Chaussure de sécurité : les normes à respecter

Chaussure de sécurité : les normes à respecter

Sur l’étiquette cousue dans la tige de vos chaussures de travail, tout est écrit : la norme, la catégorie, la résistance à la perforation, l’adhérence. Encore faut-il savoir lire ces six ou sept caractères, parce que c’est le seul endroit où le fabricant s’engage vraiment, et parce que la plupart des descriptions de vente en ligne les recopient de travers.

Commençons par une confusion qui traîne partout, y compris dans les fiches produit de grandes enseignes. Trois normes coexistent et elles ne protègent pas la même chose.

  • EN ISO 20345 : chaussure de sécurité. Embout résistant à un choc de 200 joules, l’équivalent d’une masse de 20 kilos lâchée d’un mètre. C’est la seule des trois qui protège les orteils d’un objet lourd.
  • EN ISO 20346 : chaussure de protection. Embout aussi, mais calibré à 100 joules. Peu répandue en France.
  • EN ISO 20347 : chaussure de travail. Aucun embout. Semelle antidérapante, confort, parfois antistatique. Les catégories s’écrivent alors O1, O2, O3 et non S1, S2, S3.

Les mentions « EN 345 », « EN 346 » et « EN 347 » que l’on voit encore renvoient aux anciennes versions européennes, retirées depuis longtemps au profit des références ISO. Si une fiche produit affiche uniquement « EN 345 », c’est le signe d’un descriptif recopié depuis un catalogue des années 2000, pas nécessairement d’un mauvais produit, mais d’un vendeur qui n’a pas relu.

Décoder la catégorie, de S1 à S7

Toutes les catégories en S relèvent de la même norme, l’EN ISO 20345 : l’embout est présent dans toutes, sans exception. Ce qui change, ce sont les options empilées par-dessus.

  • SB : le socle. Embout seul, rien d’autre. Rare en magasin.
  • S1 : SB plus arrière fermé, antistatique, absorption d’énergie au talon, résistance aux hydrocarbures. Pour l’intérieur sec, entrepôt, atelier de montage, magasin.
  • S1P : S1 plus semelle anti-perforation. Le compromis le plus courant chez ceux qui veulent une basket légère et se déplacent beaucoup.
  • S2 : S1 plus tige résistant à l’eau (le fameux WRU). Extérieur modéré, agroalimentaire, nettoyage.
  • S3 : S2 plus anti-perforation et semelle crantée. Chantier, travaux publics, extérieur.

La révision de 2022 de la norme a ajouté deux catégories, S6 et S7, qui correspondent à une S2 et une S3 avec chaussure entièrement étanche (marquage WR). Elle a aussi introduit une distinction utile sur l’anti-perforation : PL pour une insertion non métallique testée avec un clou de 4,5 millimètres, PS pour un clou de 3 millimètres, plus fin donc plus sévère. Une plaque acier reste testée à 4,5 millimètres.

L’adhérence : le marquage qui a changé

C’est ici que les descriptifs commerciaux se trompent le plus souvent. Les lettres SRA, SRB et SRC ne mesurent pas l’usure ni la solidité, mais l’adhérence, et sur trois protocoles différents : SRA sur carrelage céramique avec eau savonneuse, SRB sur acier avec glycérol, SRC sur les deux. Lire « SRA, faible résistance à l’usure » dans une fiche produit signifie simplement que le rédacteur a inventé.

Depuis la version 2022 de la norme, tous les modèles doivent satisfaire un essai d’adhérence unique, marqué SR. Vous croiserez donc pendant plusieurs années les deux systèmes sur les étals, l’ancien stock en SRC et les nouveautés en SR. Aucun des deux n’est meilleur : c’est la même exigence exprimée autrement.

Les autres sigles qui reviennent : HRO pour une semelle qui supporte un contact à 300 degrés pendant une minute, imposée aux couvreurs travaillant l’asphalte, CI pour l’isolation au froid, HI pour la chaleur, M pour la protection du métatarse, AN pour celle de la cheville.

Paire de chaussures de sécurité montantes posées sur un sol de chantier

Choisir selon le métier, pas selon la vitrine

La catégorie se déduit du sol sur lequel vous passez vos journées, et du type d’objet qui peut tomber.

