La panthéonisation de Manouchian : les détails de la cérémonie dévoilés

La France a fait entrer au Panthéon, le 21 février 2024, un homme à qui elle avait refusé deux fois la nationalité française. Missak Manouchian, fusillé au Mont-Valérien exactement quatre-vingts ans plus tôt, y est entré avec son épouse Mélinée.

Le paradoxe n'a échappé à personne, et il donne à cette cérémonie sa charge particulière. Ouvrier arménien rescapé du génocide, arrivé à Marseille en 1925, poète, militant communiste, Manouchian avait déposé ses demandes de naturalisation dans les années 1930 et essuyé des refus. Il commandait pourtant, en 1943, les FTP-MOI de la région parisienne, une des formations les plus actives de la Résistance armée dans la capitale.

Ce que prévoyait le déroulé de la journée

La veille de la cérémonie, les cercueils avaient été veillés au Mont-Valérien, à Suresnes, dans la crypte du mémorial de la France combattante. C'est là, sur cette clairière de la forteresse, que Manouchian et vingt et un de ses compagnons ont été fusillés le 21 février 1944. Le lieu n'était pas décoratif : il permettait au résistant de rejoindre symboliquement les morts pour la France du Mont-Valérien, dont il ne faisait pas partie faute de nationalité.

Le cortège devait passer devant la chapelle de la forteresse, celle où les condamnés attendaient leur exécution et où Manouchian a écrit sa dernière lettre à Mélinée, avant de rejoindre Paris. La procession remontait ensuite la rue Soufflot jusqu'au Panthéon, à la tombée du jour, choix d'horaire assumé pour laisser place à la mise en scène.

Une cérémonie construite comme un spectacle

Les cercueils étaient portés par des soldats de la Légion étrangère, corps composé d'étrangers engagés pour la France : la symbolique était directe. Des séquences artistiques jalonnaient le parcours, évoquant les étapes de la vie de Manouchian, et un son et lumière de sept minutes était projeté au pied du monument. Emmanuel Macron a prononcé le discours d'hommage devant environ 1 200 invités.

Une plaque portant les noms des vingt-trois condamnés du procès de l'Affiche rouge a été déposée près du tombeau. Vingt-deux hommes ont été fusillés au Mont-Valérien ce 21 février 1944 ; la vingt-troisième, la Roumaine Olga Bancic, a été décapitée à Stuttgart le 10 mai suivant. Aucun d'eux n'entre au Panthéon, mais leurs noms y sont désormais gravés.

Le caveau 13 et la polémique des invitations

Missak et Mélinée Manouchian reposent dans le caveau 13 de la crypte, aux côtés de Maurice Genevoix, entré en 2020, et de Joséphine Baker, entrée en 2021. Trois panthéonisations en quatre ans dans le même caveau, autour d'un fil commun : la guerre, l'engagement, et pour deux d'entre eux une naissance hors de France.

La liste des invités a occupé une partie du débat public dans les jours précédents. La présence annoncée de parlementaires du Rassemblement national, dont Marine Le Pen, a suscité des protestations d'associations et de familles de résistants, Emmanuel Macron ayant lui-même exprimé ses réserves sans s'opposer à leur venue. Sur ce point, l'argument officiel du respect des institutions a laissé beaucoup de monde sur sa faim.

Ce que la République reconnaissait ce soir-là dépasse le cas d'un homme. Elle admettait que la Résistance intérieure a aussi été portée par des étrangers, des communistes et des apatrides, longtemps tenus à la marge du récit national, et que la citoyenneté peut se prouver autrement que par un dossier de naturalisation.

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