Une croisière inoubliable en Antarctique
Une croisière en Antarctique se décide sur trois chiffres : deux jours de mer dans le passage de Drake à l'aller, autant au retour, une saison qui se limite à novembre et mars, et un budget qui commence rarement sous 7 000 euros par personne. Le reste, la beauté du décor, vient après ces contraintes.
Le continent blanc n'est pas une destination qu'on ajoute à un itinéraire. C'est un voyage qui se construit autour d'un point de départ unique ou presque, Ushuaia, à l'extrême sud de l'Argentine, et d'une fenêtre météo étroite. Beaucoup de récits publiés en ligne racontent l'émerveillement et passent sous silence les quarante-huit heures de roulis qui le précèdent. Autant commencer par là.
Le passage de Drake, la vraie porte d'entrée
Entre le cap Horn et la pointe de la péninsule Antarctique s'étendent environ 1 000 kilomètres d'océan sans aucune terre pour freiner la houle. Le courant circumpolaire y tourne sans obstacle autour du globe, ce qui explique la réputation de ce bras de mer. Deux journées de navigation à l'aller, deux au retour, avec des creux qui dépassent régulièrement les cinq mètres.
Les navires d'expédition modernes sont stabilisés et la traversée reste sans danger, mais elle se prépare. Patch ou comprimés à commencer la veille, cabine basse et centrale plutôt qu'un pont supérieur, repas légers : les équipages donnent toujours les mêmes conseils, et ils fonctionnent. Certains opérateurs proposent depuis quelques années un survol du Drake, avec un vol Punta Arenas vers l'île du Roi George. Cette formule fait gagner quatre jours et coûte en général 2 000 à 3 000 euros de plus, avec un risque d'annulation météo qui n'est pas négligeable sur cette piste.
Ceux qui cherchent une première expérience de navigation plus douce avant de viser le pôle trouveront des idées de destinations pour un voyage de noces nettement moins exigeantes physiquement, avec le même plaisir de se laisser porter d'une escale à l'autre.
Trois formats d'itinéraires, trois budgets
La péninsule Antarctique
C'est l'itinéraire de référence, celui qui concentre la grande majorité des départs. La péninsule s'étire vers le nord en direction de l'Amérique du Sud, dont elle reste séparée par le passage de Drake. Ses côtes découpées, ses chenaux protégés comme le Lemaire ou le Neumayer, ses colonies de manchots papous et à jugulaire en font un terrain d'excursion accessible en Zodiac presque tous les jours. La station argentine Esperanza, occupée depuis 1952, figure sur certains programmes de débarquement.
Comptez 10 à 12 jours au total et environ 5 à 6 jours effectifs sur zone. C'est la formule la moins chère et la plus fiable en termes de conditions.
Le cercle polaire antarctique
Franchir les 66 degrés 33 de latitude sud ajoute deux à quatre jours de navigation vers le sud, et un certificat de passage que les commandants remettent volontiers. La glace décide : ces itinéraires ne s'ouvrent réellement qu'en janvier et février, quand la banquise a reculé. Les paysages y sont plus austères, les débarquements plus rares, la lumière plus étrange, avec des nuits qui ne tombent jamais complètement.
Géorgie du Sud et Malouines
L'itinéraire long, 18 à 22 jours, est le plus impressionnant sur le plan animalier et le plus cher. La Géorgie du Sud abrite des plages où se rassemblent des dizaines de milliers de manchots royaux et des éléphants de mer de quatre tonnes. C'est aussi là qu'est enterré Ernest Shackleton, à Grytviken, dans l'ancienne station baleinière. Le prix grimpe vite au-delà de 15 000 euros, et les places partent souvent un an à l'avance.
Ce que vous verrez vraiment

Il n'y a pas de pingouins en Antarctique : les pingouins, ou plutôt les alcidés, vivent dans l'hémisphère nord. Ce sont des manchots, et l'espèce la plus courante sur la péninsule est le manchot papou, reconnaissable à son bec orange. Le manchot empereur, celui des documentaires, se reproduit sur la banquise beaucoup plus au sud et ne figure que sur des itinéraires spécifiques et coûteux, en mer de Weddell.
Côté mammifères marins, l'été austral concentre les baleines à bosse et les rorquals qui viennent se nourrir de krill, avec un pic d'observation en février et mars. Les phoques crabiers, les phoques de Weddell et les léopards de mer se prélassent sur les plaques de glace. Les albatros hurleurs suivent les navires pendant des heures, sans un battement d'aile. Leur envergure dépasse trois mètres, ce qui reste la plus grande du monde des oiseaux vivants.
Ceux qui préfèrent un format plus classique et plus commode, avec des escales quotidiennes et un confort d'hôtel flottant, trouveront leur compte dans un tour d'horizon des destinations et vacances en croisière avec Costa. La comparaison est utile : ces deux univers portent le même nom mais n'ont presque rien en commun.
Une journée type à bord
Le rythme surprend ceux qui attendent une croisière classique. Réveil par la voix du chef d'expédition vers 7 heures, petit déjeuner, puis premier débarquement en Zodiac autour de 9 heures, par groupes de dix passagers et par rotations. Chaque sortie dure une heure trente à deux heures : une marche courte jusqu'à un point de vue, une colonie de manchots à observer à distance, parfois une navigation lente entre les icebergs quand la houle interdit de poser le pied à terre.
Retour à bord pour le déjeuner, deuxième sortie l'après-midi, puis un exposé d'une heure donné par un glaciologue, un ornithologue ou un historien de l'expédition. Ces conférences font une bonne part de la valeur du voyage, et elles distinguent nettement un navire d'expédition d'un paquebot classique. Le soir, briefing du lendemain, dîner à heure fixe, coucher tôt. Il n'y a ni casino, ni spectacle, ni piscine sur la plupart de ces bateaux, et les connexions internet restent lentes et facturées.
