Le marché des cryptomonnaies et la dynamique du bitcoin
Quand le bitcoin recule, le reste du marché recule avec lui. Sa part de la capitalisation totale, environ 40 % au début de 2023, raconte mieux la mécanique des cycles crypto que n'importe quel cours affiché en direct.
C'est le fil que suit cet article: plutôt que d'aligner des prix qui auront changé demain, regarder ce que pèse le bitcoin par rapport aux autres jetons, et ce que ce rapport de force dit du comportement des investisseurs entre 2021 et 2023. Un lecteur qui comprend cette mesure lit les phases de marché beaucoup plus vite qu'un lecteur qui rafraîchit un graphique toutes les dix minutes.
La dominance, ce chiffre qu'on regarde avant les cours
La dominance du bitcoin se calcule simplement: on divise sa capitalisation par la capitalisation de l'ensemble des cryptomonnaies. Elle a valu plus de 90 % au milieu des années 2010, quand il n'existait presque rien d'autre. Elle est tombée sous les 40 % pendant la vague d'euphorie de 2021, puis est remontée en 2022 et 2023 à mesure que les projets les plus fragiles disparaissaient.
Cette remontée n'est pas un signe de bonne santé du marché. Elle traduit surtout une fuite vers ce qui paraît le moins risqué. Quand la dominance grimpe pendant que la capitalisation totale baisse, cela veut dire que les capitaux quittent les petits jetons sans quitter le secteur. C'est exactement ce qu'on a observé après la chute de mai 2022 et l'effondrement de l'écosystème Terra.
2021 et 2022, deux années qui expliquent tout le reste
Le bitcoin a inscrit son record historique en novembre 2021, au-dessus de 68 000 dollars. Les mois suivants ont dessiné une longue pente descendante: environ 45 000 dollars au début d'avril 2022, sous les 30 000 dollars après l'effondrement de Terra en mai, puis un plancher de cycle proche de 15 500 dollars le 21 novembre 2022, dans les jours qui ont suivi la faillite de la plateforme FTX.
Cette séquence a effacé des dizaines de milliards de dollars en quelques séances, et elle n'a épargné aucun actif du secteur. Ethereum, deuxième capitalisation du marché, avait touché près de 4 800 dollars en novembre 2021 avant de retomber sous 1 000 dollars en juin 2022. Les jetons plus petits ont perdu 90 % et davantage, sans jamais retrouver leur niveau d'avant.
Le détail que les articles de l'époque passaient sous silence: la baisse n'a pas été proportionnelle. Le bitcoin a divisé sa valeur par quatre entre son sommet et son creux. Beaucoup d'altcoins l'ont divisée par dix ou vingt. Cet écart est la donnée réelle, et il se répète à chaque cycle depuis 2014.

Ce que les institutionnels ont changé, et ce qu'ils n'ont pas changé
L'arrivée de fonds, de trésoreries d'entreprise et de banques dans le secteur a eu un effet mesurable: le bitcoin se comporte depuis 2020 comme un actif à risque classique. Il monte quand les marchés actions montent, il chute quand les taux directeurs américains grimpent. La promesse d'une valeur refuge décorrélée du système financier n'a pas résisté au premier vrai resserrement monétaire.
Les plateformes d'échange ont suivi le même mouvement de professionnalisation, avec des interfaces plus simples et une offre élargie. Coinbase, Binance, Kraken et Bitfinex concentrent la plus grande part des volumes en dehors de la Chine. Elles proposent presque toutes du levier, c'est-à-dire la possibilité de prendre une position supérieure à son capital. C'est le mécanisme qui transforme une correction ordinaire en cascade de liquidations, et il explique pourquoi certaines baisses de 10 % se creusent à 25 % en quelques heures.
Autour du marché des jetons s'est développé un écosystème de produits dérivés et d'objets numériques, des NFT aux jeux mobiles adossés à une cryptomonnaie. Le volume de ces marchés annexes a fondu après 2022, ce qui rappelle qu'ils dépendaient du même flux de capitaux spéculatifs.
Régulation et énergie, les deux dossiers de fond
Le règlement européen MiCA, adopté par le Parlement européen en avril 2023, impose un agrément aux prestataires de services sur actifs numériques et encadre les stablecoins. En France, l'Autorité des marchés financiers tient depuis 2019 un registre des prestataires enregistrés, et la loi de 2023 a durci les conditions d'obtention. Un investisseur peut vérifier en quelques secondes si la plateforme qu'il utilise figure sur cette liste. Peu le font.
La consommation électrique du minage reste l'autre point dur. Le réseau bitcoin fonctionne par preuve de travail, un mécanisme qui consomme volontairement de l'énergie pour sécuriser les transactions, et sa consommation annuelle se compte en dizaines de térawattheures. Ethereum a choisi une autre voie en septembre 2022 avec le passage à la preuve d'enjeu, qui a réduit sa consommation de plus de 99 %. Le bitcoin n'a pas prévu de suivre: le débat qui l'entoure porte sur l'origine de l'électricité employée, pas sur le mécanisme lui-même.
Comment lire le marché sans se raconter d'histoires
Trois repères suffisent pour se situer. La capitalisation totale dit la taille du secteur. La dominance du bitcoin dit où va l'argent à l'intérieur. Le volume échangé dit si un mouvement de prix est soutenu ou s'il tient à quelques ordres sur un carnet vide.
Sur le fond, une opinion assumée: la volatilité de cet actif n'est pas un défaut de jeunesse qui s'estomperait avec le temps. Elle vient de l'absence de flux financier sous-jacent. Une action verse des dividendes, une obligation un coupon, un logement un loyer. Un bitcoin ne produit rien; son prix est seulement ce que le prochain acheteur accepte de payer. C'est la raison pour laquelle les variations de 20 % en un mois y sont ordinaires, et pour laquelle l'ordre de grandeur qu'on y engage devrait rester celui d'une somme qu'on peut perdre entièrement.
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