Bitcoin vs Altcoins : Quel est le meilleur investissement ?
Acheter un altcoin, ce n'est pas diversifier son portefeuille crypto: c'est reprendre le pari du bitcoin avec un effet d'amplification qui joue dans les deux sens.
La question posée par le titre attend une réponse tranchée, alors elle n'en a pas. Bitcoin et altcoins ne sont pas deux placements concurrents qu'on départagerait sur le rendement: ce sont deux niveaux de risque sur un même actif sous-jacent, le sentiment du marché crypto. Comprendre ce lien vaut mieux que comparer des performances passées, et c'est ce qu'on va faire ici.
Un altcoin, ça désigne tout et rien
Le mot regroupe les milliers de jetons apparus après le bitcoin et la dynamique du marché qu'ils composent. Sous cette étiquette unique cohabitent des choses qui n'ont presque rien en commun.
Ethereum fait tourner un écosystème d'applications décentralisées et de contrats automatiques depuis 2015. Un stablecoin comme l'USDC cherche à valoir un dollar, ni plus ni moins. Le BNB sert d'abord à payer des frais réduits sur une plateforme d'échange. Et une bonne moitié des jetons cotés ne fait rien du tout: pas d'utilisateurs, pas de revenus, pas de développeurs actifs depuis des mois.
Ranger ces quatre objets dans la même case et se demander lequel bat le bitcoin n'a pas beaucoup de sens. La bonne question est plutôt: qu'est-ce qui, dans ce jeton, ferait monter son prix autrement que par l'arrivée d'un acheteur suivant?
Ce que le bitcoin a de plus, concrètement
Sa blockchain fonctionne sans interruption significative depuis janvier 2009. Elle repose sur la preuve de travail: chaque bloc coûte de l'électricité à produire, ce qui rend une réécriture de l'historique économiquement absurde. Le protocole n'a jamais été piraté. Les pertes des investisseurs sont venues d'ailleurs, des plateformes qui gardaient leurs fonds, de Mt. Gox en 2014 à FTX en novembre 2022.
Le bitcoin a aussi une règle d'émission écrite et respectée: 21 millions d'unités au total, avec un halving qui divise par deux la production tous les quatre ans environ. C'est la seule chose comparable à une politique monétaire dans cet univers, et c'est la raison principale pour laquelle il conserve la moitié environ de la capitalisation du secteur.
La liquidité compte tout autant. On revend un bitcoin pour cent mille euros sans déplacer le cours. Sur un jeton de rang 300, un ordre de vente de quelques dizaines de milliers d'euros suffit parfois à faire chuter le prix de 15 %. Cette différence ne se voit jamais sur un graphique de performance, et elle décide pourtant du résultat le jour où l'on veut sortir.

Pourquoi les altcoins montent plus vite et tombent plus bas
Le mécanisme est bête et se répète depuis 2017. Quand les capitaux affluent, ils entrent d'abord par le bitcoin, plus accessible et mieux connu. Une partie se déplace ensuite vers Ethereum, puis vers des jetons plus petits, où la même somme d'argent fait bouger un prix beaucoup plus légèrement capitalisé. D'où des multiples spectaculaires en quelques semaines.
Le reflux emprunte le chemin inverse, en plus brutal. Entre novembre 2021 et novembre 2022, le bitcoin a perdu environ 77 %. Beaucoup d'altcoins ont perdu plus de 95 %, et l'écosystème Terra a été rayé de la carte en une semaine en mai 2022, emportant des milliards de dollars et un stablecoin qui promettait justement la stabilité.
Retenir la règle de trois: en marché haussier, un altcoin amplifie le bitcoin. En marché baissier aussi. Ce n'est pas une diversification, c'est une position à levier sans appel de marge.
Ne pas confondre le jeton, la plateforme et le portefeuille
Beaucoup d'articles mélangent trois objets qui n'ont pas la même fonction, et l'erreur coûte cher.
Le jeton est l'actif. La plateforme d'échange, Binance, Kraken, Coinbase ou eToro, est l'intermédiaire chez qui on achète; elle détient les clés tant qu'on n'a pas retiré ses fonds. Le portefeuille, qu'il s'agisse d'une application comme Zengo ou d'un boîtier physique comme un Ledger, sert à conserver ces clés soi-même. Acheter du BNB parce qu'on trouve Binance pratique revient à acheter des actions d'un courtier parce que son site est agréable: ce sont deux décisions distinctes.
Côté choix d'intermédiaire, un critère prime en France: l'enregistrement au registre des prestataires de services sur actifs numériques tenu par l'Autorité des marchés financiers. La liste est publique et consultable en ligne. Ce genre d'arbitrage entre promesse affichée et contraintes réelles n'a rien de propre à la crypto: on le retrouve dans le débat sur les avantages et les limites de la voiture électrique en France, où les arguments commerciaux devancent souvent les chiffres d'usage.
Trois questions avant d'acheter un jeton
Qui l'utilise, et pour quoi faire? Un projet dont l'activité se résume à des annonces sur les réseaux sociaux n'a pas d'utilisateurs, il a une audience. Les explorateurs de blockchain donnent gratuitement le nombre d'adresses actives et de transactions quotidiennes: deux minutes de vérification écartent une bonne partie des dossiers vides.
Combien de jetons existent, et qui les détient? Un jeton dont 60 % de l'offre appartient à l'équipe fondatrice et à ses investisseurs de la première heure a un vendeur naturel au-dessus de la tête dès que le calendrier de déblocage arrive à terme. Cette information figure dans la documentation du projet, quand elle existe.
Enfin: qu'est-ce qui se passe si le cours stagne deux ans? Un projet financé par ses revenus continue de fonctionner. Un projet financé par la vente de son propre jeton s'arrête. La plupart des disparitions de 2022 relèvent de ce second cas, et rien dans le cours ne le laissait deviner six mois plus tôt.
La réponse honnête à la question du titre
Il n'y a pas de meilleur investissement entre les deux, parce que la comparaison porte sur des objets de nature différente. Le bitcoin est le pari le plus lisible du secteur, avec un historique de quinze ans et une règle d'émission connue. Les altcoins sont des paris sur des projets précis, dont la quasi-totalité disparaîtra: sur les mille premiers jetons de 2017, très peu existent encore avec un cours significatif.
Un dernier point que peu de comparatifs mentionnent: en France, les plus-values sur actifs numériques réalisées par un particulier sont imposées au prélèvement forfaitaire de 30 %, et chaque cession dépassant 305 euros par an doit être déclarée. Passer d'un jeton à un autre déclenche l'imposition dès qu'il y a conversion en euros. Le trader qui multiplie les allers-retours pour capter la hausse des altcoins découvre parfois sa facture fiscale après avoir tout reperdu.
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