Mutuelle étudiante : Est-il obligatoire d'en avoir une ?

Mutuelle étudiante : est il obligatoire d'en avoir ?

Non, la mutuelle étudiante n'est pas obligatoire, et pour une bonne partie des étudiants elle est même inutile : soit ils restent couverts gratuitement par le contrat de leurs parents, soit ils ont droit à la complémentaire santé solidaire. Avant de signer pour 15 euros par mois, trois vérifications suffisent à savoir dans quel cas vous êtes.

Le sujet traîne une confusion tenace, entretenue par des campagnes de rentrée très visibles sur les campus. Reprenons dans l'ordre : ce que la Sécurité sociale rembourse, ce qui reste à payer, et qui doit vraiment souscrire.

Ce que la Sécurité sociale paie réellement

On répète que l'assurance maladie rembourse 70 %. C'est vrai, mais 70 % du tarif de convention, pas 70 % de ce que vous sortez de votre poche. La différence saute aux yeux dès la première consultation.

Prenez un généraliste de secteur 1 à 25 euros. La Sécurité sociale rembourse 70 % de ce tarif, soit 17,50 euros, moins la participation forfaitaire retenue sur chaque acte. Il vous reste donc un peu plus de 8 euros à payer, ou à faire prendre en charge par une complémentaire. Chez un spécialiste de secteur 2 qui pratique des dépassements, l'écart grimpe vite : le remboursement reste calé sur le tarif de base, le dépassement est entièrement pour vous.

Les postes qui coûtent cher à un étudiant ne sont d'ailleurs pas les consultations. Ce sont les lunettes, les soins dentaires, l'orthodontie parfois, et une hospitalisation imprévue avec son forfait journalier. Un contrat qui ne couvre que le ticket modérateur sur les consultations ne sert quasiment à rien.

Cas numéro un : rester sur la mutuelle des parents

C'est la situation la plus fréquente, et la moins chère : gratuite dans la plupart des contrats. Les complémentaires d'entreprise, souscrites par un salarié pour sa famille, couvrent les enfants à charge, en général jusqu'à 21, 25 ou 28 ans selon le contrat, souvent sous condition de poursuite d'études. Certaines demandent un certificat de scolarité chaque année, d'autres une simple déclaration.

La démarche tient en un appel à la mutuelle des parents et une question précise : jusqu'à quel âge, et à quelles conditions. Beaucoup d'étudiants souscrivent un contrat individuel alors qu'ils étaient déjà couverts, et paient deux fois pour rien pendant trois ans.

Une limite existe cependant. Les contrats parentaux prévoient rarement une couverture correcte pour un séjour d'études à l'étranger, en particulier hors Europe. Pour l'Union européenne, la carte européenne d'assurance maladie est gratuite et se demande en ligne, quinze jours avant le départ. Hors Europe, la question se pose sérieusement.

La mutuelle des parents continue de couvrir un jeune majeur à charge, mais elle laisse presque toujours un trou en cas d'études hors d'Europe.

Cas numéro deux : la complémentaire santé solidaire

Ce dispositif a remplacé la CMU complémentaire et l'aide au paiement d'une complémentaire. Il donne une couverture complète sans avance de frais chez le médecin, le dentiste, l'opticien, avec des paniers de soins pris en charge intégralement.

En dessous d'un plafond de ressources de l'ordre de 9 700 euros par an pour une personne seule, elle est gratuite. Au-dessus, jusqu'à environ 13 000 euros, elle coûte moins d'un euro par jour selon l'âge, ce qui reste imbattable. Un étudiant déclarant ses propres revenus, boursier ou non, entre très souvent dans ces bornes.

Le point de blocage est ailleurs : le calcul se fait sur le foyer fiscal. Un étudiant encore rattaché à la déclaration de ses parents voit les revenus de ceux-ci pris en compte. Se détacher fiscalement change tout, mais fait aussi perdre une demi-part aux parents. C'est un arbitrage familial à poser sur le papier, chiffres en main.

Cas numéro trois : souscrire, et bien

Reste ceux qui n'ont ni l'un ni l'autre : plus d'âge pour le contrat parental, trop de revenus pour la complémentaire solidaire, souvent des étudiants salariés ou en alternance. Pour eux, un contrat individuel a du sens, à condition de le choisir sur trois lignes précises.