Le nettoyage des bottes et des vêtements avant chaque débarquement fait partie du protocole : passage à l'aspirateur des poches et des velcros, bain désinfectant pour les semelles. L'objectif est d'éviter d'importer des graines ou des agents pathogènes sur un continent qui n'a pas d'immunité contre eux. La grippe aviaire hautement pathogène, arrivée en Géorgie du Sud à partir de 2023, a d'ailleurs conduit plusieurs opérateurs à fermer temporairement des sites de débarquement.
Organiser son départ sans mauvaise surprise
La réservation d'une croisière en Antarctique se fait entre neuf et dix-huit mois à l'avance pour les cabines correctes des navires les plus recherchés. Les remises de dernière minute existent bien à Ushuaia, mais elles supposent d'être déjà sur place, d'accepter n'importe quelle date et de dormir sur un lit superposé. Le calcul est rarement gagnant une fois le vol transatlantique ajouté. Les rabais annoncés à 50 pour cent portent en général sur des cabines quadruples sans hublot, et les départs concernés tombent souvent en début ou en toute fin de saison, quand la glace limite les débarquements.
Trois postes s'ajoutent au prix affiché. Le vol Paris vers Ushuaia via Buenos Aires, entre 1 200 et 1 800 euros selon la saison. Une ou deux nuits d'hôtel en amont, obligatoires en pratique : arriver le jour de l'embarquement, c'est risquer de rater le navire pour un simple retard de correspondance. Et l'assurance d'évacuation, exigée par la plupart des opérateurs, avec un plafond de couverture qui atteint souvent 100 000 dollars.
Le paquetage tient en peu de choses : trois couches, la parka étant fournie par la majorité des compagnies, des bottes en caoutchouc hautes prêtées à bord, des gants imperméables en double exemplaire et une protection solaire élevée. Le trou d'ozone rend le rayonnement redoutable, y compris par temps couvert, et la réverbération sur la glace double la dose reçue. Prévoyez aussi des lunettes de catégorie 4 : une paire de lunettes de ville ne suffit pas sur un champ de neige par ciel dégagé.
Les mauvaises raisons de partir
Un débarquement peut être annulé, deux aussi. Le vent, la houle, la glace ou la présence d'un autre navire au même site suffisent à modifier le programme, et aucun opérateur ne s'engage sur un itinéraire ferme. Ceux qui supportent mal l'imprévu vivront mal ces journées de remplacement passées à naviguer dans le brouillard.
Le froid, lui, est souvent surestimé : sur la péninsule en janvier, le thermomètre oscille entre moins 2 et plus 5 degrés, ce qui est plus doux qu'une matinée d'hiver dans le Massif central. C'est le vent qui mord, pas la température. Une bonne couche intermédiaire en polaire et un coupe-vent imperméable suffisent pour la plupart des sorties, à condition de protéger sérieusement les extrémités.
Une remarque sur le geste, enfin. Un tel voyage offert à un couple comme cadeau demande une précaution : le tempérament du destinataire compte davantage que le montant. Quelqu'un qui a le mal des transports passera quatre jours à souffrir pour cinq jours de merveille, et le calcul ne tient pas toujours.
Antarctique et Arctique, deux mondes qu'on confond
Les deux extrémités du globe se ressemblent en photo et diffèrent sur presque tout le reste.
- Nature du sol : l'Antarctique est un continent rocheux recouvert de glace, avec une altitude moyenne d'environ 2 000 mètres, la plus élevée de tous les continents. L'Arctique est un océan couvert de banquise flottante, qui fond et se reforme chaque année.
- Superficie : environ 14 millions de kilomètres carrés pour l'Antarctique, ce qui en fait le cinquième continent par la taille, derrière l'Asie, l'Afrique, l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud.
- Climat : le record officiel de froid, moins 89,2 degrés, a été relevé à la station Vostok en juillet 1983. L'Arctique reste bien plus doux, avec des étés autour de zéro degré.
- Faune : ours polaires, morses et rennes au nord, manchots, phoques et albatros au sud. Aucun ours polaire n'a jamais vécu en Antarctique, contrairement à ce que suggèrent certaines publicités.
- Statut juridique : le traité sur l'Antarctique, signé en 1959 et entré en vigueur en 1961, gèle les revendications territoriales et réserve le continent à la recherche. Le protocole de Madrid, adopté en 1991, y interdit toute exploitation minière jusqu'en 2048 au moins. L'Arctique, lui, est bordé par huit États souverains et par des populations installées depuis des millénaires.
Deux chiffres pour finir de situer l'échelle : la calotte antarctique concentre environ 90 pour cent de la glace de la planète et de l'ordre de 60 à 70 pour cent de son eau douce, avec une épaisseur qui dépasse 4 000 mètres par endroits. Les vents catabatiques, l'air froid qui dévale les pentes du plateau, atteignent sur certaines côtes des pointes proches de 300 kilomètres par heure.
Reste la question de fond : faut-il y aller ? Le voyage émet beaucoup, entre le vol long-courrier et le fioul du navire, et la fréquentation a triplé en quinze ans. Les compagnies qui embarquent des scientifiques, financent des programmes de recensement et respectent strictement les protocoles de débarquement limitent la casse, sans l'annuler. Se renseigner sur le fonctionnement d'une expédition maritime avec Ponant ou sur celui de ses concurrents avant de réserver reste le meilleur moyen de savoir ce qu'on finance exactement.
Résumer cet article avec :
Partager :