  • Gros œuvre, travaux publics, extérieur : terrain meuble, eau, gravats, clous. La S3 montante s’impose, ou une bottine S7 si vous travaillez pieds dans l’eau. Le choix de des chaussures adaptées aux chantiers se fait surtout sur la facilité de nettoyage et la tenue de la tige à la boue séchée.
  • Second œuvre : plaquiste, électricien, carreleur, menuisier. Beaucoup de marche, d’escaliers, peu d’eau. Une basket S1P allège la journée, avec une S3 en réserve pour les phases hors d’eau hors d’air. L’électricien vérifie en plus que la semelle est isolante et non simplement antistatique, ce sont deux propriétés opposées.
  • Agroalimentaire et cuisine : sols gras et lavés au jet. Une S2 ou une sabot de cuisine, avec adhérence maximale et tige lavable. L’anti-perforation ne sert à rien, le poids en trop si.
  • Industrie et logistique : station debout prolongée, chariots élévateurs. Une S1P ou S3 selon le sol, avec un amorti sérieux au talon et, si des charges lourdes circulent au sol, une protection métatarsienne M.

Ce contre quoi la chaussure ne protège pas

Les statistiques de l’Assurance maladie risques professionnels le rappellent chaque année : les lésions du pied et de la cheville en entreprise viennent surtout des glissades, des trébuchements et des chutes de plain-pied, loin devant l’objet lourd tombé sur les orteils. L’embout à 200 joules répond au risque spectaculaire, celui qu’on imagine. L’adhérence et le maintien de la cheville répondent au risque fréquent, celui qui remplit les arrêts de travail.

La conséquence pratique est simple. Sur un sol lisse et humide, une paire dont la semelle est arasée reste conforme à la norme, puisque l’embout est intact, et devient dangereuse. Sur un escalier de chantier, une chaussure basse laisse la cheville libre de se tordre, quel que soit le niveau de protection annoncé sur la boîte. Regardez donc l’état de la semelle et la hauteur de tige avant de regarder la catégorie.

Entretenir, ou remplacer deux fois plus souvent

Une chaussure de sécurité passe rarement à la machine : la chaleur décolle la semelle et déforme le contrefort. Le nettoyage tient en trois gestes, brosse sèche pour la boue une fois qu’elle a séché, chiffon humide pour le cuir, séchage à température ambiante et surtout pas sur un radiateur. Retirer les semelles intérieures chaque soir divise par deux le temps de séchage.

Une graisse ou un cirage adapté au cuir tous les quinze jours prolonge la tige de plusieurs mois sur les métiers exposés à l’eau. Les modèles en textile technique, eux, ne se traitent pas : ils s’usent au rythme des lavages et finissent par perdre leur imperméabilité, ce qui les fait basculer en pratique du niveau S3 au niveau S1P sans que rien ne le signale.

Le confort n’est pas un supplément d’âme

L’argument marketing du moment, ce sont les modèles « légers », autour de 500 grammes par pied contre 700 à 900 pour une S3 classique. Le gain se sent, surtout sur les métiers qui montent et descendent d’un échafaudage vingt fois par jour. Mais l’allègement se paie ailleurs : tige plus fine qui s’use plus vite, semelle qui accroche moins la boue, durée de vie souvent réduite d’un tiers.

Sur ce point, le calcul dépend du métier. Une paire à 60 euros remplacée tous les huit mois revient plus cher qu’une paire à 110 euros tenue deux ans, sauf si le confort quotidien vous évite les tendinites. Prévoyez de toute façon deux paires en alternance : une chaussure de sécurité met vingt-quatre heures à sécher intérieurement, et une doublure humide en permanence provoque mycoses et macérations.

La question de la douleur mérite d’être prise au sérieux. Un ongle noir, un orteil qui cogne, une gêne persistante : ce n’est pas un temps d’adaptation, c’est une pointure ou une largeur inadaptée. Les suites d’une fracture d’orteil se soignent d’autant plus mal que l’on continue à enfiler la même chaussure tous les matins. Certains fabricants proposent des largeurs, de 10 à 14, encore trop rarement demandées en magasin.

Quand changer de paire

Il n’existe pas de date de péremption réglementaire, mais quelques signes ne trompent pas : crampons arasés, embout visible sous le cuir, plis marqués sur la tige, semelle décollée au talon, ou simplement une odeur qui ne part plus au lavage. Un embout ayant encaissé un vrai choc doit être remplacé même s’il paraît intact, car sa déformation plastique est irréversible.

Une inspection rapide tous les trois mois suffit, si possible en même temps que celle des autres équipements de protection. Passez la main à l’intérieur pour détecter une bavure d’embout ou une plaque anti-perforation qui commence à percer la doublure : c’est ainsi que se produisent les coupures les plus bêtes, à l’intérieur d’une chaussure censée protéger.

Notez la date d’achat au marqueur sous la languette, l’habitude paraît absurde et fait gagner une discussion par an avec le service achats. Comme pour beaucoup d’équipements normés, du casque au soutien-gorge d’allaitement, la norme garantit un niveau de performance à l’état neuf : c’est l’usure, jamais l’étiquette, qui décide du moment où l’objet cesse de protéger.

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