Paris 2024 : Plongez dans l'univers des médailles des Jeux Olympiques et Paralympiques
Chaque médaille remise à Paris à l'été 2024 contient un morceau de la tour Eiffel : un hexagone de fer puddlé de dix-huit grammes, prélevé sur des pièces déposées lors des rénovations successives du monument et conservées depuis dans des réserves. Le comité d'organisation a dévoilé l'objet le 8 février 2024.
L'idée sonne comme un coup de communication. Elle en est un, mais elle repose sur une contrainte technique réelle, et c'est ce qui la rend intéressante : sertir du fer brut du XIXe siècle dans une médaille sportive normée n'a rien d'évident.
D'où vient ce fer
La tour a été allégée à plusieurs reprises depuis sa construction en 1889 : escaliers déposés, éléments d'ascenseurs remplacés, pièces de structure changées lors des campagnes d'entretien. Ce fer puddlé, produit avant l'ère de l'acier moderne, part rarement à la benne. La Société d'exploitation de la tour Eiffel en garde un stock.
Il a fallu le décaper de sa peinture, couche après couche, avant de pouvoir le découper. Le métal a ensuite été taillé en hexagone, forme choisie pour évoquer le contour du territoire français, puis serti au coeur du disque. Le fer reste brut, non doré : c'est la matière d'origine qu'on voit, avec son grain.
Une face commune aux deux éditions
Paris 2024 avait déjà rapproché les Jeux olympiques et paralympiques sur l'emblème, les mascottes, la torche et l'identité visuelle. Les médailles poursuivent cette logique : la face qui porte le fer de la tour est la même des deux côtés, seule la face opposée diffère.
Autour de l'hexagone central, le dessin de la maison Chaumet, à qui le comité avait confié la conception, déploie des facettes irrégulières qui accrochent la lumière selon l'angle. Le procédé vient de la joaillerie plus que de la médaillerie. Vu de face, l'effet est discret. Vu en mouvement, sur un podium sous les projecteurs, il fonctionne.

Les rubans reprennent le motif des croisillons métalliques de la tour. Bleu marine pour l'olympique, rouge profond pour le paralympique, ce rouge étant une référence aux premières teintes portées par le monument, le rouge Venise puis le brun rouge, avant le brun actuel.

Le braille n'est pas seulement décoratif. Des encoches sont gravées sur la tranche : une pour l'or, deux pour l'argent, trois pour le bronze. Un athlète déficient visuel identifie sa médaille au toucher, sans avoir à demander.
Fabriquées à Pessac, pas à Paris
La production a été confiée à la Monnaie de Paris, l'institution qui frappe les monnaies françaises depuis 864. Le nom prête à confusion : les médailles n'ont pas été frappées quai de Conti mais dans l'usine de Pessac, en Gironde, où se trouve l'outil industriel capable de sortir plusieurs milliers de pièces avec la régularité exigée.
Le sertissage du fer, lui, ajoute une opération manuelle à chaque exemplaire. C'est ce qui explique l'écart entre une médaille sportive classique, produite en série, et celle-ci, où chaque hexagone de fer a un aspect légèrement différent selon la pièce d'origine dont il provient.
Un objet qui date son époque
Les Jeux d'été précédents avaient chacun leur signature : Tokyo 2020 avait fondu ses médailles à partir de métaux récupérés dans des appareils électroniques collectés auprès du public, Rio 2016 avait utilisé de l'argent recyclé et des rubans en plastique issu de bouteilles. Paris a choisi une autre voie, celle du fragment patrimonial plutôt que du matériau recyclé.
Le pari est assumé : donner à l'athlète non pas un symbole abstrait mais un morceau de bâtiment identifiable, prélevé sur un monument que le monde entier reconnaît. Reste que 5 000 hexagones de 18 grammes représentent 90 kilos de fer sortis des réserves de la tour. Le stock n'est pas infini, et l'opération ne se rejouera pas à l'identique.
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