Crypto-mining : une activité lucrative ou risquée ?
Miner du bitcoin chez soi, en France, avec le tarif réglementé de l'électricité, revient à perdre de l'argent tous les jours. Le calcul se fait en trois lignes, et il ne laisse aucune place au doute. Reste à comprendre pourquoi des dizaines de milliers de machines tournent quand même ailleurs dans le monde.
Le minage consiste à faire chercher à des machines, en force brute, un nombre qui valide un bloc de transactions. Celui qui trouve empoche la récompense et les frais des transactions du bloc. C'est une loterie où l'on achète des tickets en watts, et le nombre de tickets vendus augmente chaque année.
Ce qui a changé depuis 2023
Cet article portait à l'origine sur une récompense de 6,25 bitcoins par bloc. C'était exact jusqu'en avril 2024. Le protocole divise cette récompense par deux tous les 210 000 blocs, soit environ tous les quatre ans, et le halving d'avril 2024 l'a ramenée à 3,125 bitcoins. Le suivant est attendu en 2028, à 1,5625.
Autrement dit, la moitié du revenu d'un mineur a disparu du jour au lendemain, sans que sa facture d'électricité change d'un centime. Chaque halving nettoie le secteur : les opérateurs qui payaient leur courant trop cher s'arrêtent, la difficulté baisse un peu, et les survivants récupèrent leur part. C'est un mécanisme brutal et parfaitement prévisible, inscrit dans le code depuis 2009.
La difficulté, ce mécanisme que les débutants oublient
Le réseau bitcoin s'ajuste tous les 2 016 blocs, à peu près tous les quinze jours, pour maintenir un bloc toutes les dix minutes en moyenne. Si la puissance de calcul mondiale augmente, la difficulté monte d'autant.
La conséquence est celle que personne ne veut entendre : votre revenu par machine baisse mécaniquement au fil des mois, même si le cours du bitcoin ne bouge pas. La puissance totale du réseau se compte aujourd'hui en centaines d'exahashs par seconde, contre quelques dizaines il y a cinq ans. Une machine achetée aujourd'hui gagnera moins dans six mois qu'aujourd'hui, et encore moins dans deux ans, jusqu'au point où elle ne couvre plus son électricité et finit revendue au poids.
Les simulateurs de rentabilité que l'on trouve en ligne affichent presque tous un revenu constant sur un an. C'est faux, et c'est ce qui fait acheter du matériel.
Où le minage reste rentable

Le seuil de rentabilité se situe, selon le matériel, entre 0,04 et 0,06 euro le kilowattheure. Aucun particulier français n'y a accès. Les fermes qui tournent achètent leur courant à la source : hydroélectricité excédentaire au Québec, gaz torché en tête de puits au Texas, géothermie en Islande, surplus éolien nocturne dans les plaines américaines.
S'y ajoute un modèle plus discret, celui du minage comme absorbeur de pointes. Certains opérateurs sont rémunérés par le gestionnaire de réseau pour couper leurs machines en quelques secondes quand la demande grimpe. Le revenu vient alors autant de l'effacement que du bitcoin.
La chaleur produite se récupère aussi. Quelques installations françaises chauffent une piscine municipale ou une serre avec les rejets de leurs machines, ce qui déplace une partie du coût vers un poste utile. L'idée fonctionne, à condition d'avoir un besoin de chaleur toute l'année.
Le cloud mining, presque toujours une mauvaise affaire
Le principe consiste à louer de la puissance de calcul à une société qui possède les machines. Vous ne gérez ni le bruit, ni la chaleur, ni la panne.
Vous ne gérez rien du tout, en réalité, et c'est le problème. Les contrats prévoient une résiliation dès que le revenu passe sous le coût d'exploitation, c'est-à-dire précisément au moment où vous auriez besoin d'attendre la remontée du cours. Le secteur a produit quelques faillites retentissantes et un nombre considérable de sites qui affichaient des rendements garantis avant de fermer. L'Autorité des marchés financiers publie une liste noire des acteurs non enregistrés ; la consulter avant de virer le moindre euro prend deux minutes.
Sur ce point, le calcul ne tient pas : si l'opérateur gagnait vraiment l'argent qu'il vous promet, il minerait pour son compte plutôt que de vous vendre des contrats.
Le coût environnemental, sans exagération ni déni
Le réseau bitcoin consomme, selon l'université de Cambridge qui tient l'estimation de référence depuis 2019, l'équivalent de la consommation électrique annuelle d'un pays comme les Pays-Bas ou la Pologne, avec une fourchette large parce que l'emplacement réel des machines est difficile à tracer.
La part d'énergie décarbonée dans ce total progresse, portée par l'hydraulique et le gaz autrement brûlé sans usage. Elle reste discutée, les chiffres publiés par le secteur étant plus flatteurs que ceux des chercheurs indépendants. Il faut aussi compter les 30 000 à 40 000 tonnes annuelles de déchets électroniques que produit le renouvellement des machines, dont la durée de vie utile dépasse rarement quatre ans.
Reste une raison honnête de miner à petite échelle : comprendre le fonctionnement du réseau de l'intérieur. Un petit appareil USB de quelques watts, branché sur un ordinateur, ne rapportera jamais rien, mais il montre concrètement ce qu'est un partage de récompense en pool et une difficulté qui s'ajuste. À ce titre, c'est de la formation, pas un investissement, et le budget se juge autrement.
Le minage récompense ceux qui ont accès à l'énergie la moins chère du monde. Tous les autres subventionnent le réseau.
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