Quels sont les aliments à prioriser pendant la grossesse ?
Manger pour deux est un mythe qui a la vie dure : le supplément d'énergie d'une grossesse tient dans une collation, pas dans une deuxième assiette. Ce qui change réellement, c'est la liste des nutriments à surveiller de près et celle des aliments à écarter le temps des neuf mois. Le reste, c'est votre alimentation habituelle, un peu mieux tenue.
Cette hiérarchie compte, parce qu'une femme enceinte reçoit des conseils de partout : la belle-mère, le forum, la collègue. On lui parle de superaliments, rarement des deux ou trois carences qui pèsent réellement sur le déroulement de la grossesse.
Les quatre nutriments qui méritent votre attention
Sur la longue liste des vitamines et minéraux, quatre reviennent systématiquement dans les recommandations de suivi de grossesse. Les autres se règlent tout seuls si vous mangez normalement.
Les folates, ou vitamine B9. C'est le seul nutriment dont la supplémentation fait l'objet d'un consensus large en France : 400 microgrammes par jour, idéalement commencés un ou deux mois avant la conception et poursuivis jusqu'à la fin du premier trimestre. Le tube neural du fœtus se ferme vers la quatrième semaine, souvent avant que la grossesse ne soit connue. Côté assiette, on en trouve dans les épinards, le cresson, les lentilles, les pois chiches, les noix et les châtaignes. Le comprimé reste plus fiable que la salade.
Le fer. Le volume sanguin d'une femme enceinte augmente de près de moitié, ce qui dilue mécaniquement l'hémoglobine. La fatigue du troisième trimestre vient souvent de là. Le fer de la viande rouge s'absorbe bien mieux que celui des lentilles, et un jus d'orange au même repas améliore l'absorption du fer végétal. Le thé la freine.
L'iode. Il entre dans les hormones thyroïdiennes, qui pilotent le développement du cerveau du fœtus. Les apports français sont souvent justes. Le poisson, les fruits de mer, les produits laitiers et le sel iodé de cuisine couvrent le besoin sans complément.
La vitamine D. Beaucoup de maternités prescrivent une ampoule unique au sixième ou septième mois, en particulier pour les grossesses qui traversent l'hiver. L'exposition au soleil et les poissons gras y contribuent, mais entre novembre et mars, sous nos latitudes, la synthèse cutanée tombe presque à zéro.
Ce qu'on retire du menu, et pourquoi
La partie la moins agréable, et pourtant celle qui pèse le plus lourd. Deux infections sont visées : la listériose et la toxoplasmose. La première touche peu de grossesses chaque année en France, mais ses conséquences sont graves. La seconde ne concerne que les femmes non immunisées, ce que la prise de sang du premier trimestre indique.
Sortent du menu les fromages au lait cru et les croûtes fleuries, les rillettes et pâtés, le poisson fumé, les coquillages crus, le tartare, le carpaccio et les œufs crus (mayonnaise maison, mousse au chocolat, tiramisu). Les viandes se mangent cuites à cœur, les crudités se lavent soigneusement, salades en sachet comprises.
L'alcool relève d'une règle simple : zéro, sans seuil de tolérance. La caféine se limite à 200 mg par jour, soit deux expressos, en comptant aussi le thé et les sodas au cola. Les gros poissons prédateurs (espadon, requin, marlin, thon rouge) concentrent du mercure et se limitent à une fois tous les deux mois.
À quoi ressemble une journée ordinaire
Trois repas, une ou deux collations si les nausées ou les fringales l'exigent. Le fractionnement aide beaucoup au premier trimestre : un estomac jamais tout à fait vide supporte mieux les nausées matinales. Le gingembre, en infusion ou confit, soulage une partie des femmes, sans miracle.
Une bonne hydratation compte pendant la grossesse, y compris pour bien dormir avec un coussin adapté : 1,5 à 2 litres d'eau par jour, davantage en été et en fin de grossesse. L'eau réduit aussi la constipation et les infections urinaires, deux inconforts très fréquents à partir du deuxième trimestre. Attention aux tisanes : toutes ne sont pas neutres, et la réglisse, la sauge ou le fenouil se consomment avec modération.
Les poissons gras, sardines, maquereaux, truite, saumon, apportent des oméga-3 à longue chaîne qui participent au développement cérébral et visuel. Deux portions par semaine, dont une grasse, est le repère habituel. Cuits, évidemment.
L'entourage veut souvent bien faire et cherche un cadeau utile à offrir à une future maman ; côté alimentation, un bon carnet de recettes simples vaut mieux qu'une boîte de compléments alimentaires achetée au hasard.
Un mot sur les compléments alimentaires
Le rayon des multivitamines grossesse s'est beaucoup étoffé. Sur ce point, le calcul ne tient pas toujours : hors folates, fer sur prescription et vitamine D, un complément généraliste apporte surtout des nutriments que vous avez déjà. Certains contiennent de la vitamine A sous forme de rétinol, dont l'excès pose problème pendant la grossesse. Ne prenez rien sans en parler à la sage-femme ou au médecin qui vous suit.
La peau réclame aussi son attention, et beaucoup de femmes cherchent une routine pour prévenir les vergetures pendant la grossesse ; l'alimentation y joue un rôle modeste, l'hydratation et la génétique décident du reste.
Reste le plus difficile : ne pas transformer neuf mois en surveillance permanente. Une grossesse n'est pas un régime. Si vous mangez varié, cuit, lavé, sans alcool, avec vos folates et un suivi biologique régulier, vous avez fait la part la plus importante du travail. Le reste appartient au plaisir de la table, qui ne s'arrête pas parce qu'on attend un enfant.
Résumer cet article avec :
Partager :