises de 1857 : cette histoire a été inventée dans les années 1950 et démontée depuis par les historiennes. La vraie généalogie de la journée est plus intéressante, et elle passe par un mot que les communiqués institutionnels évitent soigneusement : la grève.

Ce détail d'archives n'est pas un caprice d'érudit. Tant qu'on raconte le 8 mars comme un hommage vague à un événement introuvable, la journée peut se réduire à des tulipes offertes au bureau et à des opérations promotionnelles. Rendue à sa chronologie réelle, elle redevient ce qu'elle a toujours été : une date de mobilisation, née dans les partis socialistes européens, relancée par un arrêt de travail à Petrograd, et remise au goût du jour depuis 2017 par des grèves de masse en Espagne, en Suisse et en Argentine.

La chronologie réelle, en six dates

Reprenons dans l'ordre, en s'en tenant à ce qui est documenté.

  • 28 février 1909, États-Unis. Le Parti socialiste américain organise une première National Woman's Day, dans le sillage de la grève des ouvrières de la confection de New York. Ces femmes réclamaient des horaires et des salaires, pas le droit de vote, qu'elles n'obtiendront qu'en 1920 avec le dix-neuvième amendement.
  • Août 1910, Copenhague. À la conférence internationale des femmes socialistes, l'Allemande Clara Zetkin propose une journée internationale annuelle. La proposition est adoptée sans date fixe.
  • 19 mars 1911. Première édition, en Allemagne, en Autriche, au Danemark et en Suisse. Plus d'un million de personnes défilent. Six jours plus tard, l'incendie de l'usine Triangle Shirtwaist à New York tue 146 personnes, en majorité de jeunes ouvrières immigrées enfermées dans les ateliers. Ce drame nourrira durablement le mot d'ordre sur les conditions de travail.
  • 8 mars 1917, Petrograd. Les ouvrières du textile se mettent en grève et défilent pour le pain. Le mouvement s'étend, il déclenche la révolution de Février. La date correspond au 23 février du calendrier julien alors en vigueur en Russie.
  • 1921. L'Internationale communiste fixe la journée au 8 mars, en référence explicite à Petrograd.
  • 1977. L'Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 32/142 et invite les États à proclamer une journée pour les droits des femmes. La France l'officialise en 1982.

Deux siècles plus tôt, Olympe de Gouges avait publié en 1791 sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, en réponse directe au texte de 1789 qui ignorait la moitié de la population. Elle sera guillotinée en 1793. Ce texte ne fonde pas le 8 mars, mais il fonde la revendication.

Manifestantes défilant avec des pancartes lors du 8 mars

La grève, forme d'origine et retour récent

L'arrêt de travail est la matrice de cette journée. Il a resurgi depuis une dizaine d'années, avec des mobilisations dont l'ampleur mérite d'être rappelée.

Le 24 octobre 1975, en Islande, environ 90 % des femmes cessent le travail salarié et domestique pendant vingt-quatre heures. Le pays s'arrête, les hommes emmènent les enfants au bureau. Cinq ans plus tard, l'Islande élit Vigdis Finnbogadottir, première femme cheffe d'État élue au suffrage universel en Europe.

Le 8 mars 2018, en Espagne, la grève féministe de vingt-quatre heures est suivie selon les syndicats par plus de cinq millions de personnes, avec des cortèges massifs à Madrid et Barcelone. En Suisse, la grève des femmes du 14 juin 2019 a rassemblé plusieurs centaines de milliers de participantes, trente ans après celle de 1991.

Ces mobilisations partagent une idée simple : rendre visible le travail invisible en le suspendant. La grève féministe ne vise pas seulement l'emploi salarié, elle inclut le travail domestique et le soin, qui ne figurent dans aucun bulletin de paie.

Ce que recouvre le mot féminisme

Le mot désigne l'ensemble des mouvements qui visent l'égalité des droits entre les femmes et les hommes, et la fin des discriminations fondées sur le sexe. Sous ce terme unique cohabitent des courants qui s'opposent sur les moyens, sur la place des questions de classe, sur le rapport aux institutions. Parler du féminisme au singulier arrange les commentateurs pressés, moins les intéressées.

Les revendications les plus constantes tiennent en peu de lignes : accès à l'éducation et à la formation, égalité salariale à poste équivalent, lutte contre les violences conjugales et sexuelles, accès aux soins et notamment à la contraception et à l'avortement, autonomie financière et juridique, part réelle dans les fonctions politiques et dirigeantes. Ces sept points reviennent dans presque tous les textes militants depuis un siècle, avec des priorités qui varient selon les pays.

Sur le terrain juridique, la France a inscrit en mars 2024 la liberté garantie de recourir à l'interruption volontaire de grossesse dans sa Constitution, une première mondiale sous cette forme. C'est un exemple de ce que produit une mobilisation longue : rien pendant des années, puis un texte.

Chaque 8 mars, les citations circulent plus que les statistiques. Elles ont leur utilité, à condition de vérifier qui a dit quoi : plusieurs formules célèbres attribuées à de grandes figures ne se trouvent nulle part dans leurs écrits. Voici quelques citations inspirantes qui ont marqué l'histoire des mouvements féministes.

Dix citations pour le 8 mars

Une sélection pour la Journée internationale des droits des femmes :

  1. "Les droits des femmes sont des droits humains" - Hillary Clinton, discours de Pékin, 1995.
  2. "Je suis une femme, pas une princesse. Je n'ai pas besoin d'être sauvée" - Anonyme
  3. "Le féminisme n'est pas un bâton que vous utilisez pour battre les autres. C'est simplement une baguette magique pour transformer l'injustice en justice" - Emma Watson
  4. "Une femme est comme un sachet de thé, on ne sait jamais à quel point elle est forte jusqu'à ce qu'on la mette dans de l'eau chaude" - attribuée à Eleanor Roosevelt, sans source établie dans ses écrits.
  5. "Le féminisme n'est pas de dire que les femmes sont meilleures que les hommes, c'est dire que les femmes et les hommes sont égaux" - Gloria Steinem
  6. "Je ne suis pas libre tant que toute femme n'est pas libre, même si ses chaînes sont différentes des miennes" - Audre Lorde
  7. "Je suis une femme et je suis fière de l'être" - Aung San Suu Kyi
  8. "Les femmes sont les vraies architectes de la société" - attribuée à Harriet Beecher Stowe, attribution discutée.
  9. "Je suis féministe parce que je crois en l'égalité des sexes" - Chimamanda Ngozi Adichie
  10. "Le pouvoir ne sera jamais donné aux femmes, nous devons le prendre" - Roseanne Barr

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