La pétanque activité préférée des Français à l’honneur sur Google

La pétanque mise à l'honneur par Google

Le 31 juillet 2022, Google a remplacé son logo par un mini-jeu de pétanque jouable directement dans le navigateur, à l'occasion des 77 ans de la Fédération française de pétanque et jeu provençal. L'occasion de vérifier ce que le Doodle a gardé des vraies règles, et ce qu'il a discrètement mis de côté.

Le principe du Doodle tenait en un clic : viser, doser, faire rouler ses boules au plus près du but, seul contre la machine ou en défiant un ami par lien partagé. Amusant, fidèle sur le principal, et très économe sur tout ce qui fait la difficulté du jeu réel.

Il est resté en ligne deux jours, dans dix-sept pays : Allemagne, Autriche, Cambodge, Espagne, États-Unis, France, Irlande, Islande, Israël, Italie, Lituanie, Portugal, Royaume-Uni, Singapour, Suisse, Taïwan et Thaïlande. Une diffusion large pour un jeu que beaucoup, hors de France, découvraient à cette occasion.

Mini jeu de petanque affiche a la place du logo Google
Google célèbre la Pétanque

Ce que le mini-jeu simplifie

Sur un écran, le terrain est plat, régulier, sans caillou. Sur un vrai boulodrome, la surface fait la moitié du jeu : une plaque de terre battue tassée renvoie la boule, du gravier gros la freine, une racine ou un creux dévie une trajectoire parfaite. Les joueurs passent d'ailleurs un temps considérable à lire le sol avant de lancer, ce qu'aucune version numérique ne restitue.

Le Doodle escamote aussi le geste. Il faut jouer pieds joints à l'intérieur d'un cercle de 35 à 50 centimètres de diamètre, sans le quitter avant que la boule ne touche le sol. C'est cette contrainte, et elle seule, qui distingue la pétanque du jeu provençal, où l'on prend trois pas d'élan.

L'origine du jeu : une date et un lieu précis

La pétanque moderne naît en 1907 à La Ciotat, dans les Bouches-du-Rhône. On jouait alors au jeu provençal, avec sa course d'élan avant le lancer. Un joueur du nom de Jules Lenoir, perclus de rhumatismes, ne pouvait plus courir. Ernest Pitiot, qui tenait un café avec son frère, propose une partie sur un terrain raccourci, tout le monde pieds plantés dans un cercle. La formule se répand dans la région en quelques années, puis dans tout le pays.

Le nom vient du provençal « pèd tanca », les pieds plantés, ou pieds tanqués. Vous lirez parfois qu'il signifie « marcher en tapant du pied », ou qu'il dériverait de l'italien « pietanza ». Ces deux explications circulent sur le web et ne reposent sur rien : l'étymologie provençale est documentée et elle décrit exactement le geste imposé par les règles.

Le geste de lancer une pierre vers une cible est évidemment plus ancien que ça. Les Grecs puis les Romains pratiquaient des jeux de lancer, et le Moyen Âge français connaissait la boule lyonnaise. Mais la pétanque au sens strict, celle du cercle et des pieds joints, a un acte de naissance.

Le matériel, dans les clous du règlement

Une boule de compétition mesure entre 70,5 et 80 millimètres de diamètre et pèse entre 650 et 800 grammes. Elle doit porter gravés son poids et le nom du fabricant, et provenir d'un fabricant agréé. Les boules dites de loisir, vendues en grande surface par jeu de six, ne répondent pas à ces critères : elles conviennent parfaitement pour jouer au camping, jamais pour un concours officiel.

Le but, ce que tout le monde appelle le cochonnet, mesure 30 millimètres et se lance à une distance comprise entre 6 et 10 mètres du cercle. Le terrain de championnat est tracé sur 15 mètres de long et 4 mètres de large.

Les règles que le Doodle ne montre pas

La partie se joue en 13 points. Le nombre de boules par joueur dépend de la formule : trois en tête-à-tête et en doublette, deux seulement en triplette. Beaucoup d'articles annoncent trois boules pour tout le monde, ce qui fausse complètement le calcul d'une mène à six joueurs.

Le déroulement d'une mène tient en une phrase souvent mal comprise : c'est toujours l'équipe qui n'a pas le point qui joue. Elle continue tant qu'elle n'a pas repris l'avantage, ou jusqu'à épuisement de ses boules. À la fin, l'équipe la mieux placée marque autant de points qu'elle a de boules mieux placées que la meilleure boule adverse.

Le cercle se trace là où la boule la plus proche s'est arrêtée à la mène précédente, et c'est l'équipe qui vient de marquer qui relance le but. Un but envoyé hors des limites ou à moins de 6 mètres est nul, et la main passe à l'adversaire après trois tentatives ratées.

Une coutume, enfin, qui n'est pas dans le règlement : quand une équipe atteint 13 points alors que l'adversaire n'a pas quitté le zéro, on parle de fanny, et le perdant paie l'apéritif. Le rituel varie d'un club à l'autre, l'amende est la même partout.

Mesurer, contester, trancher

La question qui revient dans toutes les parties : quelle boule est la plus près. À l'oeil, l'écart se voit jusqu'à deux ou trois centimètres, au-delà il faut mesurer. Le mètre ruban tranche la plupart des cas, le double décimètre les serrés, et les joueurs de club sortent parfois un compas ou une jauge de précision pour les millimètres.

