Pourquoi des milliers de personnes s'opposent-elles au compteur Linky ? Découvrez les raisons choquantes !

Sur les quatre griefs adressés au compteur Linky, un seul résiste vraiment à l'examen des rapports publics : celui du coût. Les ondes, les données personnelles et l'argument écologique méritent chacun une réponse plus nuancée que ce que les deux camps racontent.

Le grief des ondes : mesuré, et faible

Le Linky communique par courants porteurs en ligne, c'est-à-dire en injectant un signal dans le câble électrique déjà présent, à une fréquence comprise entre 63 et 95 kilohertz. Il n'y a pas d'antenne radio dans le boîtier, contrairement à une box internet ou à un téléphone.

L'Agence nationale des fréquences a mené des campagnes de mesure en laboratoire et chez des particuliers. Le champ électromagnétique relevé à 20 centimètres du compteur reste très inférieur aux valeurs limites réglementaires, dans les mêmes ordres de grandeur qu'un chargeur d'ordinateur portable. L'ANSES, dans son avis de 2017, a conclu à une faible probabilité d'effets sanitaires liés à ces expositions, tout en pointant le manque de données sur les personnes se déclarant électrohypersensibles.

Le point important, et rarement dit : le signal CPL circule dans tout le réseau électrique du logement, pas seulement dans le compteur. Les boîtiers « filtres anti-Linky » vendus entre 100 et 400 euros ne reposent sur aucune évaluation indépendante publiée. Certains ont même fait l'objet de signalements pour publicité trompeuse. Si l'exposition inquiète, éloigner son lit du tableau électrique coûte zéro euro et a plus de sens.

Le grief des données : fondé, mais mal formulé

Le Linky remonte par défaut un index quotidien, c'est-à-dire un chiffre de consommation par jour. La courbe de charge détaillée, au pas de 30 minutes, celle qui permet effectivement de deviner les heures de lever, de coucher et d'absence, ne remonte qu'avec le consentement explicite de l'abonné.

Cette distinction n'a pas toujours été respectée. La CNIL a mis en demeure EDF et Engie en 2018 pour un recueil de consentement insuffisamment clair sur la collecte de ces courbes de charge, puis les a sanctionnés financièrement en 2021 sur ce sujet et d'autres manquements. L'inquiétude portait donc sur quelque chose de réel, même si elle a souvent été exprimée de travers.

Concrètement, les réglages ne se font pas sur le compteur lui-même. Il n'y a rien à paramétrer sur le boîtier vert. Tout se passe sur l'espace client Enedis, où l'on active ou désactive la collecte horaire, et chez le fournisseur, où l'on refuse la transmission des données à des tiers. Deux minutes de manipulation, à condition de savoir que ces menus existent.

Le grief du coût : celui qui tient

La Cour des comptes a publié en février 2018 un rapport sévère sur le programme. Coût total estimé autour de 5,7 milliards d'euros, financé non par l'impôt mais par le tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité, donc par la facture de chaque abonné. Le jugement de la Cour tenait en une formule : un dispositif coûteux pour le consommateur et dont les bénéfices lui reviennent peu, la plus grande part des gains allant au distributeur via la suppression des relevés physiques.

Le gain de consommation promis, lui, ne s'est pas matérialisé à hauteur des annonces. Un compteur mesure, il ne réduit rien tout seul. Les études sur les afficheurs déportés montrent des baisses de consommation de l'ordre de quelques pourcents, qui s'estompent au bout de quelques mois quand le foyer cesse de regarder l'écran.

Le compteur vous appartient-il ?

Non, et c'est le socle juridique de toute l'affaire. Le compteur est la propriété de la commune ou de l'intercommunalité, autorité organisatrice de la distribution d'électricité, Enedis n'en étant que le concessionnaire. Les tribunaux saisis par des particuliers et par des communes ayant pris des arrêtés anti-Linky ont massivement tranché en faveur du déploiement, le Conseil d'État ayant confirmé en 2019 qu'un maire n'a pas compétence pour s'y opposer.

Quelques décisions de première instance ont accordé un droit à ne pas se voir imposer le compteur à des personnes présentant un certificat médical d'électrohypersensibilité, notamment à Toulouse et à Bordeaux en 2019. Ces jugements sont restés isolés et n'ont pas fait jurisprudence générale.

Ce qu'il en reste

L'opposition au Linky s'est cristallisée autour des ondes, c'est-à-dire de l'argument le plus faible. Pendant ce temps, la question du financement, elle, n'a jamais reçu de réponse satisfaisante : 5,7 milliards d'euros prélevés sur les factures pour un service dont l'usager tire peu de bénéfice direct. Une opposition centrée là-dessus aurait été plus difficile à balayer. Elle aurait aussi été moins spectaculaire, ce qui explique sans doute pourquoi elle a moins circulé.

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