Le leasing social : la fin du rêve de la voiture électrique à 100 € par mois
Six semaines auront suffi pour épuiser le leasing social : ouvert aux commandes le 1er janvier 2024 avec une cible de 20 000 véhicules, le dispositif a été fermé le 12 février après environ 90 000 demandes. Un succès qui ressemble surtout à une erreur de calibrage budgétaire.
Un guichet fermé par sa propre réussite
La promesse tenait en un chiffre : une voiture électrique à partir de 100 euros par mois, sans apport, pour des ménages qui n'auraient jamais pu en acheter une. Le ministre délégué à l'Industrie et à l'Énergie, Roland Lescure, annonçait que l'État financerait finalement 50 000 véhicules au lieu des 20 000 prévus, avant de suspendre les nouvelles demandes pour le reste de l'année 2024.
Le calcul est simple à refaire. Chaque dossier mobilisait jusqu'à 13 000 euros d'argent public, entre bonus écologique et prise en charge du premier loyer. Multiplié par 90 000 candidats, on dépassait largement l'enveloppe votée. Fermer était donc la seule sortie possible, mais la manière laisse un goût amer à ceux qui ont déposé un dossier le 10 février.
Qui pouvait en profiter
Les conditions étaient serrées. Il fallait un revenu fiscal de référence par part inférieur à 15 400 euros, soit à peu près la moitié des ménages français, et prouver un usage réel de la voiture : plus de 8 000 kilomètres par an à titre professionnel, ou plus de 15 kilomètres entre le domicile et le travail. Le contrat prenait la forme d'une location avec option d'achat sur trois ans minimum.
Côté modèles, la liste restait courte. Le score environnemental entré en vigueur fin 2023 écartait de fait les voitures assemblées en Asie, ce qui excluait les électriques les moins chères du marché et concentrait l'offre sur des citadines et compactes produites en Europe.
Ce que le gouvernement voulait aussi obtenir
Derrière l'aide sociale, il y avait une commande industrielle. Roland Lescure liait ouvertement la suite du dispositif à la cadence des usines françaises : produire davantage sur le territoire, ou céder la place. L'argument se défend, mais il fait porter aux ménages modestes le risque d'un calendrier industriel sur lequel ils n'ont aucune prise.
Sur le fond, l'expérience a tranché une question qui traînait depuis des années. Le frein à l'électrique n'était pas culturel, il était financier. Dès que la mensualité passe sous la barre des 100 euros, la demande existe, y compris chez ceux qui roulaient jusque-là en diesel d'occasion.
Le leasing social aura au moins servi de test grandeur nature. Il a montré le prix réel de la transition pour les ménages qui n'ont pas 30 000 euros à mettre dans une voiture, et le coût pour l'État de tenir cette promesse à grande échelle.
Résumer cet article avec :
Partager :