Pourquoi la crypto monnaie chute aujourd'hui ?

La chute des cryptomonnaies de 2022 n'a pas eu pour cause un défaut technique du bitcoin ni une panne de blockchain : elle vient des taux d'intérêt et de l'argent devenu cher. Comprendre ce mécanisme évite de chercher un coupable là où il n'est pas.

Entre novembre 2021 et juin 2022, la capitalisation totale du marché est passée d'environ 3 000 milliards de dollars à un peu moins de 1 000 milliards. Le bitcoin est repassé sous les 20 000 dollars, l'ether sous les 1 000 dollars. Beaucoup de particuliers entrés fin 2021 se sont retrouvés avec un portefeuille amputé de moitié. Leur question est la même : pourquoi maintenant, alors que rien n'avait changé dans le fonctionnement de ces monnaies ?

Quand l'argent redevient cher, les actifs sans rendement décrochent

La cause principale se lit dans les décisions des banques centrales. Face à une inflation supérieure à 8 % aux Etats-Unis au printemps 2022, la Réserve fédérale a relevé son taux directeur dès mars, puis accéléré avec des hausses de 0,5 puis 0,75 point. La Banque centrale européenne a suivi en juillet 2022, 0,5 point, sa première hausse depuis onze ans. L'ordre compte : c'est la Fed qui a ouvert le bal, pas la BCE.

Ce que ça change pour la crypto tient en une phrase. Pendant dix ans, l'argent bon marché finissait dans les actifs les plus spéculatifs. Or un bitcoin ne verse pas de coupon et ne produit aucun loyer : sa valeur repose entièrement sur ce que le prochain acheteur acceptera de payer. Dès qu'une obligation d'Etat rapporte à nouveau 3 ou 4 % sans risque, l'arbitrage devient défavorable et les capitaux repartent.

Trois faillites en chaîne au printemps 2022

Graphique boursier orienté à la baisse avec une pièce de monnaie virtuelle

La macroéconomie a fourni le terrain, l'effet domino a fait le reste. En mai 2022, le stablecoin TerraUSD et son jeton jumeau LUNA se sont effondrés en quelques jours, effaçant une quarantaine de milliards de dollars. Les fonds exposés à cet écosystème ont sauté à leur tour. Un mois plus tard, la plateforme de prêt Celsius Network suspendait tous les retraits de ses clients avant de se déclarer en faillite en juillet. Coinbase, de son côté, a annoncé en juin 2022 la suppression de 18 % de ses effectifs.

Le point commun de ces acteurs : ils prêtaient les dépôts de leurs clients pour servir des rendements de 8 à 18 % par an. Tant que les cours montaient, le modèle tenait. Dès que les prix ont reculé, les positions ont été liquidées de force, et chaque liquidation a poussé les cours plus bas. Une crise de liquidité classique, dans un secteur privé de prêteur en dernier ressort.

Panique des nouveaux entrants, patience des anciens

Les comportements ont divergé selon l'ancienneté. Ceux qui avaient acheté après octobre 2021 ont vendu dans la baisse et transformé une perte latente en perte définitive. Les détenteurs présents depuis 2017 avaient déjà vécu deux épisodes comparables : un recul de plus de 80 % en 2014, un autre de la même ampleur entre fin 2017 et fin 2018.

Les cycles violents font partie du fonctionnement normal de ce marché depuis sa création, ce qui n'en fait pas pour autant un placement raisonnable pour de l'épargne dont on a besoin.

Que faire quand on est déjà dans le rouge

La réponse honnête tient en deux temps. Une position en perte ne devient une perte réelle qu'à la vente : si l'argent immobilisé n'est pas nécessaire dans les mois à venir, attendre reste défendable. Mais cette patience n'a de sens que si l'on croit encore à ce que l'on détient. Conserver un jeton obscur parce que le vendre ferait mal relève du refus de trancher.

Trois règles simples limitent les dégâts pour la suite :

  • ne jamais engager une somme dont on a besoin à moins de cinq ans, ni de l'argent emprunté ;
  • retirer ses jetons des plateformes qui promettent un rendement, ou accepter d'en perdre le contrôle en cas de faillite ;
  • garder une trace écrite de chaque achat et de chaque vente, l'administration fiscale française taxant les plus-values sur actifs numériques à 30 % au-delà de 305 euros de cessions annuelles.

Bitcoin ou altcoins : la baisse ne frappe pas de la même façon

Dans une phase de repli, les jetons les moins liquides baissent plus fort et remontent moins vite. Le bitcoin a reculé d'environ 70 % entre novembre 2021 et juin 2022, quand une bonne partie des petites capitalisations perdaient 90 % ou disparaissaient purement et simplement. Le choix entre bitcoin et altcoins comme support d'investissement se joue précisément là, dans la capacité à encaisser un cycle complet sans être effacé.

Sur la fin 2022, l'ether est remonté autour de 1 200 dollars, sans revenir près de ses sommets. Personne ne sait dire quand le cycle suivant s'enclenchera, et se méfier de quiconque prétend le contraire fait partie des réflexes utiles ici.

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