Votre maison est-elle déjà espionnée par votre chaudière ? Découvrez pourquoi le contrôle du thermostat est désormais obligatoire !
Non, votre chaudière ne vous espionne pas. Une obligation existe pourtant bien : depuis un décret de juin 2023, les logements doivent être équipés d'un système de régulation automatique de la température, et un simple thermostat programmable y suffit.
Le raccourci entre les deux sujets est trompeur, alors séparons-les. D'un côté, une règle de sobriété énergétique qui ne demande aucun objet connecté. De l'autre, une vraie question de données personnelles, qui concerne les thermostats reliés à internet et à eux seuls. Confondre les deux fait peur pour rien et détourne l'attention du point qui mérite qu'on s'y arrête.
Ce que l'obligation dit exactement
Le texte impose la régulation automatique de la chaleur, pièce par pièce ou par zone, dans les bâtiments résidentiels et tertiaires. Traduction concrète : un dispositif capable de couper ou de moduler le chauffage quand la température de consigne est atteinte, et de suivre un programme horaire. Un thermostat filaire à écran, vendu quelques dizaines d'euros et posé par un chauffagiste, coche la case. Des robinets thermostatiques sur les radiateurs répondent au même objectif de régulation par pièce.
L'échéance dépend de la situation. Une installation de chauffage neuve ou remplacée doit intégrer la régulation dès la pose. Pour le parc existant, la mise en conformité a été programmée à l'horizon 2027, avec des exceptions quand l'installation ne s'y prête pas techniquement ou quand le coût dépasse le gain attendu.
Le volet tertiaire, celui qui a nourri la rumeur
Une seconde réglementation, le décret dit BACS, s'applique aux immeubles de bureaux, aux commerces et aux bâtiments publics. Elle leur impose des systèmes d'automatisation et de contrôle capables de mesurer, d'enregistrer et d'analyser la consommation, avec des seuils de puissance qui abaissent progressivement le périmètre concerné.
C'est là que se trouve le pilotage centralisé, avec relevés et suivi à distance. Dans un logement privé, rien de tel n'est demandé. Les articles qui agitent la surveillance domestique appliquent au particulier une règle écrite pour un centre commercial.
Ce qu'un thermostat connecté sait réellement de vous
Passons à la partie sérieuse. Un thermostat relié à internet enregistre la température de vos pièces heure par heure, vos consignes, vos horaires de chauffe. Beaucoup de modèles y ajoutent un détecteur de présence, l'historique des ouvertures de fenêtre déduites des chutes de température, et la géolocalisation de votre smartphone lorsque la fonction de mise en veille automatique est activée.
Mis bout à bout, cela dessine votre emploi du temps : l'heure du lever, les jours de télétravail, les semaines de vacances. Ce ne sont pas des images ni du son, mais c'est bien une description continue de la présence dans le logement, hébergée sur les serveurs du fabricant.
Le droit applicable n'est pas celui qu'on croit
L'idée selon laquelle la loi de transition énergétique encadrerait l'usage de ces données est fausse. Ce texte porte sur l'énergie, pas sur la vie privée. La protection vient du règlement général sur la protection des données, applicable depuis mai 2018, qui vaut pour tout objet connecté vendu en Europe.
Ce règlement vous donne des droits utilisables : demander la copie des données détenues, exiger leur effacement, refuser leur réutilisation à des fins commerciales. Le fabricant doit répondre sous un mois. En cas de silence, la réclamation se dépose auprès de la CNIL, gratuitement, en ligne. Peu de particuliers le font pour un thermostat, et c'est dommage : ces demandes révèlent l'étendue réelle de la collecte mieux qu'aucune politique de confidentialité.
Choisir un modèle en connaissance de cause
Les grandes marques du secteur ont toutes changé de mains, et cela compte davantage que leur réputation d'origine. Nest appartient à Google, ce qui place vos données de chauffage dans un écosystème publicitaire. Ecobee est passé sous le contrôle du groupe Generac en 2021. Les thermostats Honeywell Home relèvent de Resideo, entité séparée de Honeywell depuis 2018.
Trois critères permettent de trancher sans se perdre dans les fiches techniques : le fonctionnement reste-t-il complet si internet tombe, les données sont-elles hébergées en Europe, et le fabricant s'engage-t-il sur une durée de mise à jour de sécurité. Un thermostat inutilisable hors ligne est un thermostat qui cessera de fonctionner le jour où le service sera arrêté.
Le gain attendu, sans exagérer
Les chiffres avancés dans les publicités méritent d'être lus avec précaution. Une régulation correcte fait économiser de l'ordre de 10 à 15 pour cent sur la consommation de chauffage, mais ce pourcentage dépend entièrement du point de départ. Un logement chauffé en continu à 21 degrés y gagne beaucoup ; un logement déjà programmé, où l'on baisse la nuit et pendant les absences, n'en tirera presque rien.
La règle des degrés reste la plus rentable : chaque degré de moins représente environ 7 pour cent de consommation en moins, et 19 degrés dans les pièces de vie, 17 dans les chambres, correspondent aux valeurs recommandées. Aucun boîtier connecté ne fera mieux que ce réglage, quelle que soit la sophistication de son application.
Le titre de cet article promettait une surveillance et une obligation imminente. La réalité est plus terne : une règle de régulation qui existait déjà en substance dans les logements bien équipés, et un enjeu de données limité à ceux qui choisissent un appareil connecté. Le sujet mérite de l'attention, pas de l'inquiétude.
Résumer cet article avec :
Partager :