Une règle simple évite les disputes : celui qui mesure ne doit pas déplacer les boules, et si l'une bouge pendant la mesure, le point revient à l'adversaire. En cas de désaccord persistant sans arbitre, l'usage veut qu'on rejoue la mène plutôt que de laisser l'affaire pourrir la partie.

Le terrain, lui, se prête à tout. Une allée de gravier tassée, une place de village sous les platanes, le sable dur d'une plage à marée basse, un boulodrome couvert de club. Ce qu'il faut éviter : l'herbe, qui freine de façon imprévisible, et le béton, où la boule ne s'arrête plus. Un carré de dix mètres sur trois suffit pour jouer sérieusement entre amis.

Pétanque, jeu provençal, boule lyonnaise

Trois disciplines cohabitent en France et se confondent souvent dans le langage courant. Le jeu provençal, ou longue, se joue sur 15 à 20 mètres avec élan avant le tir, ce qui en fait un exercice bien plus athlétique. La boule lyonnaise, plus ancienne, utilise des boules plus grosses et un terrain long, avec des règles de déplacement propres. La pétanque, née de la première, se distingue par son cercle et ses pieds joints.

La fédération qui a inspiré le Doodle porte les deux premières dans son nom, ce qui rappelle leur parenté. Dans les faits, la pétanque a largement pris le dessus en nombre de pratiquants, y compris dans le Sud-Est où le jeu provençal garde ses fidèles.

Pointer, tirer : les deux gestes du jeu

On lit souvent qu'il existerait un « tir droit », un « tir en arc » et un « tir à plat ». Ce vocabulaire n'est pas celui des joueurs. La pétanque se partage en deux familles de gestes, et un joueur se définit par celui qu'il maîtrise.

Pointer

Poser sa boule le plus près possible du but. Trois façons de faire, selon la distance et l'état du sol :

  • la roulette, boule lâchée au ras du sol dès la sortie du cercle, réservée aux terrains lisses et réguliers ;
  • la demi-portée, qui fait atterrir la boule à mi-chemin puis la laisse rouler, le geste le plus polyvalent et celui qu'on apprend en premier ;
  • la portée, boule lancée haut qui retombe presque à la verticale près du but, la seule solution quand le terrain est encombré ou bosselé.

Tirer

Chasser une boule adverse. Le tir au fer consiste à toucher la boule visée en plein, sans qu'elle touche le sol avant, ce qui laisse souvent la sienne à la place de celle qu'on a sortie. Le tir à la rafle, lui, fait rouler la boule sur le sol jusqu'à la cible : moins spectaculaire, plus sûr sur terrain régulier, mais risqué dès qu'il y a des obstacles.

Une équipe de triplette s'organise autour de ces rôles : un pointeur qui ouvre la mène, un milieu qui fait les deux, un tireur qui intervient quand la situation se dégrade. C'est là que la pétanque devient un jeu tactique, avec des choix qui se discutent longuement autour du cercle.

Illustration de la petanque avec boules et cochonnet

Les activités de plein air que les Français citent le plus

Les classements de loisirs estivaux publiés ces dernières années placent régulièrement la pétanque sur le podium, dans un peloton qui varie peu :

  1. le vélo
  2. la natation
  3. la pétanque
  4. les raquettes de plage
  5. le mini-golf
  6. le Mölkky
  7. le canoë et le kayak
  8. le tennis de table
  9. le football
  10. l'équitation

Ce qui explique la place de la pétanque dans ce type de liste, c'est moins l'engouement sportif que l'absence de barrière : pas d'inscription, pas d'horaire, pas de niveau minimum, et un enfant de huit ans peut battre un adulte sur une mène.

Progresser sans y passer ses week-ends

Trois exercices suffisent à faire décoller un débutant. Le premier : poser dix boules d'affilée à sept mètres en visant un cercle d'un mètre tracé au sol, sans chercher le but. Ce qui compte est la régularité du geste, pas la réussite. Le deuxième : travailler le point de chute en demi-portée, en marquant physiquement l'endroit où la boule doit toucher terre, à peu près à mi-distance. Le troisième : tirer sur une boule isolée, vingt fois, en acceptant de tout rater pendant les premières séances.

Le défaut le plus commun chez le joueur occasionnel tient au poignet. La boule se lâche paume vers le sol, avec un léger effet rétro qui la freine à l'arrivée. Lancée paume vers le ciel, elle roule beaucoup trop loin, et aucun dosage ne rattrape ça. Deuxième défaut : regarder sa boule partir au lieu de fixer le point de chute jusqu'au bout du geste.

Rejoindre un club coûte entre trente et cinquante euros de licence par an selon les départements et donne accès aux concours officiels. Beaucoup de sociétés de boules organisent aussi des concours ouverts en soirée l'été, où l'on s'inscrit sur place pour quelques euros et où le niveau reste accessible.

Un sport de club derrière le loisir de plage

La pétanque figure régulièrement en tête des activités de plein air citées par les Français, aux côtés du vélo, de la natation et des raquettes de plage. Cette popularité de vacances masque un versant compétitif solide : licenciés, championnats départementaux, nationaux et internationaux, et des rendez-vous suivis comme le Mondial la Marseillaise à pétanque, qui rassemble chaque été plusieurs milliers d'équipes à Marseille.

Le Doodle de juillet 2022 aura eu ce mérite : montrer à des joueurs de plusieurs continents qu'un jeu de village français tient debout comme jeu tout court. Pour la suite, il reste à sortir sur un terrain, où le sol ne rebondit jamais comme à l'écran, et où l'on retrouve vite les limites de sa main.

Voir la video sur YouTube

Résumer cet article avec :

Partager :