Le couple Manouchian honore au Panthéon : Découvrez les détails de la cérémonie historique

Le 21 février 2024, quatre-vingts ans jour pour jour après son exécution au Mont-Valérien, Missak Manouchian est entré au Panthéon avec son épouse Mélinée. La cérémonie a duré une heure et demie et a rejoué, rue après rue, le trajet de 1944.

La mise en scène tenait en une idée simple : refaire le chemin à l'envers. Le cercueil de l'ouvrier poète arménien, orphelin du génocide de 1915 arrivé en France au milieu des années 1920 puis chef des FTP-MOI de la région parisienne, a d'abord été veillé au Mont-Valérien, à Suresnes, dans la crypte du mémorial de la France combattante. La veille de la panthéonisation, il a suivi l'itinéraire emprunté par les condamnés du 21 février 1944 : la chapelle où Manouchian se serait recueilli, puis la descente vers la clairière où le peloton attendait.

Ce détail biographique explique le poids symbolique de la journée. Manouchian n'était pas français : sa demande de naturalisation avait été rejetée. Il est entré au Panthéon en résistant étranger, communiste, fusillé sous une affiche de propagande qui exhibait les visages et les noms à consonance étrangère de son groupe pour retourner l'opinion contre lui. L'Affiche rouge de 1944 a fini par produire l'inverse de ce qu'elle cherchait.

Une journée en deux temps, du parvis à la crypte

Le mercredi, le cercueil a remonté la rue Soufflot vers le Panthéon dans un parcours de lumière, suivi d'un spectacle de sons et lumières projeté au pied du monument. À l'intérieur, le président de la République a prononcé l'oraison funèbre devant 1 200 invités, 150 journalistes et 600 élèves venus de collèges et de lycées. Robert Guédiguian, réalisateur de L'Armée du crime, et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian figuraient parmi les personnalités présentes. La retransmission en direct à la télévision a fait le reste.

Le couple repose donc dans le caveau numéro XIII. Mélinée Manouchian, rescapée elle aussi du génocide, agent de liaison du réseau puis gardienne de la mémoire de son mari pendant quarante-cinq ans, l'y a rejoint. Elle était morte en 1989, et non au Mont-Valérien comme le laissent croire certains récits qui confondent le lieu de la veillée avec celui de son décès.

Une plaque pour les vingt-trois

Faute de pouvoir transférer tous les corps, l'État a fait poser dans la crypte une plaque portant les noms des vingt-deux compagnons du groupe Manouchian et celui de Joseph Epstein, chef des FTP de la région parisienne fusillé au Mont-Valérien en avril 1944. Ouvriers arméniens, juifs polonais, hongrois, italiens, espagnols : la liste dit à elle seule ce qu'était la MOI, la main-d'oeuvre immigrée du Parti communiste.

La journée s'est achevée sur une chanson. Arthur Teboul, chanteur de Feu ! Chatterton, a interprété L'Affiche rouge, ces Strophes pour se souvenir que Louis Aragon a publiées en 1955 et que Léo Ferré a mises en musique quatre ans plus tard. Le poème est souvent daté de 1976 par confusion avec le film de Frank Cassenti, qui porte le même titre : la chanson lui est bien antérieure.

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