  • L'optique : un forfait en euros pour la monture et les verres, pas un pourcentage du tarif de base.
  • Le dentaire : les couronnes et les prothèses, là où la Sécurité sociale rembourse le moins.
  • L'hospitalisation : le forfait journalier hospitalier et la chambre particulière.

Un étudiant en alternance a un statut de salarié : son employeur doit lui proposer la complémentaire d'entreprise, prise en charge à moitié au minimum, et elle est presque toujours meilleure qu'un contrat étudiant. Celui qui travaille en indépendant à côté de ses cours, en facturant par exemple des missions de rédaction à une agence SEO, n'a lui aucune couverture collective et doit s'organiser seul.

Étudiante examinant un tableau de garanties dans une agence de mutuelle

Ce que couvrent les contrats étudiants, en dehors du reste à charge

Certaines formules ajoutent des garanties qui manquent aux contrats classiques : remboursement des protections périodiques, séances de psychologue au-delà du dispositif public, contraception, vaccins non pris en charge. Sur la santé mentale, le sujet est réel : les dispositifs publics d'accompagnement psychologique existent mais restent limités en nombre de séances, et le complément a une vraie valeur.

À l'inverse, méfiez-vous des packs qui mélangent santé, responsabilité civile et assurance du logement. Les besoins ne se recoupent pas, et il vaut mieux traiter séparément la question de l'assurance habitation d'un logement étudiant, obligatoire celle-là pour un locataire.

Les vraies économies de l'année

Puisqu'on parle budget : sur un studio mal isolé, le poste énergie dépasse largement une cotisation santé, et quelques gestes simples pour réduire votre facture énergétique rapportent plus qu'un contrat au rabais. En colocation, la répartition des garanties mérite aussi d'être regardée de près, et choisir son assurance habitation en colocation évite les mauvaises surprises au moment d'un dégât des eaux.

Même logique pour les déplacements : un aller-retour familial en train coûte parfois plus qu'une semaine de location de voiture à bas prix à plusieurs. Et si vos parents possèdent un logement qu'ils vous mettent à disposition, ils ont tout intérêt à vérifier leur assurance propriétaire non occupant, qui ne couvre pas les mêmes risques que la vôtre.

Et la LMDE, alors ?

La confusion vient de là. Jusqu'en 2018, la LMDE et les mutuelles régionales géraient le remboursement de base des étudiants pour le compte de l'assurance maladie. Elles envoyaient les cartes Vitale, traitaient les feuilles de soins, et il fallait bien en choisir une au moment de l'inscription universitaire. D'où le réflexe, encore vivace, de croire qu'il faut prendre une mutuelle étudiante pour être en règle.

Ce rôle a été transféré aux caisses primaires d'assurance maladie entre 2018 et 2019. La LMDE existe toujours, mais comme une mutuelle parmi d'autres, qui vend des complémentaires facultatives. Elle n'a plus aucun pouvoir sur votre affiliation, et ne pas être adhérent ne vous prive de rien.

Autre héritage de cette époque : la cotisation de sécurité sociale étudiante, autour de 217 euros par an, a disparu avec le régime. Elle a été remplacée par la contribution de vie étudiante et de campus, d'un montant bien inférieur, dont les boursiers sont exonérés. Les deux n'ont rien à voir, et personne ne vous demande de payer une couverture santé pour valider une inscription.

Le cas des étudiants étrangers

Un étudiant venu d'un pays de l'Union européenne se présente avec sa carte européenne d'assurance maladie et n'a rien de plus à faire pour les soins courants. Hors Union européenne, l'inscription à l'assurance maladie française est gratuite et se fait en ligne dès l'arrivée, sur le portail dédié aux étudiants étrangers. La cotisation forfaitaire qui existait autrefois a été supprimée.

Une complémentaire devient alors utile pour les mêmes raisons que pour un étudiant français, avec un point supplémentaire : certaines universités et certains visas exigent une attestation de couverture santé au moment de l'inscription. Vérifiez ce que demande exactement l'établissement plutôt que de souscrire par précaution le contrat le plus cher du campus.

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