Partir en Croisière Ponant : Une Expédition Maritime Inoubliable
Une expédition polaire chez Ponant se compte en cinq chiffres par personne, et c’est le premier chiffre à connaître avant tout le reste. Ce que cette somme achète, à qui elle s’adresse et ce qu’elle n’achète pas mérite un examen honnête.
Les pages consacrées à la compagnie répètent volontiers la formule « service à petit prix ». Elle est fausse. Ponant se positionne sur le haut de gamme depuis sa création et n’a jamais prétendu le contraire. Le sujet n’est donc pas de savoir si c’est cher, mais de comprendre ce que recouvre un tarif d’expédition et pourquoi il n’a rien à voir avec celui d’une croisière de masse.
Une compagnie française née chez des officiers de marine marchande
Ponant a été fondée en 1988 par un groupe d’officiers issus de la marine marchande, avec un premier navire à voiles, un trois-mâts d’une trentaine de passagers. Le siège est à Marseille. Depuis 2015, la compagnie appartient au groupe Artémis, holding de la famille Pinault, ce qui a financé le renouvellement complet de la flotte au cours de la décennie suivante.
Trente-cinq ans après sa création, le trait distinctif reste le même : des navires petits. Les unités de la série des Explorers embarquent moins de deux cents passagers, les précédentes un peu plus de deux cent cinquante. À comparer aux quatre mille et plus des paquebots de la Caraïbe. Cette taille conditionne tout le reste, à commencer par les endroits où le bateau peut entrer.
Ce que le tarif comprend, et ce qu’il ne comprend pas
Sur une expédition, le prix affiché englobe la cabine, la pension complète, les boissons courantes, les sorties en zodiac, les conférences des naturalistes embarqués et la mise à disposition d’équipement comme la parka et les bottes pour les zones polaires. C’est ce périmètre qui explique une partie de l’écart avec une croisière classique, où excursions et boissons se facturent à part et gonflent la note finale de plusieurs centaines d’euros.
Restent en dehors : les vols internationaux, souvent lointains puisqu’il faut rejoindre Ushuaia, Longyearbyen ou Nouméa, l’assurance annulation, les soins du spa et les excursions optionnelles à terre. Sur un départ pour l’Antarctique, le seul acheminement représente couramment un cinquième du budget total.

Comparer sérieusement suppose de mettre côte à côte des prestations équivalentes. Une semaine chez un opérateur généraliste et douze jours d’expédition polaire ne se rangent pas dans la même colonne, même si les deux portent le mot croisière. Les catalogues de destinations proposées par Costa Croisières et les palmarès des bateaux de croisière les plus luxueux décrivent deux marchés distincts, avec des logiques de prix opposées.
L’Antarctique : la traversée qu’on oublie de mentionner
Depuis Ushuaia, atteindre la péninsule antarctique impose de franchir le passage de Drake, environ quarante-huit heures de mer entre le cap Horn et les îles Shetland du Sud. C’est l’un des plans d’eau les plus agités de la planète, et il figure rarement sur les brochures. Une partie des passagers y passe deux jours allongés. Prévoir un traitement contre le mal de mer avant l’embarquement n’a rien d’excessif. Quelques itinéraires proposent de franchir le Drake en avion depuis Punta Arenas, avec embarquement direct sur la péninsule : la formule fait gagner quatre jours de mer et coûte plus cher.
Sur place, la réglementation encadre les débarquements. L’IAATO, l’association qui regroupe les opérateurs de tourisme en Antarctique, limite à cent le nombre de visiteurs présents simultanément sur un même site, impose des distances d’approche des animaux et interdit tout débarquement aux navires transportant plus de cinq cents passagers. Une unité de moins de deux cents personnes peut donc descendre à terre en une ou deux rotations, là où un grand paquebot se contente de longer la côte.
Ce qui s’observe : phoques de Weddell et léopards de mer sur la banquise, baleines à bosse en fin de saison, colonies de manchots papous et Adélie qui se comptent en dizaines de milliers d’individus. Les naturalistes embarqués donnent des conférences quotidiennes, et c’est l’une des différences les plus nettes avec une croisière de loisir.
Jean-Baptiste Charcot, une mise au point
Le nom revient souvent, avec une erreur récurrente : Charcot n’était pas un capitaine de marine. Médecin de formation, fils du neurologue Jean-Martin Charcot, il s’est tourné vers l’exploration polaire au début du XXe siècle et a mené deux expéditions antarctiques, à bord du Français puis du Pourquoi Pas ?. Il a disparu en 1936 dans le naufrage de ce dernier au large de l’Islande. La compagnie a donné son nom à son brise-glace, ce qui explique la confusion.
Les autres terrains de jeu de la flotte
L’Antarctique concentre l’attention, mais il représente une fraction des itinéraires. La compagnie navigue en Méditerranée au printemps et à l’automne, dans les Caraïbes en hiver, en mer Baltique et sur les côtes norvégiennes l’été, et dans le Pacifique Sud le reste de l’année. Les formats sont courts, souvent huit à douze jours, avec des escales dans de petits ports.
Pour qui cherche autre chose, les alternatives ne manquent pas et coûtent moins : une croisière fluviale sur le Danube à travers l’Europe offre un rythme lent sans traversée hauturière, et un séjour construit autour d’une seule ville, qu’il s’agisse de bons plans pour un voyage à New York ou de la meilleure période pour visiter Dubaï, répond à d’autres envies. Le choix de la saison compte autant que celui de la destination, comme le montre la question de la meilleure saison pour partir aux Canaries. Un voyage avec ponant se choisit sur le même principe : la fenêtre climatique dicte l’itinéraire, pas l’inverse.
À qui cela s’adresse vraiment
Le passager type a plus de cinquante ans, voyage en couple, a déjà beaucoup voyagé et cherche un accès plutôt qu’un confort. Les enfants sont rares à bord des expéditions polaires, et les navires ne proposent pas de club enfants. Une personne seule paie un supplément cabine individuelle, ce qui alourdit sensiblement la facture : c’est le point noir de ce segment pour qui envisage de partir seul en voyage.
Pour un voyage de noces, le calcul se pose autrement : le budget d’une expédition polaire couvrirait trois semaines dans la plupart des destinations classiques de lune de miel. Le choix se défend si l’attrait tient précisément à la banquise et aux manchots, beaucoup moins si l’on cherche du repos et du soleil. Avant de réserver, il vaut mieux avoir lu ce qui distingue une croisière Ponant des autres offres, comparé deux ou trois départs sur la même zone et regardé comment arrêter sa destination de voyage en fonction de la saison. Le reste, y compris la question de la tenue à bord, se règle une fois la réservation faite.
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