Vasele ou vase classique ? Quelles techniques artisanales rendent un vasele plus précieux qu’un vase classique ?

, l’unicité d’un vasele précieux repose sur la maîtrise de gestes artisanaux transmis, la créativité de l’artiste et l’imprévisibilité des matières et des cuissons

Le mot « vasele » n'appartient pas au vocabulaire de la céramique française : c'est le pluriel défini roumain de « vas », qui veut simplement dire « les vases ». Ce qui rend un vase précieux n'a donc rien à voir avec son nom, tout à voir avec le temps de main passé dessus.

Autant le dire tout de suite : si vous cherchez une catégorie d'objet appelée « vasele », vous ne la trouverez ni chez un antiquaire ni dans un catalogue de manufacture. Le terme circule sur quelques pages web francophones où il désigne un vasele comme une variété de vase haut de gamme. C'est une confusion de traduction. La bonne question, celle qui compte quand on hésite devant deux pièces à trente euros d'écart, est ailleurs : qu'est-ce qui justifie le prix d'un vase artisanal face à un vase de série ?

Le tournage laisse une trace qu'aucun moule ne reproduit

Un vase industriel sort d'un moule en plâtre ou d'une presse. La barbotine coule, prend la forme, on démoule, on ébarbe. Le résultat est parfaitement symétrique, les parois ont partout la même épaisseur, et deux exemplaires du même modèle sont interchangeables. C'est l'objectif du procédé, et c'est très bien fait.

Un vase tourné, lui, monte sous les doigts du potier. La terre garde en mémoire la spirale du geste : de fines stries horizontales visibles à l'intérieur du col, un fond légèrement plus épais que les parois, parfois une infime dissymétrie qu'on sent en faisant tourner la pièce entre ses mains. Retournez le vase. Un pied brut, non émaillé, avec la trace du fil qui a détaché la pièce du tour, indique presque toujours un travail manuel. Un fond parfaitement lisse et émaillé sur toute la surface trahit le moule.

Le modelage à la main, sans tour, va encore plus loin dans l'écart. Colombins montés un à un, plaques assemblées, pincements : chaque méthode laisse une signature de surface que l'industrie ne cherche même pas à imiter, parce qu'elle coûterait plus cher qu'elle ne rapporterait.

L'émail, la variable la plus imprévisible du prix

Après une première cuisson vers 900 à 1000 degrés, le biscuit est poreux et mat. C'est là qu'intervient l'émail, et c'est là que se joue une bonne partie de la valeur. Un émail industriel est pulvérisé au pistolet, dosé au gramme près, cuit dans un four à courbe programmée. Il sort identique à lui-même, mille fois de suite.

Un émail appliqué à la main, au pinceau ou par trempage, se comporte autrement. Il s'accumule dans les creux, s'amincit sur les arêtes, réagit à l'épaisseur du tesson. Les émaux à cendres, les céladons, les tenmoku réagissent à la position exacte de la pièce dans le four et à la vitesse de refroidissement. Deux vases émaillés le même jour avec le même seau peuvent sortir franchement différents. Le potier ne contrôle qu'une partie du résultat, et il en casse une proportion non négligeable.

Verre soufflé : la bouche contre la machine

Pour le verre, la ligne de partage est encore plus nette. Un vase pressé ou soufflé-moulé porte des coutures verticales, sensibles sous le pouce, à l'endroit où les deux moitiés du moule se rejoignaient. Un vase soufflé à la canne n'en a pas. Il porte en revanche, souvent, un pontil au culot : cette cicatrice rugueuse ou polie là où la tige a maintenu la pièce pendant la finition du col.

Les techniques décoratives séparent encore les deux mondes. Le sommerso vénitien superpose des couches de verre coloré cueillies successivement dans le four, chacune enveloppant la précédente, ce qui donne cette profondeur de couleur impossible à obtenir par teinture de masse. Le filigrane, la murrine, l'incalmo demandent des années de pratique et se font à deux ou trois autour d'une même pièce, en quelques minutes, avant que le verre ne refroidisse.

Métal et matériaux : là où la rareté joue

Sur les vases métalliques, le repoussé et la ciselure se repèrent à l'intérieur : la forme en creux d'un côté correspond exactement au relief de l'autre, ce qu'un moulage de fonderie ne produit jamais. Le martelage laisse des facettes irrégulières qui accrochent la lumière par plans, alors qu'un martelage imité à la presse répète le même motif à intervalle constant.

Reste la question des matériaux. Porcelaine, grès, bronze, cristal au plomb : leur coût entre dans le prix, mais bien moins qu'on ne l'imagine. Un vase de manufacture en porcelaine fine reste un objet industriel, même avec une pâte coûteuse. À l'inverse, un vase de grès d'atelier, dans une terre à quelques euros le sac, peut valoir dix fois plus parce qu'il concentre trois jours de travail et un savoir-faire long à acquérir.

Faut-il payer plus cher ?

Sur ce point, autant être franc : un vase industriel de bonne facture tient l'eau, résiste aux chocs et coûte quinze euros. Il fait le travail. Ce que vous achetez en plus, chez un céramiste, c'est un objet dont personne d'autre ne possède l'exact jumeau, et souvent la possibilité de parler à celui qui l'a fait. Cela a une valeur, mais ce n'est pas une valeur d'usage.

Un conseil pratique pour commencer : les marchés de potiers et les portes ouvertes d'ateliers proposent régulièrement des pièces dites « de second choix », légèrement déformées ou avec un défaut d'émail, à moitié prix. Ce sont les mêmes gestes, la même cuisson, avec un petit accident en prime. C'est souvent la meilleure entrée en matière.

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