Les répulsifs pour moustiques : comment ça marche ?
Un répulsif ne tue pas le moustique et ne le fait pas fuir de la pièce : il brouille sa détection sur les quelques centimètres qui entourent votre peau. Tout se joue donc sur deux chiffres imprimés au dos du flacon, le nom de la molécule et sa concentration. Le reste relève du confort ou du folklore.
C'est la raison pour laquelle deux sprays voisins en rayon protègent l'un six heures, l'autre une heure et demie, à prix presque identique. Les fabricants insistent sur le parfum, la texture, le format voyage. La seule ligne qui compte tient en deux mots suivis d'un pourcentage.
Ce que le moustique cherche chez vous
Seule la femelle pique, et elle le fait pour produire ses oeufs : il lui faut des protéines sanguines. Sa recherche se déroule en trois temps. Elle repère d'abord le dioxyde de carbone de l'expiration, qu'elle suit dans le vent sur plusieurs dizaines de mètres. Elle s'oriente ensuite sur les composés de la sueur, acide lactique en tête, et sur la chaleur corporelle. À l'approche seulement, à moins de deux mètres, la vision entre en jeu : les contrastes sombres sur fond clair l'attirent, ce qui explique la vieille recommandation de s'habiller en couleurs pâles le soir.
Certaines personnes sont donc réellement piquées plus que d'autres, et la génétique y compte pour beaucoup à travers la composition du microbiote cutané. Les femmes enceintes, qui expirent environ 20 % de CO2 en plus et affichent une température de peau légèrement supérieure, font partie des cibles privilégiées. La consommation d'alcool augmente aussi l'attractivité, de façon modeste mais reproductible dans les études.

Les quatre molécules, leurs durées, leurs limites
Le DEET reste la référence, testé depuis 1957. À 30 %, il protège cinq à six heures ; à 50 %, guère plus longtemps, la courbe plafonne. Il dissout certains plastiques et fibres synthétiques : montre, branches de lunettes, tissu technique. Sur un enfant, l'usage se discute au cas par cas, avec des concentrations basses et une application par l'adulte, jamais sur les mains.
L'icaridine à 20 ou 25 % offre une durée comparable au DEET à concentration égale, sans l'odeur ni l'agressivité pour les plastiques. C'est aujourd'hui le meilleur compromis pour un usage familial en France métropolitaine.
L'IR 3535, dérivé d'un acide aminé, est le mieux toléré des quatre, y compris pendant la grossesse. Sa protection est plus courte, quatre heures environ à 20 %, et son efficacité chute sur certaines espèces tropicales. Pour une soirée dans le jardin, il suffit largement.
Le PMDRBO, tiré de l'eucalyptus citronné, est le seul répulsif d'origine végétale reconnu par les autorités. Attention à ne pas le confondre avec l'huile essentielle de citronnelle brute, dont la protection tombe sous les vingt minutes.
La quantité compte autant que le produit. Un adulte a besoin d'environ un millilitre par membre découvert, soit trois à quatre pressions de spray sur un avant-bras, étalées à la main jusqu'à couvrir toute la surface. Une zone oubliée large comme une pièce de monnaie, à l'arrière de la cheville ou derrière l'oreille, se fait piquer aussi sûrement qu'une peau nue. Vaporiser de loin en croisant les doigts ne protège personne.
Grossesse, enfants, peaux fragiles
Les recommandations varient selon la molécule et l'âge, et elles évoluent : le mieux reste de lire la notice du produit acheté plutôt qu'un conseil général trouvé en ligne. Trois principes tiennent dans tous les cas. Avant six mois, on n'applique aucun répulsif : la moustiquaire sur le lit ou la poussette fait tout le travail. Chez l'enfant, l'adulte applique le produit dans ses propres mains puis l'étale, en évitant le visage et les mains que l'enfant portera à la bouche. Pendant la grossesse, l'IR 3535 est le premier choix, et un avis médical s'impose avant un départ en zone impaludée, où le rapport bénéfice-risque bascule nettement en faveur d'une protection forte.
Sur une peau abîmée, un coup de soleil ou une plaie, on ne met rien. Si vous utilisez aussi une crème solaire, appliquez-la en premier, attendez vingt minutes, puis le répulsif : l'ordre inverse dilue le répulsif et l'indice de protection solaire chute d'un tiers environ. Les soins de peau pendant la grossesse suivent la même logique de prudence, comme le détaille notre routine pour traiter les vergetures pendant la grossesse.
La barrière physique avant le flacon
Le moustique tigre, installé dans la grande majorité des départements de France métropolitaine, pique en journée, avec des pointes au lever du jour et en fin d'après-midi. Le moustique commun, lui, opère la nuit. Cette différence change la stratégie : contre le tigre, le répulsif cutané et les manches longues ; contre le commun, la moustiquaire de lit règle presque tout.
Une moustiquaire imprégnée de perméthrine sur le lit reste le dispositif le plus efficace jamais mesuré contre les piqûres nocturnes. Le ventilateur fonctionne aussi, plus prosaïquement : au-delà d'un mètre par seconde, le courant d'air empêche le moustique de se poser et disperse le panache de CO2.
Le résumé qui tient sur une étiquette
Regardez la molécule et le pourcentage, ignorez le reste de l'emballage. En France, pour un adulte, icaridine 20 % ou DEET 30 % couvrent tous les usages courants. Pour une femme enceinte, IR 3535. Pour un nourrisson, une moustiquaire et rien d'autre. Et pour un départ vers une zone où circulent la dengue, le chikungunya ou le paludisme, le répulsif devient un accessoire du traitement, pas un substitut : le rendez-vous en consultation de médecine des voyages passe avant le rayon de la pharmacie.
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